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...:::Ansible:::...

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Tous les territoires de l'imaginaire, en vitesse supra-luminique. Chroniques sur le cinéma, la littérature, les jeux, séries TV, bandes dessinées.

Publié le par Ansible
Publié dans : #Films


Les vampires ne sortent que la nuit pour s'abreuver de sang. Et s'ils allaient à l'endroit où la nuit dure le plus longtemps ? En-dehors du cercle polaire, où aller ? A Barrow, ville la plus au nord de l'Alaska, "sommet du monde". Cette idée, plutôt intéressante, c'est Steve Niles qui l'a eue, et l'a mise en application dans 30 jours de nuit, dessiné par Ben Templesmith (Editions Delcourt, 2004, 3 tomes parus). En 2007, le producteur Sam Raimi (les trois Spider-Man) confie la réalisation à David Slade (qui s'était fait connaître avec l'électrochoc Hard Candy), laissant le soin à Niles d'adapter lui-même son histoire, avec l'apport de Stuart Beattie (Pirates des Caraïbes).

Le film met donc aux prises une meute de vampires avec les habitants de Barrow, qui se trouvent rapidement décimés par ces prédateurs sanguinaires. Parmi eux le shérif Eben Oleson (Josh Hartnett, déjà dans la légende des films de genre avec Halloween H20 et The Faculty), et son ex-femme Stella (Melissa George). Pas de superstar donc, l'essentiel du budget se retrouvant dans les décors enneigés et les effets spéciaux. Slade se montre habile faiseur, essayant de réalisant quelques belles scènes de rictus sanguinolents et d'assauts sauvages. Seul bémol à ce niveau : on n'a pas l'impression qu'il fait -20°C dehors, les personnages n'ont jamais -ou presque- l'air de souffrir du froid.



Le gros souci du film se situe plutôt dans la narration. En effet le facteur temporel (les fameux 30 jours) joue un énorme rôle dans l'histoire d'origine. Ce passage du temps n'est pas vraiment bien représenté à l'écran, puisqu'on a juste des mentions du style "8ème jour", "17ème jour". 30 jours sans se laver, sans se raser, en mangeant de maigres rations, ça laisse des traces physiques, ça se voit. Or Josh Hartnett a une barbe d'une semaine simplement au bout de 3, Melissa George et les autres actrices ont l'air d'avoir pris une douche au pire la veille...

C'est vraiment dommage, car si l'attention avait été portée sur ces éléments, on aurait pu avoir un très bon film de vampires. Là on a juste un honnête film d'action, mais sans plus, les vampires n'étant pas extrêmement effrayants. 30 jours de nuit sent un peu le film de commande.

Spooky.

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Publié le par Ansible
Publié dans : #Personnalités
J’ai rencontré Vincent au cours d’une séance de dédicaces d’Alan Lee, légendaire illustrateur des œuvres de Tolkien. Après avoir sympathisé, je lui propose de faire une interview, qui sera diffusé sur plusieurs blogs et sites web. Malgré son emploi du temps très chargé, il a la gentillesse d’accepter.



Bonjour Vincent, Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
J’enseigne la littérature comparée à l’université Paris 13 (à Villetaneuse), mes recherches concernent le roman du XXe siècle, dans ses relations à la philosophie d’une part, au Moyen Âge d’autre part ; je suis également chargé de l’édition de l’œuvre de Tolkien aux Editions Bourgois depuis 2002 – je m’occupe des traductions (faites par Daniel Lauzon et Delphine Martin, en particulier), de la fabrication des livres, et je traduis moi-même certains textes.



Le grand public vous connaît essentiellement pour vos travaux sur Tolkien. Comment en êtes-vous venu à vous intéresser à ses écrits ?
Comme beaucoup de lecteurs de Tolkien, c’est à un ami que je dois sa découverte, vers l’âge de 15 ans. Je suis venu à Tolkien par la littérature médiévale ; j’ai toujours été fasciné par les récits arthuriens, et on m’a présenté Le Seigneur des Anneaux comme un livre qui me rappellerait la littérature médiévale. Ce n’est que vers 22 ans que j’ai commencé à écrire sur cet auteur, d’abord pour une maîtrise, puis pour mon premier livre, en 1998-1999.







Quel est votre rôle exact auprès de l’éditeur, les Editions Bourgois ?
En 2000, j’ai envoyé par la poste le manuscrit de mon premier livre sur Tolkien à son éditeur français, Christian Bourgois, qui l’a retenu ! Cette décision a changé beaucoup de choses dans ma vie. Très vite, nous avons parlé de la révision du Seigneur des Anneaux mais, de discussions en discussions, d’autres projets sont passés avant celui-ci. Depuis la disparition de Christian Bourgois en décembre 2007, c’est sa femme Dominique qui dirige seule leur maison d’édition ; et je travaille désormais pour elle : je propose des textes ou des idées, qu’il lui appartient de retenir ou non. J’essaie de concilier ce travail de conseiller avec mon activité principale, d’enseignant dans une université. Les deux me paraissent liés. Entre 2001 et 2008, 4 textes ont ainsi été republiés dans des éditions revues et augmentées (la Biographie de Carpenter, Faërie et autres textes, les Lettres du Père Noël… tandis que L’Anneau de Tolkien, par D. Day, a seulement été corrigé et que Le Silmarillion a été augmenté d’une préface et d’illustrations supplémentaires, par Ted Nasmith) ; 3 textes ont été publiés « autour de Tolkien » (le Cahier de croquis d’Alan Lee, et mes deux ouvrages : Sur les rivages de la Terre du Milieu et le recueil Tolkien Trente ans après) et nous avons édité 6 inédits de Tolkien : les Lettres, Les Monstres et les critiques et autres essais, Les Lais du Beleriand, La Formation de la Terre du Milieu, Les Enfants de Húrin et La Route Perdue (qui sort en octobre 2008). Soit 13 livres en 7 ans !





En 2002 vous avez dirigé l’édition augmentée et revue de la biographie de Tolkien, réalisée par Humphrey Carpenter. Qu’y a-t-il de nouveau dans cette nouvelle édition ?
La première chose à dire est que cette biographie de référence (c’est la meilleure publiée à ce jour, en anglais) était épuisée ! Christian Bourgois a trouvé pertinente l’idée de republier ce volume. Nous avons suivi la dernière édition anglaise, ajouté un cahier de photographies, des références bibliographiques récentes et un index détaillé, pour en rendre la lecture à la fois plus agréable et l’utilisation plus efficace.





Pouvez-vous nous parler du dernier livre sorti, Les Enfants de Húrin ? Sera-t-il la dernière des oeuvres de Tolkien traduites en France ?
Les Enfants de Húrin est le dernier texte de Tolkien publié par Christian Bourgois, qui a suivi sa fabrication jusqu’au bout. Nous sommes donc très heureux, pour sa mémoire, que le livre remporte un tel succès auprès des lecteurs et des médias ; très heureux aussi pour Christopher et Adam Tolkien1, car on sait que ce livre leur tient à cœur : il s’agissait de faire découvrir tout un pan de l’œuvre de Tolkien inconnu des lecteurs du Seigneur des Anneaux ou des spectateurs des films. Sur le plan humain et littéraire, on ne pouvait rêver plus grand succès.
Mais ce ne sera pas le dernier livre ! La Route Perdue paraît cet automne, et j’espère que Mr. Bliss suivra avant, peut-être, d’autres volumes de L’Histoire de la Terre du Milieu.



Où en est la nouvelle édition du Seigneur des Anneaux, avec la traduction de Francis Ledoux révisée ?
Ce projet, commencé en 2000 avec 9 collaborateurs en était arrivé à un stade avancé lorsque nous avons suspendu le travail, pour donner priorité à la publication des inédits et des republications que j’ai évoqués. En 2007, Christian Bourgois souhaitait vivement que le travail reprenne, mais je ne pouvais pas mener de front cette révision et le travail de publication d’inédits. J’espère qu’il va être possible de relancer prochainement la révision.





Vous avez participé en tant que conseiller à la traduction française de l’adaptation du Seigneur des Anneaux sur grand écran… J’aurais aimé voir une de vos interventions sur les DVD…
J’ai effectivement travaillé comme conseiller sur la traduction française du premier film, par curiosité ; mais je n’ai pas voulu poursuivre cette expérience – il me fallait terminer ma thèse, en 2002-2003 ! De ce fait, j’aurais jugé ma présence sur un DVD, évoquée par le distributeur, très déplacée ; cela dit, les « spécialistes » que l’on entend dans les bonus ne sont pas forcément ceux qui ont le plus de choses intéressantes à dire… dommage que Tom Shippey, Verlyn Flieger ou Thomas Honegger, pour citer ceux qui à mes yeux sont les meilleurs spécialistes de Tolkien aujourd’hui, n’aient pas été davantage sollicités.
Le véritable prolongement du film, en ce qui me concerne, a été le travail en collaboration avec John Howe (des expositions, comme à la BnF en 2003-2004 ; un livret ; des conférences à St Ursanne, en Suisse, où il était artiste en résidence) et Alan Lee (la traduction de son livre, le Cahier de croquis ; des conférences ensemble), ce qui est aussi inattendu que formidablement stimulant.


Dans votre interview sur Tolkiendil.com*, vous dites que Peter Jackson a fait des erreurs d’interprétation comme de représenter Sauron, comme la justification de la guerre. Ne pensez-vous pas que s’il était resté plus fidèle à l’esprit de Tolkien, les films auraient été plus hermétiques pour le grand public ?
Bonne question, mais honnêtement, les contresens de Peter Jackson (j’ai proposé quelques remarques dans cet article en ligne2 : sur la présence physique de Sauron, la disparition d’une réflexion sur le hasard et le destin), s’ils avaient été rectifiés, n’auraient pas rendu la compréhension plus difficile !





Bien avant, il y eut la tentative partielle de Ralph Bakshi… Une expérience étrange…
Elle pourrait être amusante, mais elle présente les mêmes défauts que Jackson, sans grand-chose pour la racheter. On dirait presque une parodie, tant les personnages et les situations sont ridicules, incompréhensibles pour qui ne connaît pas le livre : il y a trop de coupures qui rendent le scénario chaotique, avant que le film ne s’achève brutalement, au milieu de l’histoire. Je parais dur ? Regardez-le !



Où en est la production de The Hobbit ?
Je ne suis pas ce dossier, même si je m’y intéresse.





Votre avis sur l’adaptation en BD de Bilbo le Hobbit par Dixon et Wenzel ? Une telle adaptation du Seigneur des Anneaux est-elle envisageable ?
Je n’adhère pas beaucoup à ce genre de dessins. Et ce qui semble possible pour Bilbo, dont l’histoire est simple, paraît beaucoup plus difficile pour un livre comme Le Seigneur des Anneaux, avec tous ses personnages et ses actions simultanées. Je pense vraiment qu’un travail d’illustration, comme celui d’Alan Lee et de John Howe, est plus intéressant qu’une BD.



Lisez-vous beaucoup de BD ? Quels sont vos auteurs préférés ?
J’ai lu énormément de BD pendant mes années d’étude. Mais j’avais tendance à ne pas retenir les auteurs – les noms qui se trouvent dans ma bibliothèque à portée de main : Sfar, Satrapi, Julliard, Peeters, Jul’ (un ancien condisciple dont je suis le succès avec beaucoup de plaisir). Mais j’oublie sans doute de citer ceux que j’ai le plus lus !



La communauté des amateurs de Tolkien forme un incroyable « anneau » sur Internet. Etes-vous un membre actif de cette communauté ? Utilisez-vous beaucoup Internet pour vos recherches ?
Entre 2000 et 2002, je suis beaucoup intervenu sur jrrvf.com ; depuis, le travail universitaire a nettement pris le pas sur le reste : je suis connecté à internet au moins dix heures par jour, pour travailler à des sites comme www.fabula.org ou www.modernitesmedievales.org ou encore celui de mon laboratoire, www.univ-paris13.fr/cenel ; j’utilise aussi internet pour des vérifications ponctuelles et des échanges de messages avec des collègues et des étudiants). Je garde toutefois des liens forts avec jrrvf.com, tolkiendil.com et elbakin.net en particulier, dont les responsables ont l’amabilité de relayer très efficacement les nouvelles et les débats en cours : internet m’a toujours permis de connaître l’opinion de nombreux lecteurs de Tolkien, pour en faire part à son éditeur français. Actuellement, mon implication la plus importante sur internet, concerne le site officiel de la famille Tolkien, www.tolkienestate.com, en cours de construction.





Depuis l’année dernière, le jeu de rôle massivement online adapté du Seigneur des Anneaux remporte un succès non négligeable Y avez-vous joué ? Qu’en pensez-vous ?
Je dois avouer avoir passé ma jeunesse à jouer à tous les jeux de rôles possibles : AD&D, Paranoïa, Légendes celtiques, Stormbringer et même L’œil Noir… je parle d’une époque préhistorique ! Je suis donc venu facilement à des jeux comme Dungeon Master, jusqu’à Baldur’s Gate ; mais j’ai brutalement arrêté, faute de temps. J’ai tendance à considérer que le jeu que vous évoquez n’a pas vraiment de rapport avec Tolkien ; mais si les joueurs font la distinction entre ce jeu et l’univers de Tolkien, très bien !



Les joueurs sont des fans de l’œuvre de Tolkien, mais aussi des amateurs du jeu de rôles online. Pensez-vous que sa pratique amènera de nouveaux lecteurs vers Tolkien ?
Oui, on observe un va et vient entre lecteurs et joueurs. Un jour ou l’autre, un joueur peut avoir envie d’en savoir plus sur ce qui n’est qu’un décor pour jouer ; et puisque l’on trouve sur le net des sites de qualité, qui peuvent l’informer, je crois que le passage se fait assez bien : on le voit d’ailleurs sur des sites consacrés à certains jeux : il y a souvent un fuseau « Tolkien ».



Justement, concernant ces déclinaisons récentes, pensez-vous que si Tolkien était vivant aujourd’hui, il aurait fait naître son œuvre au sein de l’univers multimedia, qui lui aurait permis la création complète d'un univers ? Ou plutôt d’un héritage, puisqu’il me semble que ce qu’il a tenté de recréer, au fil du temps, c’est le processus de mise en place du mythe, en non pas forcément le mythe lui-même. Ou son aversion légendaire pour les technologies l’en aurait-elle empêché ?
Votre question nous plonge dans un roman ! Tout dépend de l’âge qu’il aurait, dans votre hypothèse ; mais je le vois mal adhérer aux développements les plus modernes : cet écrivain était attaché aux livres, aux manuscrits, et le passage au multimédia est tellement différent. Je crois en revanche qu’il est possible d’utiliser internet et le multimédia pour faire connaître son œuvre.



Vous avez écrit, il y a quelques années, un très intéressant essai sur l’œuvre de Tolkien, intitulé Tolkien : Sur les rivages de la Terre du Milieu. Allez-vous écrire un autre essai ?
Pour le moment, j’ai plutôt une série d’articles sur Tolkien, en cours de constitution ; c’est aussi l’auteur central d’un livre en cours, sur la présence du Moyen Âge au XXe siècle, mais je ne sais pas encore quelle forme prendra ce livre. Je me suis consacré pendant plusieurs années à l’édition de ses textes, et j’ai énormément de notes accumulées sur tous ces « nouveaux » livres…



Ne pensez-vous pas que quelque part, Tolkien a tué l’heroic fantasy, ou au moins l’a figée pour longtemps, en en posant les bases desquelles se sont inspirés nombre d’auteurs modernes ?
Si vous voulez parler de la fantasy (l’heroic fantasy n’est qu’un sous-genre parmi d’autres, auquel Tolkien n’appartient pas, contrairement à ce qu’on dit souvent !) : c’est la thèse de grands spécialistes de fantasy, comme Alain Névant, des éditions Bragelonne, qui le dit souvent sur le mode humoristique. Il est vrai que trop d’auteurs de fantasy commerciale se contentent de refaire du Tolkien ; et que d’autres se revendiquent (même s’il s’agit d’une simple stratégie commerciale) comme ses héritiers, ce qui donne l’impression que la fantasy se réduit trop à une simple répétition de Tolkien. Mais il existe des auteurs inventifs, qui échappent à l’influence de cet auteur.



Grâce à Tolkien, peut-être va-t-on enfin considérer que le genre importe peu dans la qualité d’une œuvre, même en France ! Qu’en pensez-vous ?
Effectivement, des lecteurs peu familiers du genre de la fantasy ont découvert qu’ils apprécient Le Seigneur des Anneaux ou Les Enfants de Húrin, comme ils liraient un roman d’aventures ou un roman historique. De ce point de vue, Tolkien joue un rôle important pour les médias et le monde universitaire : il n’y a qu’à voir les réactions des journaux et magazines lors de la parution des Enfants de Húrin, ou le nombre croissant de thèses consacrées à Tolkien. Mais il faudra du temps pour que Tolkien trouve sa place dans ces milieux.



Pour vous, Le Seigneur des Anneaux est-il l’œuvre la plus représentative du message et des idées que souhaitait faire passer Tolkien ?
Certainement : même s’il a travaillé toute sa vie au « Silmarillion », dont les textes ont finalement été publiés dans Le Silmarillion et les volumes de L’Histoire de la Terre du Milieu (Les Contes Perdus, etc.), Le Seigneur des Anneaux est l’œuvre qu’il a menée à terme, et cela doit être pris en compte. Il l’a mûrie 17 ans ! et a beaucoup réfléchir à son intrigue, à son équilibre, à ses multiples interprétations par ses nombreux lecteurs. Je crois que le « message » que l’on peut lire dans Le Seigneur des Anneaux, en ce qui concerne l’amitié en particulier, et la nécessaire union de tous les êtres vivants (quelles que soient leurs différences), est essentiel – et confirmé par les propos que tient Tolkien dans ses Lettres, qui constituent l’autre « grand » livre de Tolkien à mes yeux.



Hormis Tolkien, lisez-vous d’autres auteurs de fantasy ?
Oui, ceux que je rencontre dans des salons du livre ou dont j’ai fait la connaissance, comme Matthieu Gaborit ou Fabrice Colin. Pour le reste, ma collègue et amie Anne Besson, de l’université d’Arras, me tient régulièrement au courant de ses lectures, car je n’ai pas trop le temps de découvrir par moi-même : je donne la priorité à mon domaine de recherche principal (des romans plus « classiques »).



Quels sont vos autres projets ?
Il y en a trop pour pouvoir les lister tous ! ;-)



Vincent, merci.


Interview réalisée entre février et août 2008 par Fujoshi et Spooky.



Visitez le site de Vincent consacré à Tolkien

Lisez mes chroniques sur Les Enfants de Hurin, Tolkien, 30 ans après., ou encore Les Monstres et les critiques et autres essais
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1 Respectivement fils et petit-fils du romancier
2 Ici
3 Anne Besson a en particulier publié D’Asimov à Tolkien. Cycles et séries dans la littérature de genre (2004) et La Fantasy (2007), un livre de référence sur le sujet, dense et très complet.
* ici

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Publié le par Ansible
Publié dans : #Films



A peu près à la même époque que Chambre 1408, une autre adaptation de l'oeuvre de Stephen King est arrivée sur nos écrans. Il s'agit de The Mist, adaptation de l'oeuvre éponyme de l'Horrorus Rex, publié en 1985. J'ai dû lire le texte entre 5 et 8 ans plus tard, et la novella m'avait fortement impressionné de par son atmosphère, mais aussi les éléments narratifs qu'elle recelait. Elle portait d'ailleurs le recueil sur ses épaules, servant de locomotive.

C'est Frank Darabont, réalisateur des acclamés Les Evadés et La Ligne verte (autres adaptations de King), qui s'est attelé à transposer à l'écran cette oeuvre symbole. Ces deux films étant plutôt des réussites, le pire semblait évité, King n'étant pas toujours heureux dans le sort donné à ses écrits sur petit ou grand écran.

La novella nous raconte l'étrange épisode que vit Castle Rock, localité -inventée par l'auteur- du Maine (nord-est des Etats-Unis), qu'une violente tempête a ravagée. Au matin, les habitants viennent se ravitailler à la supérette locale. Mais une étrange brume envahit bientôt les lieux, et un homme ensanglanté, délirant à propos de choses dans le brouillard, surgit dans le supermarché. Les clients, au nombre de plusieurs dizaines, décident d'attendre, et de tirer au clair cette drôle d'histoire. Mais bientôt des choses sortent du brouillard...

Je tuerai à moitié le suspense en vous disant que des monstres vont surgir, et que les véritables personnalités vont se révéler pendant les heures et les jours où ces gens vont rester cloîtrés. King a placé des éléments narratifs intéressants dans son histoire ; on y trouve pêle-mêle l'inconséquence de certains savants, plus empressés à faire joujou qu'à réfléchir aux conséquences de leurs actes ; la lâcheté des militaires, mais aussi des gens ordinaires ; mais aussi les ravages que peut provoquer l'intégrisme religieux. On retrouve également le thème du petit groupe de survivants, qu'il a déjà exploité dans des romans tels que Le Fléau, Ca ou Les Tommyknockers. Bien sûr, comme dans la plupart de ses romans, hormis ceux écrits sous le pseudonyme de Richard Bachman, le surnaturel tient une place énorme, mais comme souvent dans un oeuvre intéressante, ce thème permet de rebondir sur les travers de la société dans lequel nous vivons.
Au sein de la petite colonie qui se barricade dans le supermarché, plusieurs groupes se forment. L'un, autour de David Drayton (Thomas Jane, déjà présent dans l'adaptation kingienne Dreamcatcher), illustrateur spécialisé dans les affiches de cinéma, intelligent et pragmatique ; un autre autour de Mme Carmody, une bigote persuadée que Dieu les soumet à leur jugement. C'est Marcia Gay Harden, actrice fétiche de Clint Eastwood et prodige de Mystic River et Into the Wild, qui prête son visage au personnage. Et au milieu, Brent Norton (Andre Breugher, acteur de télévision surtout), un juge que l'on essaie de convaincre. La micro-société selon Stephen King.

Le film se déroule dans une atmosphère de terreur croissante, les apparitions montrueuses alternant avec les découvertes macabres. La première scène d'horreur est un peu ratée, les effets spéciaux faisant un peu "cheap", et les postures des personnages sonnant faux. Mais elle a le mérite de placer les reclus devant la réalité qui les encercle : des monstres ont profité de la brume pour s'approcher, et souhaitent pénétrer dans le bâtiment. Interrogations, attentes dans la peur, discussions animées, voire violentes rythment le récit. Jusqu'à un final dramatique, très noir quant à l'attitude d'une partie des personnages. Je disais que la première scène-clé était un peu décevante, mais Darabont se rattrape très vite, installant une atmosphère réellement inquiétante, au choix artistique audacieux mais payant. En effet il y a très peu de musique d'ambiance pendant le film, et lors d'une incursion à l'extérieur ce silence est palpable et renforce encore ce climat d'angoisse. De plus les effets spéciaux sont par la suite assez réussis, masquant leur éventuel bas coûts dans la brume, bien pratique dans ces cas-là.



Dit comme ça, on a l'impression que le film est vraiment excellent sur presque toute sa longueur. Ce n'est pas tout à fait vrai, car il y a quelques invraisemblances dans le récit. Etrange que les gens restent cloîtrés dans le supermarché, seul l'un d'entre eux tentera de s'échapper au moment de l'arrivée de la brume. Etrange que lors de la première apparition des "monstres", personne ne songe à fermer le rideau de fer sur leurs tentacules pendant que ceux-ci emportent un jeune commis. Etrange aussi l'embrigadement de l'ensemble des reclus, alors que la prédicatrice est visiblement givrée... Mais comme le souligne l'un des personnages "sensés", l'espèce humaine est par nature givrée. Mettez deux gars dans une pièce avec l'impossibilité de sortir, ils finiront par s'entretuer. Tous ces thèmes sont bien présents, mais traités un peu au tracto-pelle par moments. Et c'est là, à mon avis le gros (et peut-être le seul) défaut de The Mist : Frank Darabont, en voulant respecter à la lettre près ou presque l'oeuvre de King, en a transposé également les défauts, les incohérences. Dommage, car avec une écriture plus maîtrisée, on aurait pu avoir un sommet du cinéma d'horreur.

Mais ne boudons pas notre plaisir, pour une fois l'adaptation est plutôt réussie, ce qui rend The Mist largement recommandable. A noter quelques clins d'oeil dans le film, comme l'affiche que réalise David Drayton au début, qui fait fortement penser à La Tour sombre, une série de fantasy horrifique de King, avec sur le mur l'affiche de The Thing, de John Carpenter... Façon de se placer sous les meilleurs auspices ?


Nota : Ne pas confondre The Mist avec (The) Fog, un autre film sur une brume qui recèle de terribles secrets, réalisé par John Carpenter en 1980 et remaké en 2006 par Rupert Wainwright. Je vous recommande le premier, n'ayant pas vu le second.


Spooky.

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Publié le par Ansible
Publié dans : #Films


Je crois que cette fois-ci, le cinéma français de genre le tient, son film emblématique.

Oui oui, vous avez bien lu, le dernier film de Marc Caro, co-réalisateur de Delicatessen et La Cité des Enfants perdus (avec Jean-Pierre Jeunet) est pour moi un symbole. Le symbole d'un cinéma de genre français totalement à côté de la plaque au niveau artistique. Prenons le pitch de Dante 01 : un inconnu, que l'on surnommera Saint-Georges à cause d'un tatouage sur son bras, se retrouve envoyé sur Dante 01, un asile psychiatrique niché dans une station spatiale qui tourne autour de la planète Dante (un véritable enfer, comme vous vous en doutez !). Il rejoint six autres détenus qui portent tous des surnoms symboliques (Moloch, César, Bouddha, Lazare, Raspoutine et Attila), eux-mêmes encadrés par deux médecins (deux femmes, dont Elisa, qui est arrivée en compagnie du caisson cryogénique de Saint-Georges) et trois agents de sécurité dirigés par Charon. L'arrivée conjuguée de ces deux personnes va provoquer le basculement de Dante 01 : Elisa fait d'étranges expériences sur les détenus, tandis que Saint-Georges, qui ne parle pas, semble investi de pouvoirs christiques...

Au-délà de l'idée de départ, à mon avis peu crédible -comment peut-on faire un centre de détention psychiatrique aussi loin de la Terre, avec seulement 7 prisonniers ?-, le choix du nom des personnages, même s'il revêt une dimension symbolique évidente (j'oubliais l'autre médecin, Perséphone...), me semble un mauvais calcul. Déjà qu'avec leurs crânes rasés il est difficile de les différencier (et pourtant il n'y a que 12 acteurs dans le film), les attitudes des uns et des autres ne sont pas très logiques. Et puis pourquoi Elisa est-elle la seule à ne pas avoir de surnom ? Très vite l'ennui s'installe dans cette station, tant le rythme narratif est déficient. Les choses deviennent confuses avec ce détenu chargé par Charon d'exercer une surveillance. Et puis la fin n'arrange pas les choses, atteignant une dimension métaphysique qui se veut peut-être de la dimension de 2001, l'Odyssée de l'Espace, mais fait plutôt penser à la boursouflure de Mission to Mars, le film de Brian de Palma. Une fin incompréhensible, qui nous donne l'identité, ou plutôt la dimension de Saint-Georges, mais c'est tout. Et "C'est tout ?" est la première parole qui effleura mes lèvres lorsque la fin du film arriva. Et dire que Pierre Bordage, romancier à succès du genre (Les Guerriers du silence, Abzalon...), a écrit le script avec Marc Caro...

Quand le scénario est inepte, on se tourne parfois vers les interprètes pour chercher la lumière. Ici Saint-Georges est interprété par Lambert Wilson, qui n'a que trois mots à dire. C'est peu pour un acteur de son talent, et du coup le film n'en bénéficie pas. Le second rôle, celui d'Elisa, est tenu par Linh Dan Pham, l'une des plus jolies actrices françaises, (découverte dans Indochine il y a 15 ans), mais son jeu n'est pas transcendant. A peine se consolera-t-on avec son arrivée dans le plus simple appareil. Pour le reste, c'est un casting de "gueules", en tête duquel figure Dominique Pinon, fidèle interprète du duo Caro-Jeunet, mais ils se contentent la plupart du temps de brailler dans les coursives ou à se taper dessus. La réalisation de Caro n'est pas catastrophique (comme celle de Pitof dans Vidocq ou Catwoman), mais elle n'est pas très inventive non plus, contribuant à l'assoupissement de votre serviteur. Bref, c'est plat, inintéressant et l'interprétation est médiocre.

Difficile de parler de ce film sans le taxer de daube intersidérale, mais les faits sont là, c'est l'anti-exemple à suivre pour les jeunes réalisateurs français qui voudraient faire de la SF.

Spooky.

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Publié le par Ansible
Publié dans : #Livres


Je fais suivre une annonce que m'a envoyée mon ami Vladkergan, créateur du site Vampirisme.com. N'hésitez pas à la diffuser autour de vous si vous pensez que cela peut intéresser quelqu'un.

Dans l'idée de continuer à éditer des recueils de nouvelles liées à notre theme préféré, le vampire (comme cela a déjà été le cas avec "Millenium Vampire"), l'equipe de VampireDarkNews.com a décidé de se lancer dans un challenge de fous : la traduction et l'edition EN FRANCAIS du premier feuilleton vampirique qui date de 1846 : VARNEY LE VAMPIRE ou LE FESTIN DE SANG.

L'oeuvre étant titanesque : plus de 237 chapitres, nous proposons à chaque traducteur/auteur qui voudra se lancer dans l'aventure de traduire un ou deux chapitres. Ainsi, à la manière des séries TV actuelles, chaque "épisode" de VARNEY sera "réalisé" par un traducteur différent.

Le tout sera édité par nos soins. Il va sans dire que nous ne pourrons pas rémunérer les traducteurs, mais ils seront largement cités avec leur(s) publications dans un lexique à la fin...

Si vous pensez que le projet peut vous intéresser ou intéresser certains de vos contacts n'hésitez pas à me le dire et à leur faire suivre cet avis...

Ce projet est soutenu par Mr Jean Marigny, ancien professeur de l'Université Stendhal à Grenoble, où il enseignait la littérature anglaise et américaine, et membre fondateur du GERF (Groupe d'Études et de Recherches sur le Fantastique)

Merci

Association Vampire Story (Loi 1901) http://www.vampiredarknews.com

Si vous voulez vous faire une idée du texte original c'est par ici.

EDIT du 8 septembre : Voici quelques précisions.

Voici les éléments à prendre en compte pour une participation au projet de traduction de Varney. Dans un premier temps, nous avons décidé de nous consacrer au premier tome du récit, accessible <a href="
http://etext.lib.virginia.edu/toc/modeng/public/PreVar1.html">à cette adresse</a>

La liste actuelle des chapitres en cours de traduction et à traduire est la suivante :

* Chapter 1 CHAPTER I. -- En cours
* Chapter 2 Chapter II. -- En cours
* Chapter 3 CHAPTER III. -- En cours
* Chapter 4 CHAPTER IV. -- En cours
* Chapter 5 CHAPTER V. -- FAIT
* Chapter 6 CHAPTER VI. -- En cours
* Chapter 7 CHAPTER VII. -- En cours
* Chapter 8 CHAPTER VIII. --FAIT
* Chapter 9 CHAPTER IX. -- En cours
* Chapter 10 CHAPTER X. -- En cours
* Chapter 11 Chapter XI. -- En cours
* Chapter 12 Chapter XII. -- En cours
* Chapter 13 Chapter XIII. -- En cours
* Chapter 14 Chapter XIV. -- En cours
* Chapter 15 Chapter XV. -- En cours
* Chapter 16 CHAPTER XVI. --
* Chapter 17 Chapter XVII. -- En cours
* Chapter 18 CHAPTER XVIII.
* Chapter 19 CHAPTER XIX. -- FAIT
* Chapter 20 CHAPTER XX. -- FAIT
* Chapter 21 Chapter XXI.
* Chapter 22 Chapter XXII. -- FAIT
* Chapter 23 Chapter XXIII.
* Chapter 24 CHAPTER XXIV. -- En cours
* Chapter 25 Chapter XXV.
* Chapter 26 Chapter XXVI.
* Chapter 27 Chapter XXVII. -- En cours
* Chapter 28 Chapter XXVIII.
* Chapter 29 Chapter XXIX.
* Chapter 30 Chapter XXX.
* Chapter 31 Chapter XXXI.
* Chapter 32 Chapter XXXII.
* Chapter 33 Chapter XXXIII.
* Chapter 34 Chapter XXXIV.
* Chapter 35 Chapter XXXV.En cours
* Chapter 36 Chapter XXXVI.
* Chapter 37 Chapter XXXVII.
* Chapter 38 Chapter XXXVIII.
* Chapter 39 Chapter XXXIX.
* Chapter 40 Chapter XL.
* Chapter 44 Chapter XLIV.
* Chapter 45 Chapter XLV.
* Chapter 46 Chapter XLVI.
* Chapter 47 Chapter XLVII.
* Chapter 48 Chapter LVIII.
* Chapter 49 Chapter XLIX.
* Chapter 50 Chapter L. -- FAIT
* Chapter 51 Chapter LI.
* Chapter 52 Chapter LII.
* Chapter 53 Chapter LIII.
* Chapter 54 Chapter LIV.
* Chapter 55 Chapter LV.
* Chapter 56 Chapter LVI.
* Chapter 57 Chapter LVII.
* Chapter 58 Chapter LVIII.
* Chapter 59 Chapter LIX.
* Chapter 60 Chapter LX.
* Chapter 61 Chapter LXI.
* Chapter 62 Chapter LXII.
* Chapter 63 Chapter LXIII.
* Chapter 64 Chapter LXIV.
* Chapter 65 Chapter LXV.

Comme vous pouvez le voir, vous avez encore l'embarras du choix. La deadline pour cette nouvelle salve de traduction est fixée au 31 novembre 2008.

Si le projet vous intéresse, vous pouvez contacter Slash, qui gère l'ensemble des équipes de traduction, à l'adresse suivante : slash00[at]aliceadsl.fr, en lui précisant votre niveau d'anglais ainsi que le ou les chapitres que vous vous proposez de traduire.

D'avance, merci pour votre contribution.

Vladkergan.

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Publié le par Ansible
Publié dans : #Films

Vous connaissez sans doute mon attachement aux oeuvres de Stephen King, ce mauvais écrivain/de gare/populaire/qui écrit très mal (rajoutez l'adjectif dépréciatif de votre choix, il est probable qu'un critique l'ait utilisé avant vous). Je suis également attentif aux adaptations sur petit et grand écran qui en sont faites. Il y a d'ailleurs eu tellement d'adaptation qu'il faudra que je vous fasse un petit palmarès un de ces jours.
En même temps que The Mist, dont je vous parlerai dès que je l'aurai vu, une autre adaptation d'une nouvelle de King est sortie sur nos écrans il y a quelques mois. Il s'agit de Chambre 1408, réalisé par Mikael Hafstrom et interprété par John Cusack et Samuel L. Jackson principalement.

L'histoire est celle de Mike Enslin, un écrivain qui éprouve un malin plaisir à visiter des tas de lieux hantés pour en faire la matière de sa production littéraire. Malgré son peu de succès et son incroyance presque hargneuse envers les phénomènes paranormaux, il persiste dans cette voie et s'apprête à séjourner dans une chambre d'hôtel qui aurait vu de nombreuses atrocités et morts dramatiques au fil de son siècle d'existence. malgré le refus catégorique du directeur de l'hôtel, il parvient à obtenir la réservation pour une nuit de la chambre. Au début il ne se passe absolument rien, Enslin raillant même dans son dictaphone l'affligeante banalité du décor. Et puis petit à petit, les choses se dérèglent. il fait très chaud, puis très froid. les murs suintent d'une substance liquide rougeâtre qui rappele du sang, les éléments du décor semblent lui en vouloir particulièrement... De plus la disparition récente de sa petite fille, emportée par un cancer, ressurgit du néant...

Le thème de la maison hantée, je vous l'accorde, existe depuis très longtemps. King n'apporte pas grand chose de neuf au genre, il en a même fait l'un des thèmes centraux de l'un de ses bouquins les plus connus, Shining. Ce qu'il y apporte, en revanche, c'est la dimension intime des personnages. Mike Enslin est un connard, un écrivain -certes doué- qui considère ses lecteurs comme des brebis écervelées. Il traite le petit personnel comme de la merde. Cette dimension n'est pas présente dans le film. Par manque de place essentiellement, car il faut quand même pouvoir caser les séquences horrifiques dans l'heure et demie requise.

J'ai évoqué l'hôtel Overlook de Shining, mais la comparaison s'arrête là, dans la mesure où cette fois seule une chambre d'hôtel est hantée (et non tout le bâtiment), et l'hôtel en question se trouve au beau milieu de New York (et non plus en haut d'un col bloqué par la neige en hiver).Enslin se retrouve donc dans une chambre d'hôtel a priori pas isolée du tout, mais les fantômes ont bien des ressources...



Mikael Hafstrom, qui avait commencé avec Dérapage en 2008, propose un film de commande, certes réalisé de façon correcte, sans esbroufe mais également sans imagination. Il s'appuie sur un interprète principal qui, s'il n'est pas acclamé pour ses performances exceptionnelles, n'en reste pas moins un acteur de "genre" plus qu'apprécié, comme en témoignent Minuit dans le jardin du bien et du mal, Identity, Dans la peau de John Malkovich... Avec l'apport de Samuel L Jackson en directeur d'hôtel alarmiste, ce quasi- huis clos se révèle au final assez plaisant à voir, même si la violence est estompée, la production ayant sans doute souhaité voir le film classé en tous publics. Les séquences s'enchaînent sans véritable temps mort, et la fin comporte un retournement de situation différent de celui de l'oeuvre originale.

Bref, il s'agit là d'une adaptation certes tronquée mais correcte d'un texte mineur du maître de l'épouvante. Un agréable moment à passer si vous aimez les frissons. N'en attendez pas monts et merveilles.


Spooky.


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Publié le par Ansible
Publié dans : #Essais


LA HIGH FANTASY
La High Fantasy est fille de Tolkien, un homme qui avait lu dans le texte un grand nombre d’épopées archaïques et eut l’idée d’en faire la synthèse : de là son maître ouvrage, Le Seigneur des Anneaux. Une grande diversité de petits peuples vivent dans la nature immémoriale et accueillante, utilisant parcimonieusement les énergies douces et leur « magie ». Le héros appartient à une communauté dont il devient le champion, soit en menant une quête initiatique pour devenir magicien (Terremer), soit en conduisant une guerre contre les forces de la magie noire (la Belgariade, la Mallorée, la Roue du Temps, l’Arcane des épées), soit en restaurant l’ordre du monde, jeté à bas dans le passé (les Portes de la Mort). Le combat entre le bien et le mal, thème central, n’empêche pas les personnages d’être variés ni les rapports humains d’être riches et complexes.

L’HEROIC FANTASY
L’Heroic Fantasy est fille de Conan et petite fille de Tarzan. Le héros n’est pas forcément une montagne de muscles. Elric est un chétif albinos, et sa force réside en son épée, qui est animée d’une volonté propre et tendant peut-être à la mort de son maître plutôt qu’à celle de l’ennemi. Mais surtout, le héros est un solitaire (ou tout au plus deux solitaires dont le cycle des Epées développe l’amitié indéfectible, seule relation vraiment humaine en ce monde de ténèbres) qui va d’aventure en aventure, toujours prêt à vendre ses services et incapable de capitaliser le fruit de ses exploits. Il ne peut compter que sur ses qualités humaines (le courage, l’intelligence, la compassion...) pour vaincre des adversaires au pouvoir politique barbare ou aux pouvoirs magiques inquiétants.

LA ROMANTIC FANTASY
La SF a la réputation bien établie d’être une littérature masculine. Mais le lectorat féminin s’est épanoui et diversifié avec le mouvement féministe, et les femmes écrivains font aujourd’hui un usage très spécifique de la fantasy : les héros sont des héroïnes, guerrières ou magiciennes, et leur vie d’aventurières ne les empêche pas d'avoir des pensées délicates, d'être des femmes avant tout.

LA LIGHT FANTASY
Des héros enfantins, du nonsense, des mondes qu’on démonte comme des montres, un tragique latent (celui des malédictions parentales, toujours incomprises et - à vrai dire - toujours incompréhensibles) tempéré par un humour parfois truculent, parfois léger, des superpouvoirs plus amusants qu’inquiétants, des quêtes initiatiques telles qu’on peut les vivre à douze ans, les lire à huit ans et les voir à quatre ans sur les écrans, des histoires qu’on raconte sans trop y croire et qui valent par l’enchantement et la fantaisie... oui, la fantaisie au sens français - telle est la Light Fantasy, fille de Walt Disney, petite fille de Lewis Carroll.

LA DARK FANTASY
Fille de Lovecraft et petite fille de Frankenstein, la Dark Fantasy présente des personnages faibles, aux limites cruellement soulignées, mais trop curieux - comme le lecteur - et portés à fourrer leur nez là où ils feraient mieux de passer leur chemin. Car notre univers rassurant côtoie des abîmes : des dimensions inconnues, des oubliettes du temps, des dieux qui n’ont pas besoin de magie pour être sanguinaires... en bref, l’horreur, le dévoilement d’un réel abominable où le héros perd la raison, parfois la vie. A moins qu’il ne fasse machine arrière toute et ne rentre chez lui, promis pour le restant de ses jours aux cauchemars.

LA SCIENCE FICTION
Fille de Wells et petite fille de Verne, la S.F. explore les trajectoires du désir et les situations auxquelles il aboutit quand il ne rencontre pas la réalité. Les histoires peuvent se passer ici ou ailleurs, maintenant ou plus tard : l’essentiel est qu’il y ait une loi à dévier, une convention sociale à transgresser, une règle du jeu à changer. Il y a un prix à payer : les chimères élaborées par la S.F. doivent être soumises à une épreuve interne et devenir vraisemblables (le même problème se pose en fantasy, mais il est moins visible). Voyages dans l’espace (ou dans le temps, ou dans l’esprit), faillites ou métamorphoses de l’ici-bas pour ceux qui y restent, histoires du futur lointain... Le désir a besoin d’être encadré pour s’enhardir.

L'ANTICIPATION
Il s'agit là d'une appellation archaïque utilisée dès la fin du XIXème siècle pour désigner la SF. Aujourd'hui ce terme est surtout utilisé dans sons sens originel, c'est à dire pour désigner un texte anticipant sur son temps pour décrire un futur proche. Exemple, le 1984 d' Orwell.

LE CYBERPUNK
Dans un décor de futur proche, surpeuplé, pollué et grouillant de freaks en tous genres, les grandes multinationales, plus que les gouvernements, contrôlent le sort de la planète. dans ce monde livré aux médias, aux ordinateurs et à la surinformation, la cybernétique est devenue monnaie courante et chacun, par le biais de drogues ou d'implants informatiques, peut à tout instant se brancher sur le cyberspace. l'expression de ce genre se caractérise par une écriture agressive et "jeune". exemple : Neuromancien, de Gibson, ou le film Blade Runner, de Ridley Scott.

UTOPIE ET DYSTOPIE
Il n'y a plus d'utopies... Autrefois l'anticipation était rêveuse ; mais un ressort est cassé. il n'y a que des lendemains qui grincent. Minés par les totalitarismes, épuisés par une pollution ravageuse. Exemple : Fahrenheit 451, de Bradbury ; Tous à Zanzibar, de Brunner ; le Meilleur des Mondes, d'Huxley

POST-APOCALYPTIQUE
La terre est ravagée, il n'y a plus qu'une poignée de survivants, la civilisation est morte... On revient à une organisation féodale, oscillant entre violence et reconstruction. Exemple : Un cantique pour Leibowitz, de Miller ; Ravage, de Barjavel ; Niourk, de Wul ; les films Mad Max, de Miller...

SPACE OPERA
Il s'agit le plus souvent de vastes sagas populaires où l'accent est mis sur l'ampleur du décor, l'espace qui se développe au fur et à mesure qu'on l'explore, avec des astronefs grands comme des planètes, beaucoup d'extraterrestres aussi laids que belliqueux, des rayons de la mort, des désintégrateurs, et surtout un héros justicier, intrépide patrouilleur des espaces intersidéraux. Exemple : la série TV et les films Star Trek ; les films Star Wars ; Shambleau, de Moore ; Le Cycle de la Culture, de Banks.

LE STEAMPUNK
Il s'agit d'une évolution spontanée du courant cyberpunk où la composante cybernétique est remplacée par des évocations de l'ère de la vapeur (steam en anglais). Exemple : Les Voies d'Anubis, de Powers ; Les Loups-garous de Londres, de Stableford ; la BD et le film La Ligue des Gentlemen Extraordinaires.

L'UCHRONIE
Il s'agit d'une réécriture de l'histoire, selon l'exercice du "Et si ?..." En SF, ces hypothèses ont souvent été formulées avec beaucoup de bonheur pour déboucher sur des spéculations aussi intelligentes qu'audacieuses et pour créer de troublants univers parallèles, extraordinaires mélanges de vrai et de faux où le réalisme historique dérape vers des fictions échevelées. Le Maître du haut Château, de Dick ; Pavane, de Roberts ; Rêve de Fer, de Spinrad.

VOYAGE DANS LE TEMPS
Assister en touriste à la crucifixion du Christ, assassiner son arrière-grand-père (avant sa propre naissance, bien sûr), monter une agence de voyages temporels, ou aller voir le soleil transformé en nova dans un milliard d'années : voici quelques-uns des plaisirs qui attendent le voyageur du Temps. mais tout cela peut impliquer des paradoxes, du genre : que devient le présent si on modifie le passé ? Exemple : La Patrouille du temps, d'Anderson ; Dans le torrent des siècles, par Simak ; Le voyageur imprudent, de Barjavel ; le film La machine à explorer le temps, de Pal ; les trois films Retour vers le Futur, de Zemeckis.

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Publié le par Ansible
Publié dans : #Livres


Hier soir, avec l’amie Hespéride alias Isabelle Bauthian, nous étions conviés (par l’intermédiaire d’un autre site, mais j’y reviendrai) à la rentrée littéraire des Editions Bragelonne. Mais qu’est-ce donc ? Bragelonne est une maison d’édition qui existe depuis le 1er avril 2000, montée par un petit groupe de passionnés de fantasy. 8 ans après, pour faire comme les autres éditeurs, ils ont proposé à un groupe de privilégiés (environ 100 personnes ?) de venir avec eux fêter leur rentrée… Voici donc mon compte-rendu.



Le rendez-vous était dans les Caves Saint-Sabin, un lieu sympathique que j’ai déjà eu la chance de voir. Mais cette fois-ci, pas d’obligation vestimentaire particulière, nous pouvions déambuler librement sous les voûtes. A 18h30, heure à laquelle nous descendons, il y a déjà une trentaine de personnes en train de prendre un verre, de discuter, de feuilleter les ouvrages publiés par Bragelonne et exposés sur deux tables en bois. Parmi les convives, je reconnais d’emblée Alain Névant, le boss, dont je reparlerai ultérieurement, mais aussi Gérard Guéro, moitié d’Ange, que j’ai eu le plaisir d’interviewer récemment. Lui aussi me remet, et nous commençons à discuter. L’atmosphère est sympathique, visiblement plusieurs « mondes » se côtoient : édition, bandes dessinées, cinéma… Aux alentours de 19h, une charmante hôtesse bat le rappel : Stéphane Marsan, Directeur éditorial de Bragelonne, s’apprête à entamer son allocution. Nous nous installons dans la grande salle, avec nos verres de cidre, de bière ou de jus de fruits. L’homme est élégant, mais peu habitué à faire des discours. Il commence par une anecdote au sujet des Alcooliques anonymes et de Jack Palance, acteur légendaire aujourd’hui décédé, pour faire le parallèle avec son amour de la fantasy. D’entrée l’ambiance se décontracte, et il entame l’histoire de la maison d’édition qu’il a cofondée.



Cette création répondait à un besoin, fort, de combler un certain manque éditorial en France. Une envie irrépressible de publier de la fantasy. Publier des récits imaginaires, mais dans des conditions optimales, l’offrir au grand public avec des maquettes attractives, des couvertures qui pètent, mais aussi proposer de la variété, du nombre. Afin qu’enfin, la fantasy soit visible, attrayante. En 2000 trois ouvrages sont sortis. Il y en a maintenant plus de 300 au catalogue. Aujourd’hui Bragelonne est le premier éditeur de l’imaginaire en France, pour ne pas dire le seul. Du coup l’équipe éditoriale tente un coup, que je trouve osé, pour ne pas dire surprenant : créer la concurrence ! C’est comme ça que Milady a vu le jour, Milady étant un label qui réédite certains titres du catalogue Bragelonne, mais en poche, et qui propose l’édition de nouveaux titres en grand format. Le but est aussi de toucher d’autres publics avec Milady. Des gens qui aiment la fantasy, mais ne sont pas prêts à mettre 25 euros dans un bouquin, toucher le public féminin via des maquettes différentes… Lorsque le tome 2 d’un cycle sortira en grand format, le tome 1 sortira en poche. Il y aura aussi des sorties de livres sous jaquettes, pour en faire des beaux livres, créer une bibliophilie nouvelle basée sur la beauté, la rareté de l’objet. En bref, permettre à la fantasy de franchir les barrières, de la faire entrer dans le cénacle de la littérature tout court, comme le roman policier l’a fait il y a 15 ou 20 ans.



Dans la deuxième partie de son intervention, Stéphane Marsan s’attache à placer les auteurs emblématiques de la maison d’édition dans cette perspective.
Le premier auteur dont il parle est Terry Goodkind, et en particulier de son cycle L’Epée de vérité. Goodkind est l’auteur de fantasy le plus vendu en France, et c’est le dernier prodige en date de la fantasy américaine. Le tome 8 de sa saga sort en fin d‘année. Pour marquer le coup, Bragelonne va également publier une de ses novellas en tirage limité et luxe. Le second auteur évoqué est Robert Howard, auteur symbolique du genre puisqu’il est le créateur de Conan. Bragelonne veut aussi faire dans le patrimoine en revenant sur ces pionniers, qui provoquent beaucoup d’émotions chez les amateurs. Par conséquent le cycle de Conan est déjà en cours de réédition, avec une nouvelle traduction. De même pour Solomon Kane, du même auteur.
Vient ensuite David Gemmell, auteur emblématiquissime de chez Bragelonne. C’est en effet la publication de Légende, en novembre 2000, qui lança véritablement la maison d’édition. David Gemmell, disparu subitement il y a deux ans. Un Gemmell qui était presque un père pour l’équipe de Bragelonne, qui était très attentif aux choix éditoriaux, qui déambulait régulièrement dans Paris (je pense l’avoir croisé plusieurs fois en librairie, mais sans le savoir). Gemmell, qui amené la fantasy sur des terres épiques d’une puissance évocatrice presque sans équivalent. Sa littérature est humaine, mais aussi très forte et efficace. Bragelonne publie actuellement sa dernière série, Troie. L’évocation de Stéphane Marsan est poignante mais courte, l’émotion étant palpable.

Mais plutôt que de se reposer sur ses (glorieux) lauriers, Bragelonne se tourne vers l’avenir. L’avenir, c’est d’abord le cycle de Kushiel, par Jacqueline Carey. Le fan de fantasy qui sommeille (ou pas, en fait) chez Stéphane Marsan s’éveille, ses yeux s’allument. Pour lui le premier roman, La Marque (qui est le nom de l’héroïne, une sorte d’espionne, de mata-hari transposée en fantasy) va révolutionner le genre. Jacqueline Carey serait une auteure de la trempe de Robin Hobb, George RR Martin, ou encore David Gemmell, rien que ça. C’est un roman dense, touffu, doublé d’une fresque troublante, aux accents érotiques, presque sado-masochistes, assumés. Cette auteure est emblématique de la volonté de l’éditeur de multiplier les thématiques, de proposer des histoires plus adultes. Stéphane Marsan parle de « Bitlist », qui est un ensemble d’auteurs et d’œuvres qui assument leur héritage d’histoires noires, d’histoires de vampires, avec des héroïnes fortes, mais aussi de la romance, des sentiments, et de l’action entremêlés. Avec aussi le désir de renouer avec le feuilleton classique. Tout cela pour permettre une lecture purement distrayante, une tendance qui submerge actuellement le marché anglo-saxon.

Comme je l’ai dit, Bragelonne veut aussi faire du patrimoine en fantasy. C’est pour cela que des auteurs comme Terry Brooks, Raymond E. Feist et Fritz Leiber y trouvent leur place. Une œuvre comme Princess Bride, de William Goldman, également.
Mais Bragelonne souhaite également faire découvrir de nouveaux auteurs, 7 ou 8 chaque année. Stéphane Marsan nous parle donc des dernières découvertes maison. En premier lieu James Clemens, dont les récits parlent d’une héroïne qui se découvre des pouvoirs, mais aussi Fiona Mc Intosh, dont l’œuvre séduit des lecteurs non fans de fantasy, ou encore Trudi Canavan, qui est lue par des jeunes amateurs de 10-11 ans, mais aussi des adultes. Bragelonne publie également des auteurs d’autres pays que la traditionnelle sphère anglo-saxonne, tels que Janny Wurts, qui est allemande. Les Allemands, qui appartiennent à la sphère anglo-saxonne, et sont plus ouverts à la fantasy.



Stéphane Marsan parle encore d’autres auteurs symboliques, comme EE Knight, dont l’œuvre sera directement publiée en poche, RA Salvatore, qui a beaucoup écrit dans l’univers des Royaumes oubliés, ou encore Pierre Pevel, auteur français qui sera bientôt traduit en anglais. Il évoque aussi Laurent Genefort, l’un des chefs de file de la SF française, qui s’est mis récemment à la fantasy, d’Ange, scénariste bicéphale de bande dessinée qui exerce aussi dans la traduction, le scénario de télévision, mais aussi, avec un certain bonheur, dans la littérature de fantasy. Ange, qui écrit un nouveau cycle avec un concept fort, l’histoire d’une jeune femme qui peut transformer la douleur en plaisir. Marsan a invité Anne Guéro, une moitié d’Ange, à venir en parler brièvement au micro.



Sont également évoqués Richard Morgan, dont le roman, Carbone modifié, fait se télescoper science-fiction et polar. Carbone modifié va être réédité en poche, et son second roman, Blackman, va sortir en fin d’année.



Bragelonne, c’est au départ la fantasy, mais petit à petit les genres se diversifient. Science-fiction (avec la collection les Trésors de la SF, dirigée par Genefort, qui publie notamment Julia Verlanger), mais aussi terreur et fantastique. Des œuvres fortes, spectaculaires, qui proposent également une relecture, un regard particulier sur notre monde, nos valeurs morales. Jack Ketchum, avec son Une Fille comme les autres, a fait forte impression sur l’éditeur. Le bandeau qui entoure le roman en témoigne : Ce livre est insupportable, je ne l’oublierai jamais. On nous parle également de Robert Mc Cammon, qui avait fait une arrivée remarquée au début des années 90 dans la littérature de terreur, puis avait disparu avant de revenir avec un roman énorme, dont je vous parle par ailleurs. Benoît Domis, traducteur de ces deux auteurs, est venu parler brièvement de son travail et des surprises à venir.



Bref, après ce tour d’horizon gouleyant, Stéphane Marsan parla de son plaisir d’être éditeur de l’imaginaire et nous invita à venir discuter, échanger autour de ces thèmes, tout en sirotant une boisson et dégustant un buffet médiéval. Et, cerise sur le gâteau, à nous servir parmi les ouvrages disponibles sur les tables, nous promettant également de repartir avec les épreuves non corrigées de 3 ouvrages à venir, parmi lesquels le roman d’Ange, et celui de Jacqueline Carey !!



Hespéride et moi nous mélangeons donc, discutant avec Emmanuel Baldenberger, qui s’occupe des relations avec les libraires, Ange, encore et toujours, Aléthia, du site Elbakin, site que j’apprécie beaucoup et depuis longtemps. Il y a même un rédacteur de Jeu de rôle Magazine qui vient me voir. Et puis, le plaisir de rencontrer Guillaume et Pierre, du site Babelio.com, puisque c’est Guillaume qui m’a proposé de venir à cette soirée. Après avoir pillé la table des bouquins, j’essayai de trouver Alain Névant, avec l’aide de Stéphane Marsan, pour évoquer avec lui le bon temps d’Ozone… Mais on reparlera de tout ça un jour.




Pour ma part j’ai passé une excellente soirée, en compagnie de passionnés, et je souhaite une longue vie à Bragelonne et Milady !

Je vous invite bien sûr à aller faire un tour sur le site de cet éditeur incontournable.


Spooky.

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Publié le par Ansible
Publié dans : #Essais
SURVOL DE LA SCIENCE-FICTION




La science-fiction n’est pas une invention «moderne». On pourrait même dire qu’elle est née avec l’homme.

Déjà présente dans l’art pariétal des hommes de la préhistoire, on trouve dès 1638, dans L’Homme dans la Lune, de Francis Godwin, le souci de l’Homme d’aller vers le premier astre visible, qui a déclenché les plus vifs fantasmes depuis L’Histoire véritable de Lucien de Samosate (IIème siècle de notre ère).
Mais l’acte de naissance «officiel» du genre date de 1818, lorsque la poétesse anglaise Mary Shelley composa son Frankenstein ou le Prométhée moderne ; cette histoire d’un médecin suisse qui crée un homme à partir de tissus prélevés sur des cadavres va déclencher l’arrivée massive de récits prenant appui sur des faits scientifiques.
L’origine même de cette œuvre reste obscure : résultat d’un pari entre intellectuels, cauchemar terrifiant de l’auteur, roman écrit en réaction au courant gothique alors en vogue ?
Les progrès techniques dus à la Révolution industrielle vont permettre ce genre de production littéraire. Les deux auteurs majeurs de la fin du XIXème siècle seront le Français Jules Verne et l’Anglais Herbert George Wells.
Le premier, au travers de ses Voyages extraordinaires dans les mondes connus et inconnus, s’attachera à décrire les conquêtes de la science. Ses romans les plus intéressants restent Vingt mille lieues sous les mers, De la Terre à la Lune (1865), ou encore Voyage au Centre de la Terre (1864), des modèles d’anticipation scientifique, selon l’expression de l’auteur.
A cette rationalité répond la portée philosophique de H. G. Wells ; il interroge la société sur l’impact des avancées techniques sur le quotidien et le contexte social de ses contemporains. A ce titre, L’Homme invisible (1897) ou La Guerre des mondes (1898) sont de grands textes.

Au début du XXème siècle, les sciences et les techniques sont à la mode. Le développement des modes de transport facilite l’évasion et l’exploration des terres inconnues. Le faible prix du papier permet la multiplication des pulps, revues bon marché et de petit format de l’autre côté de l’Atlantique, qui vont publier des récits d’inconnus mêlant poésie, merveilleux, voyages et aventure.
J. H. Rosny Aîné, auteur de La Guerre du Feu (1909) et La mort de la Terre (1910), est l’auteur français le plus intéressant de cette période.
Côté anglo-saxon, les auteurs s’attachent plus à une vision pessimiste de futurs dominés par la technologie, pour notre plus grand malheur. George Orwell, avec son «Big Brother is watching you» de 1984 (1949) et Aldous Huxley avec Le Meilleur des mondes (1932) se posent surtout comme des porte-paroles de propagande antitotalitaire.
Le film Metropolis (1926), de l’Allemand Fritz Lang, se rattache à ce courant. Les années 1930 sont riches de films reprenant les grands mythes littéraires : Frankenstein (Whale, 1931), Dr Jekyll and Mr Hyde (Mamoulian, 1932), L’homme invisible (Whale, 1933).

Dans l’intervalle, Hugo Gernsback, éditeur de la revue Amazing Stories (créée en 1926), contribue à promouvoir la SF ; il inventa le terme de scientifiction pour synthétiser tous ces concepts.
Dans les années 50, le Prix Hugo sera créé par la profession des auteurs et éditeurs pour récompenser les meilleures oeuvres du genre (par réaction, les fans vont créer le prix Apollo). Le développement des pulps va permettre aux lecteurs de s’exprimer ; ce mouvement sera appelé fandom ; il sera à l’origine de réunions de fans, appelées conventions, qui sont aujourd’hui de grandes messes autant que des rendez-vous incontournables pour les auteurs qui veulent rester proches de leur lectorat.
Le second âge d’or de la SF au cinéma correspond à cette période, dont l’atmosphère est rendue lourde par la Guerre Froide. La vague des soucoupes volantes (Le Météore de la nuit, La Guerre des mondes, L’Invasion des profanateurs de sépultures, Planète interdite...) déferle alors sur les écrans.
C’est l’apogée des space opera grandioses, mais aussi de l’heroic fantasy, où des héros musclés luttent contre des forces occultes omnipotentes. Ce mouvement a été initié par Le Seigneur des Anneaux (Tolkien, 1954-1955, à noter que ce roman a été élu «Roman du siècle») et la série des Conan de Robert E. Howard (à partir de 1925).

Quel est l’âge d’or de la science-fiction ? Quatorze ans, répondit un jour Isaac Asimov. Les années 40-50, c’était l’âge d’or de la SF.

Les années 60 et 70 sont marqués par la Guerre Froide et le Vietnam. Les auteurs tournent résolument le dos au Sense of Wonder qui guidait les oeuvres auparavant. Un auteur comme Philip K. Dick est le plus représentatif de cette période. Centrée sur l’exploration des univers intérieurs de ses héros, son œuvre (Ubik, Le Dieu venu du Centaure) est profondément désespérée.
Le libéralisme triomphant est retourné systématiquement, procurant une atmosphère sombre et pessimiste aux productions de cette période.

Un autre mouvement, la new wave, cherche d’autres voies au travers d’une esthétisation, d’une expérimentation de l’écriture. Michael Moorcock, rédacteur en chef de la revue anglaise New Worlds, et J. G. Ballard sont les portes-drapeaux de cette génération. Le roman le plus marquant est Jack Barron ou l’éternité (1967), de Norman Spinrad, qui dénonce le pouvoir accru des médias et la prédominance de l’argent.
Le quotidien est source de malheur, de névrose, de déchéance. Le manifeste officieux de cette vision est le recueil Dangereuses visions (1967) coordonné par Harlan Ellison, où est utilisé le terme de speculative fiction. Véritable révolution, le livre ira même jusqu'à secouer la Chambre des communes britannique.

Stanley Kubrick lâche en 1968 une bombe dans le morne paysage du cinéma de SF : 2001, l’Odyssée de l’espace (adaptation d’une nouvelle d’Arthur C. Clarke) est une fable métaphysique aux ambitions messianiques ; le film inaugure l’ère de la SF «adulte». Kubrick recommencera 3 ans plus tard avec Orange mécanique, monument de réflexion sur le libre arbitre et ses limites.

En 1977 renaît le genre du space opera, où de grands vaisseaux fendent l’espace pour guerroyer dans des mondes très éloignés, grâce au film Star Wars : A New Hope de George Lucas. D’abord uni par une seule langue et une seule culture (comme dans Fondation, d’Isaac Asimov), l’univers est une mosaïque de cultures différentes, en butte à des luttes de pouvoirs (La Stratégie Ender, d’Orson Scott Card, en 1977, et Hypérion, de Dan Simmons, en 1990, sont des modèles de constructions de mondes entiers).

A côté de ces démiurges apparaît au milieu des années 80 une nouvelle tendance, qui s’appuie sur les progrès fulgurants des technologies numériques et optiques. C’est le cyberpunk, initié par Neuromancien, écrit par William Gibson en 1984. Ces techniques sont intégrées à la vie courante, et les héros sont des marginaux qui luttent contre les multinationales. Les films Total Recall (Verhoeven, 1990) et Matrix (Wachowski, 1998) rejoignent cette vision désenchantée.

Forts de toutes ces brèches ouvertes par les Anglo-saxons, les auteurs européens font leur apparition sur le marché global de l’édition de SF.
En France, Pierre Bordage réinvente le roman épique (Les Guerriers du silence, 1995), tandis que l’Allemand Andreas Eschbach se lance dans le space opera politique avec Des Milliards de tapis de cheveux (1995). L’Italien Valerio Evangelisti, avec les aventures de l’Inquisiteur Nicolas Eymerich (depuis 1993), mélange avec un talent fou les genres.
La dystopie, en déclin depuis de nombreuses années, retrouve un seconde souffle avec des auteurs aussi brillants que Gregory Benford (Un paysage du temps, 1980), Greg Bear (Eternité, 1988) ou David Brin (Marée stellaire, 1983), surnommés les Three B.
Parti de presque rien, le Français Bernard Werber mêle réflexion philosophique, entomologie et speculative fiction dans sa trilogie des Fourmis (1993-1997), grand succès public.


La science-fiction est plus qu’un genre artistique basé sur les fantaisies de savants fous.
C’est aussi et surtout une lame de fond qui interroge l’homme sur sa place dans l’univers et sur son époque, suscitant parfois les plus vives polémiques.

Mars 2001

Spooky

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Publié le par Ansible
Publié dans : #Fictions
Voici l'une de mes humbles contributions à la science-fiction, conçue comme un hommage au génie de ses auteurs. Le Chant de la Terre est un petit texte écrit le 29 mars 1998. Il comprend 87 références à des titres d'ouvrages ou de films de SF. Saurez-vous les retrouver ?




En 1984 la Guerre des Mondes est déclarée. "Mars Attacks !" déclara le Dr Frankenstein, tout en déclarant le Monde perdu. Pour cette planète des singes, c'est le dernier rivage que l'Anneau-Monde. Les Femmes de Stepford s'en prennent au dieu Rama lui-même, le maître du Haut Château à la Rose, pour ce qu'il a fait au bébé de Rosemary.

En 2001, c'est "Panique année zéro". le Nuage noir, venu d'Hypérion, fait monter la tempéraure à Fahrenheit 451. L'homme tombé du ciel s'avère être un créateur d'étoiles, un Seigneur de lumière en terre étrangère. Face au silence de la terre, il commet les pires xénocides sur cette planète à gogos.

A la poursuite des Slans, les plus qu'humains franchissent la grande porte et asistent au vol du dragon du monde vert, Ubik. Puis ils entrent dans la Forêt de Cristal, traversée par le Fleuve de l'Eternité, refuge des enfants d'Icare. Serait-ce le meilleur des mondes ? Encore un peu de verdure et, à l'aube des ténèbres, ils arrivent sur une tere brûlée où les villes nomades errent les dunes. Quel voyage fantastique !

Vient la fin de l'éternité. On entend le "crash !" des ailes de la nuit dans les abysses du canal Ophite. Le neuromancien, un homme dans le labyrinthe, entonna alors un cantique pour Leibowitz et interrogea son cristal qui songe.

Demain les chiens seront la seule faune de l'espace, car cette chère Humanité est plus noire que vous ne pensez.

Le vagabond Jack Barron, Elric le Nécromancien et le Dr Adder partent affronter l'armée des 12 singes près de Shambleau, capitale du monde des Â. Les maîtres chanteurs, n'écoutant que leur oreille interne, partent en quête de l'oiseau blanc de la fraternité, celui-là même qui doit pondre l'Oeuf des Ténèbres des neuf Princes d'Ambre.

En 3001, c'est l'odyssée finale. Au carrefour des Etoiles, le troupeau aveugle des Triffides emprunte les voies d'Anubis enchâssées dans un temps incertain pour rejoindre Babel 17, la Porte des Etoiles. Pour cette croisière sans escale, ils contemplent un paysage du temps ravagé. A Pavane, ils rencontrent l'homme démoli, Tschaï, qui livre une guerre éternelle avec l'épée de Rhiannon contre les envahisseurs de la planète interdite, Barbarella.

Leur destination n'est plus la lune, mais le village des damnés, investi par les profanateurs de sépulture. Ce fut l'ère des gladiateurs. Il y eut un météore dans la nuit, couleur orange mécanique, et la planète redevint sauvage.

Mars 1998.

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