Hayao Miyazaki est peut-être le Japonais le plus connu dans le monde. Cofondateur du Studio Ghibli, on lui doit des chefs-d'œuvre d'animation comme Mon voisin Totoro, Princesse Mononoké, Le Voyage de Chihiro ou plus récemment Le Garçon et le Héron, des films mondialement connus.
Mais qu'y a-t-il dans ce nouvel ouvrage, écrit par votre serviteur, à paraître aux Editions Actusf ? Comme souvent dans mes ouvrages, j'essaie de resituer l'auteur étudié dans son époque, de donner quelques pistes sur sa façon de penser, de procéder, sans négliger sa part sombre. J'essaie de donner un panorama aussi large que possible de son œuvre, de donner un aperçu de son influence, qui vous vous en doutez, est immense.
C'est un changement pour moi, qui m'étais intéressé jusque-là essentiellement à des écrivains ou à des œuvres écrites. Le cinéma (et la télévision) n'étaient pas loin, mais cette fois-ci c'est donc à un cinéaste que je me suis intéressé, sous la coupe de Jérôme Vincent, avec l'aide de son équipe, et n'oublions pas les petits bouts de AnneEli Mo dedans, et l'aide discrète mais si précieuse de Karine Barou. Sans oublier mon amie Steph Chaptal, qui a elle-même écrit un ouvrage consacré à Miyazaki aux Editions Ynnis il y a quelques années, et qui m’a fait le plaisir et l’honneur de le préfacer.
Au-delà de ce schéma somme toute classique, je me suis attaché à différentes thématiques qui traversent l'œuvre du sensei, telles que l'écologie, la paix, ou encore les figures féminines.
Un petit mot au sujet de la couverture. Elle est signée par Damien Dufreney, qui avait déjà posé les éléments sur la première version, qui a dû être suivie par une dizaine d'autres, qui ont permis d'arriver à cette composition consensuelle, comportant un totoro, personnage iconique, mais aussi en adéquation avec le titre Sur les ailes du vent.
Grande fierté de pouvoir vous parler de ce metteur en scène d'exception.
Saviez-vous que derrière certains films cultes se cachent des faits divers authentiques ? Crimes, attaques d'animaux sauvages, affaires de possession et tueurs en série ont, depuis toujours, nourri l'imaginaire des plus grands réalisateurs.
De Wolf Creek à L'Exorciste, en passant par Les Dents de la mer ou Les Griffes de la nuit, Hollywood and True Crime Stories vous emmène au cœur de ces histoires vraies qui ont bouleversé des vies avant de marquer à jamais le grand écran.
Alors qu'elle s'est spécialisée dans le true crime*, Esther Hervy opère, avec cet ouvrage, un petit retour vers ses premières amours, la fiction horrifique, ou plutôt vers ceux qui l'ont inspirée : certains des films d'horreur américains les plus marquants.
Née vers la fin des années 1970, elle a grandi avec ce genre, qui a connu un véritable âge d'or depuis Les Dents de la Mer en 1975. C'est d'ailleurs celui-ci, symboliquement, qui ouvre cet ouvrage, un peu hybride puisqu'il mêle reconstitution historiques, pitch des films en question (avec parfois des anecdotes sur les coulisses des tournages lorsque c'est pertinent), et fait le lien entre ces deux plans : réalité et fiction. Et elle parle aussi de son rapport avec certains de ces films, comme pour Amityville, la Maison du Diable, ayant eu l'opportunité de visiter la demeure réputée comme hantée.
L'ensemble se révèle véritablement passionnant : au-delà de ces histoires qui dessinent en creux, un portrait des Etats-Unis profonds, Esther Hervy y montre ses appétences pour l'écriture fictive, propre à poser des ambiances et nous happer en quelques mots. Si parfois elle se perd dans un peu de redite (sur Amityville, par exemple), c'est vraiment très bien écrit, je me suis surpris à dévorer certains chapitres consacrés à l'Exorciste ou Massacre à la tronçonneuse.
Indispensable.
Spooky
* Le true crime est un sous-genre artistique, relevant du documentaire, visant à dépeindre la réalité descrimeset des criminels qui ont réellement existé.
La famille Creed s'installe à Ludlow, pette bourgade du Maine, pour que le père, Louis, médecin universitaire, puisse passer plus de temps avec sa fille préadolescente Ellie et son fils Gage, qui est encore presque un bébé. Ils font la connaissance de Jud Crandall, un sympathique voisin octogénaire, qui les emmène au cimetière d'animaux voisin. Un jour le chat de la famille, Church, se fait écraser par un camion sur la route très dangereuse à proximité. Touché par le chagrin d'Ellie, Jud montre à Louis un autre cimetière, situé à proximité de celui des animaux, qui aurait un pouvoir spécial. Le lendemain, le chat apparaît, assez fringant, mais... transformé. Il se montre agressif et est bientôt rejeté par les enfants. Le destin e la famille bascule lorsqu'un membre de celle-ci est renversé par un autre camion. Louis repense alors à ce cimetière indien...
Le roman de Stephen King, l'un des plus terrifiants et déchirants qu'il m'ait été donné de lire, avait déjà fait l'objet d'une adaptation au cinéma en 1989. ce remake, réalisé par dennis Wildmyer et Kevin Kolsch, n'arrive pas à l'effacer du paysage. Premièrement parce qu'il fait des choix scénaristiques et narratifs qui nuisent à sa puissance, comme lorsque l'identité d'un des personnages qui meurt par accident est changé. Ensuite dans le déroulement des évènements lorsque les morts commencent à revenir à la vie, ou plutôt à la non-vie. Comme dans toute adaptation, les scénaristes sont obligés de faire des raccourcis, des choix, mais le fait de ne rien dire ici, ou presque, sur le cimetière indien, est frustrant. Le chat, en principe changé après sa résurrection, n'est pas vraiment inquitént ; il semble même ronronner lors d'une scène-clé où on le voit dans le lit de gage.
En revanche les ambiances inquiétantes et nimbées de brouillard dans les bois de la famille Creed sont plutôt réussies... Sur ses deux premeirs tiers. Celles-ci virent aux productions horrifiques de bas étage dans son dernier segment, là où l'angoisse vire à l'action horrifique pure. e déchirement dû au deuil impossible d'un enfant, l'emprise démoniaque d'entités amérindiennes, ce qui faisait la noirceur du roman sont éclipsés, au profit d'un rand spectacle sans relief. On saluera la performance de Jason Clarke (Terminator: Genisys) et Amy Steimetz (Alien: Covenant) assez convaincants dans les rôles de Louis et Rachel Creed.
Malgré sa réalisation datée et son casting inégal, le film de Mary Lambert en 1989 reste meilleur. Le fait que King ait directement participé à son écriture n'y est sans doute pas pour rien, le film ayant gardé l'horreur viscérale qui caractérisait le roman.
L’animateur américain Stephen Colbert a surpris pas mal de monde avec son annonce conjointe avec Peter Jackson ce 25 mars, date du Tolkien Reading Day. Enfin, en partie seulement. On savait que Warner, pour conserver les droits d’adaptation du Seigneur des Anneaux, devait financer des films tous les 10 ans. Après les films de Peter Jackson, ce fut fait de justesse avec le bancal La Guerre des Rohirrim. Le prochain projet, déjà en cours de tournage, est The Hunt for Gollum, sous la houlette d’Andy Serkis, qui a incarné la créature à l’écran dans les films de Jackson. Passons sur son palmarès de réalisateur (Mowgli : La Légende de la jungle, Venom: Let There Be Carnage, mais surtout, quand même, réalisateur de la 2ème équipe sur les trois films Le Hobbit), et gageons que son amour du personnage nous permettra d’avoir un avatar intéressant. On en saura plus en fin d’année 2027, quand le film sortira.
Le chaînon suivant est donc le film sur lequel travaillent, en tant que scénaristes, Colbert, son fils Peter Mc Gee et Philippa Boyens, déjà à l’œuvre sur les six films de PJ (et celui de Serkis). Jackson et son épouse Fran Walsh sont d’ores et déjà crédités à la production, sans que l’on ait, pour l’heure, une date de tournage, et encore moins de sortie. Le titre de ce projet ? The Lord of the Rings : Shadows of the past . Mais gageons qu’avec ce besoin de faire un film estampillé SdA tous les 3 à 5 ans, on peut espérer voir celui-ci avant 2030. A moins qu’un autre film soit annoncé entretemps, bien sûr. Colbert a néanmoins révélé qu’il travaille sur le projet avec Jackson depuis deux ans.
Que sait-on à l’heure actuelle ?
Voici ce qu’a dit Colbert à Jackson dans leur video commune : "Tu sais ce que les livres représentent pour moi, et ce que tes films représentent aussi. Mais les chapitres sur lesquels je revenais sans cesse sont ces six chapitres du début que vous n’avez jamais développés. De ‘Three is Company’ à ‘Fog on the Barrow-Downs’. Et je me suis dit : peut-être qu’il y a là une histoire à part entière, qui pourrait s’intégrer dans l’ensemble. Peut-on faire quelque chose de totalement fidèle aux livres tout en restant fidèle à vos films ?"
Ainsi, voici le pitch officiel : "Quatorze ans après la disparition de Frodon, Sam, Merry et Pippin repartent sur les traces de leur première aventure. En parallèle, Elanor, la fille de Sam, découvre un secret enfoui depuis longtemps et cherche à comprendre pourquoi la Guerre de l’Anneau a failli être perdue avant même d’avoir commencé."
Premier élément : il s’agit donc d’une séquelle, qui fait un retour sur le passé, comme l’indique le titre du projet, mais je vais y revenir.
Deuxième élément : Colbert se place bien dans la continuité des films jacksoniens, qui sert en quelque sorte de bible narrative et visuelle pour toutes ces productions Warner.
Troisième élément : Que se passe-t-il dans ces fameux premiers six chapitres, qui ne soit pas repris dans les films ? Nos quatre Hobbits sont en transit entre Cul-de-Sac et Fondcombe, et font notamment une halte chez le Père Maggotte, chez lequel Frodo dérobait des pommes lorsqu’il était plus jeune. Ils sont accueillis à Creux-de-Crique par Fredegar Bolger, qui les laissera ensuite continuer la route sans lui. La Vieille Forêt fait l’objet de tout un passage, avec le Vieil Homme-Saule, Tom Bombadil et Baie d’Or. Le passage suivant les quatre Hobbits traversent les Hauts des Galgals et sont capturés par une des créatures fantomatiques qui hantent l’endroit, avant d’être à nouveau sauvés par Tom. De là à dire que l’on va « enfin » voir Tom Bombadil en live action, il n’y a qu’un pas que je ne franchirai pas. Mais des rumeurs parlent d'une adaptation de ce passage des Hauts des Galgals, l'un des plus sombres du roman, et qui collerait bien avec le titre du film.
Quatrième élément : Quel est le rapport de Colbert avec l’œuvre de Tolkien ?
A l’âge de dix ans Colbert découvre Le Seigneur des Anneaux, dont il est resté fan, et se met à jouer à Donjons & Dragons, ce qui l'amena plus tard vers la comédie et l’improvisation. Depuis qu’il est animateur du Late Show sur CBS (une émission qui va d’ailleurs s’arrêter cet été), il ne manque jamais une occasion d’échanger avec ses invités au sujet de Tolkien et de son œuvre, comme le prouvent ces extraits sur tiktok.
Qu’est-ce que j’en pense ?
Je suis partagé. Mon côté fanboy, bon public, n’est jamais rassasié de cet univers, et le voir prendre vie sur grand écran (plutôt, a priori- qu’en streaming) participe de ce festin de geek. Colbert semble être un vrai fan, et je pense qu’il a pris l’opportunité offerte par Warner de développer la franchise créée il y a 25 ans pour réaliser un vieux rêve : adapter des recoins de son œuvre culte. Bien sûr, ses accointances avec le showbiz l’ont aidé. Je lui laisse ce crédit. Au-delà de ça, les visées de Warner sont largement mercantiles, ne nous voilons pas la face. Ils détiennent une poule aux œufs d’or, et le Seigneur des Anneaux, s’il a été adapté pour l’essentiel de son contenu, comporte tellement de sous-intrigues ou de récits encapsulés dans ses annexes (cf. La Guerre des Rohirrim et Les Anneaux de Pouvoir) qu’il y a de quoi faire pour des décennies. Simplement, si cela reste dans le giron de la Warner, il ne s’agira pas tout à fait d’une adaptation de l’œuvre de Tolkien, mais d’une adaptation avec les contraintes générées par PJ et ses complices. N’oublions pas cela.
A côté de ça, une frange des fans hardcore de Tolkien, qui estiment qu’il ne doit pas être adapté et crachent sur l’adaptation de Jackson et ses complices, vont ressortir du bois pour crier au sacrilège, au piétinement de l’œuvre originale, etc. je n’ai pas d’avis là-dessus, chacun a une opinion respectable à mon sens.
Après le succès public et critique des deux films adaptant Ça il y a une petite dizaine d'années, et malgré les irréductibles préférant le téléfilm de 1990, le réalisateur Andy Muschietti (aidé de sa soeur Barbara et de Simon Fuchs) a mis en chantier et développé une série racontant les précédentes apparitions de Ça/Grippe-sou dans la petite ville fictionnelle de Derry. Cette série est donc sortie en 2025 sur la plateforme HBO Max, avec à la clé un nouveau succès d'audience, et une deuxième saison déjà en pré-production.
L'attente était plutôt conséquente pour une production plutôt dérivée que directement adaptée de l'œuvre de King, même si ces différentes apparitions de la créature sont évoquées dans le roman. Dès le premier des 8 épisodes de cette première saison, le ton est donné, avec une scène en voiture d'un niveau horrifique assez spectaculaire, et de l'hémoglobine qui gicle partout. Nous voilà donc en compagnie d'un groupe de gamins qui essaie d'enquêter sur des évènements surnaturels dans leur petite ville, et qui va comprendre qu'une emprise surnaturelle est à l'œuvre. L'armée intervient, mais ses motivations sont encore floues...
Contre toute attente (parce que beaucoup d'adaptations de King sont plus ou moins ratées, même si cela s'arrange globalement ces dernières années), cette série tient à la dragée haute à pas mal de productions du genre. Grâce à une direction artistique soignée (un travail particulier sur les éclairages et les couleurs est à noter, la réalisation, assurée par Muschietti lui-même la moitié du temps, est inventive et soigneuse) et une écriture plutôt réussie. On retrouve ce soin apporté aux groupes de préadolescents si cher à King, ces petits détails typiques, comme des peurs qu'on enferme dans une boîte à clé, et bien sûr des easter eggs. En premier lieu le personnage de Dick Hallorann, possesseur du shine, ce don de précognition, que l'on découvre dans The Shining. Il est ici au cœur de l'intrigue, en tant que sous-officier aviateur dont le don est utilisé pour localiser la créature qui hante les égouts de Derry. Il y a les voix dans les tuyaux, la tête compressée du père de Lilly dans des pots à cornichons, la boucherie présente dans 22/11/63, les soeurs siamoises du cirque, Lilly harcelée comme peut l'être Carrie, la Brume qui envahit la ville lorsque la créature est réactivée... Les clins d'œil à Ça sont bien sûr légion, et pour cause, puisqu'on est dans un prequel.
On peut noter que la géographie fictive du Maine, développée par King, est présente également : la prison de Shawshank, l'asile de Juniper Hill, le nom de Maturin, qui est une référence à la Tour sombre, etc.
J'ai beaucoup aimé le rythme du film, assez trépidant presque sur toute sa longueur, et pas seulement sur les scènes flippantes. Un bon point également : des personnages auxquels on s'attache au début sont tués sans sommation, et il y a des scènes diablement bien foutues : un massacre dans une salle de cinéma, une fusillade suivie d'un incendie dans un tripot clandestin, et une longue scène finale sur un lac gelé. Ce final est un peu grand-guignolesque, mais n'est-on pas en présence d'un clown, enfin d'une créature qui l'a gobé et en partie assimilé ? Bon, certains effets spéciaux sont un peu raté comme dans cette séquence dans un cimetière, mais l'ensemble est quand même bien foutu.
Parmi le casting, je note le retour de Bill Skarsgard dans le rôle du croquemitaine, et sa prestation est à l'avenant des deux films. Mention spéciale pour Chris Chalk, qui joue un Hallorann magnétique, et le groupe de jeunes héros, aux premiers rangs desquels Matilda Lawler et Blake Cameron James. Leur alchimie transpire de l'écran, sans jamais en faire trop.
Et cette première saison, qui peut se suffire à elle-même, se termine tout de même par une fin semi-ouverte, d'autant plus qu'un monologue de Ça montre qu'il ne sait faire la différence entre passé, présent et futur. Et certains personnages n'ont été qu'effleurés, gardant leur part d'ombre, comme Ingrid Kersh, les époux Hanlon ou Marge, qui deviendra Marge Tozier, mère d'un certain Richie...
"Elle. Depuis quelques semaines, elle a du mal à se lever. Le noir l’aspire petit à petit. Elle a 15 ans, la vie devant elle. Mais la vie est devenue un fardeau trop lourd à porter. Lui. C’est son père. Au début, il a mis ça sur le compte de l’adolescence. Depuis ses 15 ans à lui, tout a tellement changé. La planète, Internet, les réseaux sociaux… Le monde qu’il croyait un peu comprendre lui échappe, et ses certitudes aussi. Lui, c’est moi. Elle, c’est ma fille. Ce livre est l’histoire d’une famille frappée par la dépression adolescente. Le passage est notre récit à deux voix. Ce sont mes mots et mes images, et ceux que j’ai choisis pour elle, avec son accord, pour témoigner."
Bouleversant. C'est le premier mot qui m'est venu à l'esprit après avoir refermé cet album. Mathieu Persan, illustrateur connu et reconnu pour la puissance de ses créations, s'est lancé dans la bande dessinée pour raconter un drame familial, un drame qui s'inscrit dans un fléau dont on ne connaît pas encore l'ampleur, celui de la maladie mentale chez les jeunes. Une décision prise après que sa fille de 15 ans ait fait une tentative de suicide, et qu'il ait pu constater, après des entretiens avec des médecins, des visites à l'hôpital, mais aussi quelques recherches, que ce cas n'était pas isolé. Il a choisi le récit à deux voix, la sienne d'abord, celle d'un père qui n'a rien vu venir, qui mettait les silences, les évitements, sur le compte de l'adolescence, cet état aux contours flous, bien pratique lorsqu'on doit qualifier un comportement. Et puis qui voit l'étendue du désastre lorsqu'il voit sa fille à l'hôpital pour la première fois depuis l'accident, et la voit rebondir contre les murs, totalement incapable de se tenir en équilibre. Ce passage m'a serré le cœur.
Mathieu Persan raconte donc les peurs, les doutes, les questions, la culpabilité et le sentiment d'impuissance (probablement pire que tout quand il s'agit de son enfant) qui les ont saisis, lui et son épouse, face à la révélation de la maladie de sa fille. Et puis ce moment de vertige, mêlé de colère, lorsque le personnel d'une institution leur dit que leur fille est trop malade pour eux, mais comme s'il s'agissait d'un problème de scolarité... La deuxième voix est celle de sa fille, une voix qu'il a "arrangée", sur la base de ce qu'elle a pu lui dire, de ce qu'il a recueilli auprès des soignants, aussi. La prise de médicaments pour oublier ses pensées absurdes qui l'assaillent, cette impression de ne pas être à sa place, d'être mise au ban de la société, de sa classe, de son école... Des sentiments diffus, flous, qui ne reposent sur rien, mais dont elle ne peut se défaire... C'est un double témoignage tétanisant, et un sujet qui est un tabou, un non-dit dans notre société, où l'on pense que la maladie mentale est l'apanage des adultes. Non, la dépression existe aussi chez les adolescents, voir chez les enfants, et il est temps qu'on en parle, qu'on mette en place des choses pour les accompagner. Mathieu Persan y apporte donc sa contribution, dans ce cri de détresse graphique tout en noir et blanc, un cri puissant, qu'on n'oublie pas. Et en plus... Tous les droits d'auteur de ce livre seront reversés à des associations œuvrant pour la santé mentale des jeunes.
Une jeune femme assassinée dans un hôtel sinistre de Manhattan. Un père décapité en public sous le soleil cuisant d’Arabie Saoudite. Un chercheur torturé devant un laboratoire syrien ultrasecret. Un complot visant à commettre un effroyable crime contre l'humanité. Et en fil rouge, reliant ces événements, un homme répondant au nom de Pilgrim. Pilgrim est le nom de code d’un individu qui n’existe pas officiellement. Il a autrefois dirigé une unité d’élite des Services secrets américains. Avant de se retirer dans l’anonymat le plus total, il a écrit le livre de référence sur la criminologie et la médecine légale. Mais son passé d’agent secret va bientôt le rattraper…
La taille du roman impressionne. Il fait en effet 900 pages en version poche. Il faut dire que Terry Hayes est une sorte de perfectionniste. Il nous détaille le passé de Pilgrim (qui utilise d'ailleurs une demie-douzaine d'identités différentes au cours de l'histoire), ses débuts en tant qu'agent de renseignement, les hauts faits de son passé permettant d'éclairer certains passages du présent, ou encore sa rencontre avec des protagonistes importants. Mais aussi la lente maturation de sa cible, celui qu'il traque en Asie mineure. C'est très très dense, rien n'est laissé au hasard, mais pour le coup lâcher un peu de lest n'aurait pas été une mauvaise idée. On est dans un récit un peu à la James Bond, comme en témoigne une rocambolesque scène de gunfight dans un hangar à bateaux, le côté tombeur de ces dames en moins.
Et puis, sans aller jusqu'à dire que tout est facile pour Pilgrim (un pseudo finalement très peu utilisé), il y a de sacrées coïncidences. Ainsi la femme-flic qu'il rencontre à Bodrum, en Turquie, joue-t-elle un rôle clé dans la traque qu'il mène, sous couvert d'une affaire de meurtre pour milliardaire. Ainsi la plupart des Turcs qu'il croise parlent-ils anglais, souvent très bien, parfois suffisamment pour qu'ils se comprennent, y compris au fon fond de la campagne ou dans un petit village de pêcheurs. Il y a aussi, parfois, un petit fond de sentiment de supériorité typiquement américaine : les Turcs sont corrompus, le système de télécommunication local est pourri (mais heureusement qu'il y a des satellites américains pour tout arranger), les Japonais sont des maîtres dans l'art de la torture, et les Albanais sont des mercenaires, experts dans l'art du crochetage de serrure, etc.
Sans que le bouquin en soit truffé, ces lieux communs (sans parler des bondieuseries en fin de parcours, qui tombent un peu comme des cheveux sur la soupe) m'ont un peu gêné dans la lecture, qui fut tout de même agréable, l'écriture de Hayes (aidée par la traduction de Sophie Bastide-Foltz) est plutôt prenante. On n'est pas loin du redoutable page-turner, ça se lit relativement vite (pour 900 pages).
Voici donc le dernier King traduit en date, le septième mettant en scène son personnage fétiche du moment, Holly Gibney, détective privée dotée d'une intuition hors du commun mais aussi d'un neuroatypisme pouvant l'handicaper dans les relations sociales. Cette fois-ci Holly est engagée par une star de l'édition, une certaine Kate McKay, chantre du féminisme et pro-choix qui entame une tournée de promotion mâtinée de one woman show à travers les Etats-Unis, et qui pense que sa vie est menacée après une agression sur son assistante, Corrie. Dans le même temps Holly est informée par son amie policière Isabelle "Izzy" Jaynes d'une nouvelle affaire qui secoue leur petite ville de l'Ohio, celle d'un homme qui abat des personnes au hasard et glisse dans les doigts des victimes des papiers comportant les noms des douze jurés ayant fait condamner à tort un homme pour pédopornographie. Un homme qui a été tué en prison par un co-détenu...
Holly a par le passé, à deux reprises au moins, eu affaire à des créatures dont l'existence et les motivations dépassent l'entendement. Mais dans les autres, nous sommes dans du thriller relativement basique, si on met de côté le profil particulier de Holly. C'est le cas ici, si l'on excepte la toute dernière scène. Les deux affaires dans lesquelles est impliquée Holly se rejoignent dans un final assez violent, et le sous-texte du roman est quant à lui politiquement chargé.
Car nous avons en effet deux détraqué(e)s qui agressent des gens au hasard ou pas : l'un(e), mû(e) par un sentiment de mission religieuse, veut à tout prix empêcher une influente pro-choix -mais pas systématiquement pour l'avortement, la nuance est importante, de faire des adeptes par le biais de ses conférences. Quitte à mourir avec elle. L'autre, rongé(e) par la culpabilité souhaite en finir, mais pas seul(e). Malheureusement pour eux, se trouvent sur leur route cette détective hors normes et ses amis, de longue date ou de circonstance. King s'efforce de nous mettre dans leurs tête, de nous faire comprendre leurs motivations, mais force est de conclure que ce sont des maboules, selon les termes même de l'un des personnages. La religion, l'obscurantisme, le patriarcat : les causes de nombreux maux, mais surtout des méfaits, des crimes de ces deux personnages. On voit clairement le positionnement de King dans tout ça, d'autant plus qu'il liste en postface plusieurs personnes ayant été tuées parce qu'œuvrant pour faciliter l'accès des femmes à l'avortement.
Disons quelques mots une nouvelle fois sur la traduction du titre très approximative : Never flinch est devenu Ne jamais trembler, alors que cela s'approche plutôt de Ne jamais flancher... Mais après The Outsider devenu l'Outsider(!) et Later devenu Après (notamment), Albin Michel n'est plus à une approximation près, tant que le nom de King est sur la couverture, ça se vend par palettes.
Que penser de ce nouvel opus ? Ce n'est pas le meilleur roman du King, pas même le meilleur mettant en scène Holly. On se retrouve assez vite perdu dans l'intrigue, tortueuse, avec une dizaine de personnages principaux et secondaires, même si certains sont familiers (au-delà de Holly, Pete Huntley et les frère et sœur Jerome et Barbara Robinson, Izzy Jaynes était déjà présente au début de la trilogie Hodges). j'ai eu surtout l'impression que l'auteur voulait livrer en sous-titre un plaidoyer pour le choix en cas de grossesse non désirée, d'hommage aux bénévoles et professionnels des services d'IVG et planning familial (dont les noms de certains, victimes de la folie de leurs détracteurs, sont listés en fin d'ouvrage). Etant sensibilisé à la question (et pro-choix moi aussi), il a trouvé en moi un allié certain. Et s'est sans toute attiré de nouvelles inimitiés (si c'était encore possible) dans les rangs de MAGA. Mais je trouve que ce plaidoyer est assez mou, le personnage de Kate Mc Kay étant plutôt bancal, et les deux "méchants" trop caricaturaux. Ce qui affaiblit le message du roman. Un peu bof, finalement. En revanche l'atmosphère du roman est assez noire, désespérée, ça reste du thriller de bon niveau.
Il y a une douzaine d'années Stephen King amorçait un virage important dans son œuvre, avec le roman Mr Mercedes. Un virage important parce qu'il entamait une sorte de cycle, plus orienté sur le polar, avec seulement des petites touches de fantastique. Un cycle également amorcé avec l'apparition d'un personnage particulier, Holly Gibney. Une jeune femme neuroatypique, dont la névrose principale est la sociopathie, mais dont les capacités de déduction lui ont permis de devenir une enquêtrice de tout premier plan, plébiscitée par le public (et par King lui-même). Ce roman couronné de succès a été directement suivi par deux autres, Carnets noirset Fin de ronde.
Dès 2016 une série adaptant ce qu'on appelle La Trilogie Hodges ou la Trilogie Mr Mercedes a été mise en production. C'est David E. Kelley, connu pour Ally Mc Beal et The Practice ou encore Big Little One, qui est chargé de produire la série. Il trouve son réalisateur de référence avec Jack Bender (Boston Justice, les Sopranos, Lost, etc.). Il fallait trouver avant tout des interprètes solides pour le rôle de Bill Hodges, l'ex-flic hanté par l'affaire dudit Mr Mercedes, et l'auteur de cette hantise, Brady Hartsfield. Pour ce dernier c'est le Britannique Harry Treadaway (Penny Dreadful), qui révèle la profondeur de son jeu, à la fois séduisant et flippant. Pour Hodges, l'acteur parfait a également été trouvé : Brendan Gleeson met toute son expérience et son caractère irlandais dans la peau de cet ex-flic en bout de course et bourru. L'ensemble des interprètes est également intéressant, mais je mentionnerai spécialement Breeda Wool, qui incarne Lou Linklatter, la collègue lesbienne et un brin marginale de Hartsfield, et Justine Lupe, qui prête ses traits à Holly.
La première saison adapte le premier segment de la trilogie, qui voit Hartsfield foncer sur une foule avec une Mercedes volée, puis jouer au chat et à la souris avec Hodges, qui n'a pas réussi à le coincer lorsqu'il était en charge de son cas au sein de la police de Bridgton, Ohio. Aidé par ses intuitions et le concours de Holly ainsi que de Jerome, le jeune homme très malin qui tond sa pelouse, Hodges, au bord du suicide, va finalement remonter la pente et reprendre sa traque du tueur à la Mercedes. La deuxième et la troisième saisons s'attachent plutôt à transposer le segment final de la trilogie, alors que [SPOILER] Hartsfield, grièvement blessé par Holly, recouvre petit à petit ses capacités sur son lit d'hôpital, bien aidé par des expérimentations médicamenteuses d'un neuro-chirurgien. Le deuxième tome, qui se concentre sur une enquête menée par Hodges et Gibney, est finalement présent dans la troisième saison. Les scénaristes ont vraiment choisi de traiter le segment "Brady" dans les deux première saisons, ce qui n'est pas une mauvaise idée.
L'ensemble est plutôt bien foutu, c'est une série de bonne facture, portée par son casting dominé par Gleeson et Breeda Wool, déjà citée, et Gabriel Ebert, qui incarne une petite frappe qui pète un boulard dans la troisième saison. Comme je l'ai indiqué, les scénaristes ont quelque peu modifié la chrnologie générale de la trilogie, mais aussi la chronologie interne, surtout celle de Carnets noirs. Ainsi Tina, la sœur maligne du jeune Tom Saubers, qui rentre par hasard en possession des manuscrits inédits d'un auteur qui meurt dans des circonstances non élucidées, disparaît-elle, et l'action est-elle concentrée sur l'année 2013, et non plus sur les années 80 et 2010. Exit également le rôle croissant joué par Barbara, la jeune soeur de Jerome. Un Jerome bien diminué dans cette adaptation, tout comme Holly Gibney, également sous-utilisée.
Je vais m'arrêter là car il serait vain de lister toutes les différences entre les romans et la série, d'abord parce que toute adaptation est de fait une trahison, et que la dynamique, le rythme et les codes des séries sont forcément différents de ceux des romans. Ce qui est important est le fait que cette série soit réellement de qualité, globalement. On passera sur les erreurs artistiques comme la disposition d'une cellule d'hôpital psychiatrique qui change d'une séquence à l'autre, ou des cicatrices sur le visage d'un personnage qui sont à géométrie variable. D'autres petites choses m'ont un peu chagriné, mais j'ai tout de même passé un bon, voire un très bon moment (près de 30 heures de visionnage au final) devant mon écran.
Dans l'épisode II, on avait laissé la petite ville de Perdido dans une drôle de situation, des enjeux de pouvoir exacerbés ainsi qu'une digue dressée pour contrer les flots furieux de la rivière voisine. Tout n'est donc pas terminé pour la famille Caskey, la plus influente de la ville, loin de là.
J'en veux pour preuve cette incroyable scène d'une fusillade provoquée par un mari violent, furieux que sa femme échappe à son emprise et surtout ne subvienne plus à ses besoins. J'en veux aussi pour preuve cette crise fulgurante d'arthrite qui paralyse l'une des filles du couple Oscar-Elinor, pendant deux ans, une crise qui se déclare juste après la balade en barque de la jeune fille avec une cousine sur les eaux de la Perdido, à la recherche de sa source, et sa vision d'une créature pour le moins étrange à proximité de cette même source...
L'animosité, pour ne pas dire la haine que se vouent Mary-Love et Elinor, va connaître un sommet dans ce troisième opus, on va même atteindre un point de non-retour assez inattendu. J'ai dévoré le roman en l'espace de deux voyages en train de deux heures chacun, ne pouvant m'en détacher. Le dosage entre comédie de moeurs, saga familiale et atmosphère étrange est toujours savamment dosée, les personnages grandissent, évoluent (une quinzaine d'années sont ainsi récapitulées et relatées dans ce volume), et quelque chose me dit qu'une nouvelle rivalité va secouer Perdido dans la suite.