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...:::Ansible:::...

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Tous les territoires de l'imaginaire, en vitesse supra-luminique. Chroniques sur le cinéma, la littérature, les jeux, séries TV, bandes dessinées.

Publié le par Spooky
Publié dans : #Films

Mesdames, Messieurs, un peu de sérieux, je vous prie.

Si vous faites partie du monde occidental, vous savez que le 11 septembre 2001 a été une énorme conflagration, et probablement l'événement fondateur de l'entrée dans le XXIème siècle. Comme vous le savez, 4 avions avaient été détournés pour atteindre et détruire des objectifs majeurs, représentants symboliques de la puissance américaine. Les Etats-Unis, qui se pensaient invincible sur leur propre sol, ont subi de plein fouet ce traumatisme.


Près de 5 ans plus tard, après de nombreux reportages et documentaires, c'est le cinéma qui s'empare de l'événement. Premier de cordée, Vol 93, réalisé par Paul Greengrass (Bloody Sunday, La Mort dans la Peau), se pose d'ores et déjà comme un classique incontrournable.

Parce qu'il ne s'embarrasse pas d'effets inutiles. Parce qu'il n'y a aucune star dans son film, et même des amateurs, comme le responsable du contrôle aérien, qui est le Vrai. Parce qu'il s'est basé sur les archives nationales, les témoignages des familles de victimes, ou encore les données de la boîte noire de l'avion, Greengrass a probablement raconté une histoire à 90% vraie.


Vol 93 raconte le destin des 100 ou 200 passagers et membres de l'équipage de l'avion qui porte le même nom de code.  Le film raconte, en temps réel (sur 95% du métrage), ce qu'il est arrivé à cet avion, le seul à ne pas avoir atteint sa cible, à savoir la Maison Blanche. La préparation des derniers instants pour les 4 terroristes. L'attente fébrile dans l'avion, qui prend du retard au décollage. Le détournement effectif de l'avion. la révolte des passagers, qui comprennent qu'il s'agit d'une mission suicide. Si j'utilise des phrases courtes dans ma note, c'est que le film est comme ça. Des coups de poing assénés à la chaîne.


Pourtant, Greengrass ne sombre pas dans la facilité politique. Il filme son histoire caméra à l'épaule, l'avion tressaute à la moindre turbulence... Ses héros ne sont pas des foudres de guerre. Ses pirates kamikazes ne sont pas des monstres sanguinaires, juste des fous de dieu qui ont été manipulés. Son avion n'est pas une espèce de super-tank filmé comme une voiture. Non. les faits, rien que les faits. Résultat, on est scotché au siège quand la fin -inéluctable, brutale, définitive- survient sur le grand écran. On était dans l'avion avec eux, on avaie envie de tout faire pour que ce tombeau volant parvienne à être repris... On était aussi à New York, à Washington, à Boston, dans ces salles du contrôle aérien, à vouloir leur dire que c'est un détournement, et même une mission suicide... On y était, bordel...

 

Spooky.


 

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres



Entre la rédaction de Bilbo Le Hobbit (commencée, selon la légende, dans les tranchées françaises pendant la guerre de 14-18) et Le Seigneur des Anneaux, sorti en 1954-55, JRR Tolkien n'a cessé de développer la toile de fond de sa somme romanesque. S'il est acquis que la version "définitive" du Silmarillion fut prête en 1930, la matière première qu'il représentait a tout de suite été développée et déclinée en divers récits. Parmi les histoires les plus typiques se trouve celle de Beren et Luthien, deux Elfes qui ont parcouru le Beleriand, dont Tolkien n'a cessé de réécrire l'histoire. Le présent volume, qui constitue le tome III de l'Histoire de la Terre du Milieu, comporte deux versions de ce récit en vers. Car oui, le Professeur écrivait aussi de la poésie à ses heures perdues... Cette édition et cette traduction sont un évènement, car très peu d'éditeurs de par le monde s'y sont risqués, malgré le nom de l'auteur. Le Lai de Leithian comporte 4200 vers et 13 chants, lisibles aussi bien en français qu'en anglais dans cette édition, et abondamment commenté par Christopher Tolkien, qui revient, en fonction des éléments dont il dispose, sur la genèse, la composition, et même la réécriture dans le cas de certains passages. Christopher nous livre également le commentaire parodique de CS Lewis, ami de l'auteur et écrivain, qui témoigne de l'importance de leur relation et de leurs échanges sur la littérature.  Le Lai des enfants de Hùrin raconte le destin tragique de Tùrin Turambar, lequel sera ensuite plus développé dans le récit Les Enfants de Hùrin (un de mes textes favoris de Tolkien, comme vous le constaterez en suivant le lien). Ce texte comporte quant à lui 2300 vers dans sa version poétique.

 

Beren et Luthien


 

Le commentaire de Christopher Tolkien témoigne d'une connaissance accrue de l'oeuvre de son père, mais aussi, parfois, des "trous" qu'elle peut comporter. De ses contradictions, aussi. Au fil des réécritures, des relectures, des révisions, les noms, les lieux, les évènements fluctuent, parfois beaucoup. Beleriand s'appelait au départ... Broseliand. Et ce n'est pas anodin puis l'ensemble du Cycle d'Arda est censé nous raconter les premiers âges du monde, de notre monde, avant l'histoire, voire la Préhistoire telles que nous les connaissons. Le Beleriand aurait donc été l'ancêtre de notre actuelle petite forêt bretonne, théâtre de tant de récits arthuriens entre autres...  Dans l'oeuvre tolkienienne, il fut le théâtre de nombreuses guerres entre les Elfes et Melkor (Morgoth), le mentor du redoutable Sauron du Seigneur des Anneaux (lequel s'appelait d'ailleurs Thû dans les premières versions de ces textes).

 

En quelques mots, voici l'histoire de Beren et Luthien. Beren, dernier survivant d'une lignée noble d'Hommes ayant lutté contre Melkor, erra quelques temps dans le Beleriand, luttant toujours de façon sporadique contre le tyran d'Angband (Melkor, donc). Il parvint un jour à pénétrer au royaume de Thingol, roi elfe, malgré la protection de Melian, grande magicienne elfe. Il tomba amoureux de Luthien, fille du roi, mais fut bientôt amené devant Thingol, furieux de cet amour clandestin. A la demande de Luthien, Thingol promit la main de sa fille contre un Silmaril, ces pierres précieuses dotées de grands pouvoirs et objets de tant de convoitises. Beren partit donc en quête de l'artefact, bientôt rejoint par sa bien-aimée, et tous deux parvinrent à dérober un Silmaril à Melkor. Mais un loup gigantesque, Carcharoth, lui dévora la main, et c'est mutilé que Beren revint réclamer la main de Luthien. 

L'autre récit est bien sûr largement commenté dans le lien ci-dessus.

 


 

Je vous avoue que je ne suis pas un grand amateur de poésie ; c'est même contraint et forcé par les programmes scolaires et universitaires que jen ai lu dans mes jeunes années. Il n'y a vraiment que Tolkien pour me faire sortir de ma tour de verre. Alors bien sûr, la majesté des mots, l'enchaînement parfois sublime des séquences ont de quoi forcer le respect. La longueur des poèmes ici présentés est quand même quelque chose d'impressionnant. Mais je n'aime toujours pas ça. La faute à un rythme qui ne me "parle" pas, à des fioritures, des licences poétiques qui me donnent l'impression de perdre mon temps de lecteur... Du coup je décroche et perds facilement le fil du récit. J'ai eu besoin de l'excellente notice de tolkiendil.com pour comprendre enfin ce que j'ai lu... Je préfère toujours, et de loin, les versions en prose. Malgré son côté fourre-tout et limite bordélique, Le Silmarillion (publié en 1977 par Christopher aidé de Guy Gavriel Kay) reste quand même une référence pour certains textes... Cependant je rends hommage, et ceci de façon appuyée, au travail de traduction et d'adaptation de Daniel Lauzon et Elen Riot. Car au-delà de la traduction littérale, il faut aussi respecter la métrique, la rime que l'on crée, et garder le sens général à l'intérieur d'une même phrase. Un boulot de titan, qui a permis au public francophone de découvrir ce texte sans doute admirable.

 

 

Spooky.

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Vie du blog

 

Depuis une bonne douzaine d'années à présent, Ansible sévit pour vous faire partager ma passion des mondes de l'imaginaire. SF, fantasy, fantastique, horreur, thriller, tout ça a été passé au crible sur papier (eh oui !), sur un site web, et déjà sur deux blogs. Au fil du temps, diverses personnes y ont collaboré, par le biais de chroniques, de réflexions, d'illustrations, de courrier des lecteurs aussi. Ils sont venus, ils sont partis, certains sont toujours là, à mes côtés. Je voulais déjà leur dire un énorme MERCI pour m'avoir aidé à faire ce fanzine sans aucune ambition autre que de vous divertir sur des thèmes qui nous sont tous chers.

 

Un petit coup de pouce d'ailleurs à quelques habitués/anciens collaborateurs :  Marv', pierig, Goldesch, GiZeus, Vladkergan, Erwelyn, Rill@o, Toxic et re-Toxic... Allez donc faire un tour sur leurs blogs, ça vaut le détour... Il faudra que je vous parle de tous ces copains, tiens...

 

Mais n'ayez crainte, le présent message n'a pas pour but de vous prévenir d'un quelconque arrêt du fanzine, je le voudrais que j'en serais bien incapable d'ailleurs. Non, simplement, si vous avez envie de parler d'une oeuvre, d'un auteur, d'un genre, si vous n'avez pas de moyens (site internet, magazine, blog, pigeon voyageur) pour le faire, Ansible vous tend les bras ! Et si vous hésitez, que vous êtes timides, parlez-m'en, je vous aiderai à vous déniaiser...

 

En espérant lire vos noms ou pseudos au bas des prochains articles,

 

Spooky.

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Films

Voici un dessin retraçant le destin cinématographique de Bilbo le Hobbit, premier roman de JRR Tolkien, et plus ou moins considéré comme une préquelle au Seigneur des Anneaux...  Merci au site elbakin.net qui a diffusé cette image.

 

Spooky.



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Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres

 

Vingt ans après, me voilà à relire -et pour la première fois !- l'une des œuvres qui ont forgé mon imaginaire, donné envie de découvrir de nouvelles contrées et, à mon tour, modestement, de coucher sur le papier quelques petites histoires. Car si je n'ai rouvert Le Seigneur des Anneaux pendant deux décennies, l'univers fabuleux créé par Tolkien ne m'a quasiment jamais quitté. Depuis 1990, j'ai lu une partie de ses œuvres, toujours en cours de publication en France, prolongé mes visites en Terre du Milieu par des lectures analytiques (parfois en anglais), et si vous êtes un(e) fidèle lecteur/trice de ce blog, vous avez pu mesurer l'ampleur de cette passion. En gros je vous en rabats les oreilles et les mirettes :)

 

Il y a trois ans j'avais même pu évoluer virtuellement dans cet univers par le biais du jeu video en ligne qui porte le nom du roman. Il en est même résulté plusieurs dizaines de comptes-rendus de quêtes qui n'amusaient presque que moi. Mais je n'osais me remettre à cette lecture, pourtant si évidente. La peur d'être déçu, de ne pas trouver dans cette œuvre -pourtant élue "roman du siècle" par les universitaires anglais (oui bon)- toutes les vertus, toute la richesse qu'on lui prête, tout l'émerveillement que j'avais éprouvé à l'âge de 15 ans... Ce n'est qu'après quelques discussions avec des amis (qui se reconnaîtront) que je me suis finalement décidé. Cet article ne se veut pas une analyse complète, ni même esquissée du bouquin (il faudrait probablement rédiger une véritable encyclopédie pour cela !), mais une suite -ordonnée, je l'espère- de réflexions qui me sont venues au fil de ma lecture, enrichie par d'autres lectures exégétiques. L’occasion pour moi de relire certains de mes articles précédents et le cas échéant, de les corriger. Mais rassurez-vous, je n’ai pas cédé au syndrome Tolkien consistant à réécrire encore et toujours mes textes.

 

 

Après une lecture fade, frustrante et inutilement tarabiscotée, j'ai laissé en plan le roman de hard SF que j'avais emprunté à ma bibliothèque et me suis replongé dans La Communauté de l'Anneau, premier volet du triptyque. Pour les néophytes l'entame du roman pourrait constituer une barrière infranchissable. Tolkien y prend le temps de développer la société hobbite, du nom de ces petits êtres paisibles qui marchent pieds nus et vivent dans la Comté.

 

C'est à la faveur d'une fête d'anniversaire du plus fameux d'entre eux que l'histoire démarre véritablement. Car Bilbon Sacquet défraya en son temps la chronique en allant vivre des aventures échevelées hors de la Comté (ces aventures sont contées de fort belle manière dans le roman Bilbo le Hobbit, dont le ton est plus enfantin que dans Le Seigneur des Anneaux). Ce qui fit de lui un original, un fou et une légende. Lors de ses 111 ans, il disparut subitement, au propre comme au figuré, laissant son smial (un trou dans un tertre faisant office de maison hobbite) à son neveu Frodo. Mais l'héritage le plus précieux de ce dernier est plutôt un anneau en or, portant d'étranges inscriptions en runes elfiques, qui possède entre autres le pouvoir de rendre invisible celui qui le passe à son doigt. Conseillé par Gandalf, un sorcier en qui Bilbo avait toute confiance, Frodo décida de partir à son tour quelques années plus tard afin de détruire l'Anneau, dont le maléfique propriétaire vient de se réveiller au loin. Commence alors pour Frodo, accompagné de son jardinier Sam et de ses amis Merry et Pippin, la plus incroyable des aventures...


 

Je l'ai dit, cet univers ne m'a pas quitté depuis 20 ans. Mais en 20 ans, on oublie des choses. On oublie la traversée inquiétante de la Comté, avec de sombres cavaliers aux trousses. On oublie que les Hobbits ont failli périr dans les Hauts des Galgals, ce plateau glacial où des tertres funéraires sont hantés par des créatures aussi mystérieuses que fatales. On oublie (bien aidé par les films de Peter Jackson) tout l'épisode concernant Tom Bombadil, personnage mystérieux et champêtre que les commentateurs ont fini par ériger en parangon de la nature, de la paix et de la poésie intemporelles.  Un personnage littéralement adoré par les lecteurs du roman. On oublie l'importance du Conseil d'Elrond, qui contient en germe beaucoup d'éléments propres à la terre du Milieu. Bien que située en début de roman, cette séquence tient une place centrale, névralgique. On peut y voir les relations (et donc la méconnaissance) des différentes peuplades et races, l'importance des légendes, la noblesse, innée ou acquise, de certains protagonistes. Mais aussi la possibilité pour des personnages que l'on aurait pu penser mineurs, de s'affirmer.


Dans Le Seigneur des Anneaux on parle très peu des dieux, la prière des personnages se réduit souvent à des chants pour se donner du courage. Pourtant Tolkien était un chrétien très croyant, mais il ne souhaitait pas faire de prosélytisme. Les notions de Bien et de Mal sont très présentes en arrière-plan du roman, et une seule séquence, si l’on en croit les exégètes, nous montre une volonté supérieure qui tire les ficelles lors de l’affrontement entre Gandalf et le Balrog dans la Moria. Gandalf en sortira transfiguré, au sens propre du terme, et le parallèle avec une figure christique est facile.



 

L’élément central du roman est bien sûr l’Anneau que porte Frodo, un terrible fardeau puisque celui-ci, outre une puissance quasi infinie, est aussi une maladie qui ronge son porteur. Gollum, ancien porteur de l'Anneau, –qui a fait l’objet de nombreuses analyses- a irrémédiablement été transformé physiquement et psychologiquement, et Frodo n’en guérira jamais complètement. On a souvent reproché à Tolkien d’avoir fait de son roman une longue métaphore de la seconde guerre mondiale. Et surtout de faire l’apologie de la guerre, de la violence ; il est vrai que plusieurs batailles sont décrites au fil du roman. Il faut biaiser cette impression, sachant que Tolkien a participé à la première Guerre mondiale (dans les tranchées en France), et qu’il était un humaniste convaincu. Cependant des passages du roman peuvent entraîner la confusion, comme par exemple lorsque Pippin espère à haute voix la fin de la guerre et que l’instant d’après il admire la prestance guerrière d’un allié qu’il vient de croiser. La naïveté, ou plutôt l’ingénuité du Hobbit permet d’affranchir Tolkien de toute ambivalence à mon avis, les réflexions de celui-ci étant dictées par ses humeurs, un peu comme un jeune enfant.

Le Mal semble aussi avoir une origine géographique ; ainsi dans le roman, l’Est semble presque systématiquement être synonyme de malveillance, puisque c’est vers l’est de la Terre du Milieu que Sauron tient sa forteresse. Ce qui nous permet de glisser vers le thème du racisme, dont a été taxé pendant longtemps l’auteur, notamment en raison de la personnification ou la manière de s’exprimer de ses créatures maléfiques. Le rapprochement avec les Allemands (soyons clairs) est totalement idiot puisque l’auteur s’est déclaré très tôt opposé au nazisme, mais qu’il était de tout cœur avec le peuple teuton. Et puis soyons sérieux, la Communauté de l’Anneau comprend des êtres assez dissemblables dans leurs langues, leurs coutumes, leur aspect physique également. 

 


 

Le temps crée aussi des raccourcis. Comme les chamailleries incessantes du nain et de l’Elfe. Ou le rôle de Boromir réduit à celui de simple spectateur. Dans l’absolu aucun des membres de la Communauté n’est laissé de côté, traité comme un figurant. Mais dans le prologue, Tolkien parle largement des Hobbits, peut-être parce que ceux-ci sont une création de son fait, alors que Nains et Elfes existaient déjà dans les mythologies. A noter que les Hobbits ont un côté un peu « enfantin » ; ils sont capables de deviser de choses futiles au bord du gouffre…

 

Mais le temps a figé des expressions immortelles : « l’arc de Legolas chantait. » « Vous ne pouvez passer. » « Monsieur Frodon ! »...

 

A la relecture, on remarque des défauts de traduction, des éléments qui se contredisent. Mais aussi des unités de mesures typiquement britanniques qui auraient mérité soit une note, soit d’être réellement converties en système métrique. Vous savez, vous, à quoi correspond un furlong, un yard, un mile ? A la décharge de Francis Ledoux, le traducteur français, la somme de travail devait être gigantesque et il n’avait pas forcément le temps de tout réviser. Une révision de cette traduction est en cours, initiée par Vincent Ferré, chargé des œuvres de Tolkien chez son éditeur, Christian Bourgois.


 

Un élément dont je n’avais pas pris conscience lors de ma première lecture, c’est l’omniprésence, ou du moins la forte présence, des chants. Chacun des membres de la Communauté, à un moment ou à un autre, entonne un chant. Pour se rassurer, pour exprimer ses sentiments, comme la peur, la joie, la peine, pour évoquer des figures légendaires ou des temps lointains, pour se donner du courage, etc. La Terre du Milieu doit son existence à un chant ou une musique, celui ou celle des Ainur, avec l’aide d’Ilúvatar. Lorsque nos amis séjournent à la Lorien, ils entendent les chants des Elfes. Pendant la bataille, les Orques aussi chantent à leur façon. Même l’arc de Legolas chante !


 

Rapidement la Communauté se fragmente (avant de se retrouver) en duos. Frodo/Sam (j’y reviendrai d’ailleurs), Aragorn/Gandalf, Pippin/Merry, Gimli/Legolas. Seul Boromir est à part, encore que parfois on puisse le mettre aux côtés d’Aragorn, Gandalf étant un personnage très particulier. Après la séparation des membres, certains forment un duo avec un personnage secondaire. On a alors des duos tels que Pippin/Denethor, Merry/Theoden, Merry/Eowyn, Eomer/Aragorn, etc. Cette propension à la dualité ou à l’amitié virile à son revers : la forte présomption d’homosexualité de certains des personnages. Un passage ou deux concernant Frodo et Sam ne laisse d’ailleurs pas de doute, Sam se disant par exemple « je l’aime ». A plusieurs reprises, le jardinier se presse contre son maître, l’embrasse. Les mots ne vont pas plus loin, mais l’impression est forte. La remarque vaudrait aussi pour les « couples » Aragorn/Eomer et Legolas/Gimli, mais à des degrés moindres. Les théoriciens sur ce sujet arguent aussi de l’absence flagrante de personnages féminins dans le récit : aucune femme dans la Communauté, et la présence féminine se réduit à Arwen, Eowyn et Galadriel. Tolkien n’était pourtant pas misogyne, il aimait infiniment sa femme, qu’il a d’ailleurs un peu transposée dans Arwen, l’Elfe qu’aime Aragorn.

 

 

Sur l’ensemble du roman, on notera que le second volume, Les Deux Tours, est moins jouissif que le premier. Il y a beaucoup de batailles, moins de découverte du monde merveilleux (enfin, tout est relatif) créé par Tolkien et de ses créatures, même si sur le plan narratif il avance beaucoup. Pas mal de questions se font jour. C’est d’ailleurs là le principal défaut inhérent au SdA : tellement de choses sont suggérées, effleurées, que c’en est presque frustrant ; et seule une partie sera contée ou dévoilée dans le roman ou dans les autres volumes de l’Histoire de la Terre du Milieu…


 

Le Retour du Roi, volet conclusif, nous montre l’achèvement des différents fils narratifs, le destin de nombreux personnages, principaux ou secondaires, et s’étire en une longue conclusion. Il fallait bien ça pour la foule des héros heureux ou malheureux. Il lui manque cependant une touche finale, un épilogue se déroulant quinze ans plus tard, mais que Tolkien n’a pas jugé bon d’inclure dans la version originale, ni même dans les éditions ultérieures. La qualité d’écriture de ce chapitre est un cran en-dessous du reste, mais pour la cohérence de l’ensemble, il eût peut-être été intéressant de l’intégrer. A priori ce n’est pas prévu dans la révision de la traduction en cours chez Christian Bourgois, l’éditeur.

 

Le Seigneur des Anneaux est un voyage dans le temps, qui nous propose un decorum moyenageux, mais avec des personnages fantasmés, tels les Orques, le Balrog ou encore… les Hobbits. C’est donc de la fantasy ; on considère d’ailleurs que Tolkien, qui n’a pas « initié » le genre, en a pour longtemps figé les codes. C’est aussi un voyage dans l’espace, au travers bien sûr des déplacements de membres de la Communauté, dans une partie de la Terre du Milieu. Certains lieux sont seulement évoqués, mais permettent au lecteur de rêver, de fantasmer sur ce qu’ils pourraient être. La lecture du Seigneur des Anneaux sans de fréquents retours à la carte qui y est accolée n’aurait d’ailleurs pas la même saveur. Un voyage dans les mots, puisque la langue elfique en particulier y fait quelques incursions.


 

 

Mais si l’on ne s’attache pas trop à ces incohérences –mineures pour la plupart-, il n’en reste pas moins que le Seigneur des Anneaux est un formidable roman d’aventure, une épopée magnifique avec des personnages inoubliables. Ce n’est que la partie immergée de l’iceberg, une sorte de « porte-étendard » d’une œuvre touffue, un véritable univers complet dont je vous ai déjà largement parlé, et vous parlerai encore.

 

 

Spooky.

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Personnalités





J’aime beaucoup John Carpenter. Je trouve qu’il y a toujours des choses à dire sur ses films. J’ai découvert son œuvre il y a longtemps, par le biais de La Chose, probablement l’un de ses tout meilleurs films. Et puis, progressivement, j’ai découvert l’ensemble de son œuvre, que je trouve pas mal. Hier soir, par exemple, j’ai vu The Fog en entier (après un premier visionnage avorté il y a quelques mois). C’est donc l’occasion de faire une radioscopie de la filmographie du Maître.

 
En 1974, John Carpenter étudie le cinéma à l'Université de Californie du Sud où il réalise Dark Star, un film de science-fiction. Alors, Carpenter peut s'attaquer à de plus gros projets avec Assaut (1976), un remake moderne de Rio Bravo. Assaut deviendra également un classique, puisqu’un remake (assez réussi) sera réalisé par le français Jean-François Richet en 2004.



En 1978, il connaît son premier succès avec Halloween, La Nuit des masques en créant par la même occasion un nouveau genre horrifique, le slasher. Le film se transformera en franchise, puisqu'une dizaine de films a vu le jour jusqu’à présent. C’est aussi la révélation de Jamie Lee Curtis, considérée pendant longtemps comme une « scream-queen ». Il réalise ensuite deux téléfilms dont Le roman d'Elvis (1979) où il rencontre Kurt Russell, qui sera tête d'affiche de son New York 1997 (1981). Ce film est pour moi l’un des meilleurs que j’aie jamais vu. Une grande inventivité scénaristique et graphique, une musique envoûtante (Carpenter compose d’ailleurs lui-même la musique de la plupart de ses films). Et c’est aussi l’émergence d’un anti-héros emblématique, Snake Plissken, souvent copié.


En 1982, il réalise The Thing, toujours avec Kurt Russell. C’est un remake du film de Christian I. Nyby de 1951. Mais pour une fois, le remake surpasse amplement l’original. Carpenter insuffle une énergie, un génie visuel peu présents depuis dans cette œuvre crépusculaire et sans concession. Puis vient Christine (1983) d'après le roman de Stephen King. L’histoire, celle d’une voiture hantée, accroche le spectateur et ne le lâche plus. Le film, cependant, est un peu boudé par la critique et le public.

 

Starman (1984), nous fait suivre la trace d’un gentil extraterrestre (Jeff Bridges) qui tombe amoureux d’une jolie veuve. Touchant et sensible, Carpenter étonne -voire déçoit- son public avec ce conte fantastique. En 1986, Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin est un échec qui lui coûte sa crédibilité au sein des studios américains. Malgré la présence de Kurt Russell dans le rôle-titre, le film est incompris par de nombreuses franges de la critique et du public. Enlevé, fantaisiste, l’histoire mêle plusieurs genres : fantastique, comédie, thriller…

Il se tourne vers de plus petits budgets comme Prince des Ténèbres (1987). Carpenter s’attaque à l’épouvante dans ce film, où un prêtre et quelques étudiants essaient de percer le secret que renferme un coffret. Le propos de Carpenter étonne, sa maîtrise des effets spéciaux éblouit, malgré le budget réduit (entre 2 et 3 millions de dollars selon les sources). Moins malsain que l’Exorciste, mais tout aussi terrifiant, Le Prince des Ténèbres est un classique du genre. Invasion Los Angeles (1988) est une œuvre un peu méconnue du grand public. John Nada, ouvrier au chômage, découvre un étonnant trafic de lunettes. Une fois posées sur le nez, elles permettent de détecter d'épouvantables extraterrestres décidés à prendre le contrôle de la planète. Le film joue beaucoup sur l’angoisse, sur l’oppression, sur la paranoïa. Les années Reagan y trouvent un étrange écho sous couvert de science-fiction. Carpenter lance une violente diatribe à l’encontre des violences policières, des ravages du capitalisme sauvage et du peu de place laissé aux démunis dans la société. Ce film, que d’aucuns considèrent comme le meilleur du réalisateur, reste d’une troublante actualité, plus de vingt ans après. Cependant, le côté « fauché » de Carpenter est assez transparent : des effets spéciaux bâclés, quelques scènes mal montées, et un dernier tiers quelque peu décevant ont sans doute « plombé » la carrière du film…
 

Mais Carpenter devient de nouveau « bankable », et les studios lui redonnent des budgets conséquents avec Les Aventures de l'homme invisible (1992). Carpenter se mue alors en « yes-man », pour livrer un produit formaté, gentillet et répondant aux attentes des studios. La réalisation est impeccable, et les effets spéciaux honnêtes. Ce film, le moins personnel de Jean Menuisier, est peut-être le moins bon… Vient ensuite Le Village des damnés (1995). Il s’agit là d’un nouveau remake d’un classique des années 1950, traitant à l’époque de la Guerre Froide. Carpenter y insuffle donc une critique de l’insensibilisation de la société (et par là même, des enfants) face à la violence de notre société. A noter que le casting compte deux « has-been » du cinéma : Mark Hamill (Luke Skywalker dans la première trilogie Star Wars) et Christopher Reeves (inoubliable Superman). Mais l’indigence de l’histoire (ne se démarquant pas vraiment de l’original, en particulier) entraîne une désaffection d’une partie du public.
 

L' Antre de la folie (1995), une belle réussite sur le plan artistique lui permet d'obtenir à nouveau les faveurs des studios. Dans ce film, Sam Neill est un écrivain qui sombre peu à peu dans la folie. C’est un hommage à peine déguisé à la vie et à l’œuvre du pape du fantastique, Howard Phillips Lovecraft, devenu célèbre après sa mort. C’est un film de trouille, limite gore par moments, et avec une fin qui en déroutera plus d’un. Une franche réussite. Carpenter réalise pour un budget colossal Los Angeles 2013 (1996). Suite-remake de New York 1997, ce film nous montre encore Snake Plissken dans une nouvelle situation délicate. La comparaison est inévitable, et les avis sont très partagés. Les effets spéciaux, notamment, font un peu « cheap ». Mais l’ambiance des grands Carpenter est là, et certaines scènes, comme la fin, confinent à l’anthologie. Et le message politique est toujours présent.
 

En 1998, il réalise, lui qui est un grand amateur du genre, un western moderne, Vampires, avec James Woods. Comme son nom l’indique (presque), cela traite d’un groupe de chasseurs de vampires à notre époque. Original, politiquement incorrect et bourré de testostérone, James Woods incarne à merveille le film. Crépusculaire et « rock n’roll », c’est l’apothéose du style Carpenter.


En 2001, il se plonge à nouveau dans un univers futuriste, cette fois peuplé de spectres, dans Ghosts of Mars. Carpenter ne se contente pas de mélanger les genres, il divise aussi. Le film conte les aventures d’un groupe de policiers, venus transférer un criminel dangereux de la ville de Chryse, sur Mars (on est en 2176). Mais un groupe de guerriers s’adonne à de drôles de rituels à proximité… Encore une fois, le thème est la conquête de la liberté. Mais son film est baroque, déroutant, graphiquement très violent, baignant dans une drôle d’ambiance heavy metal. Mais le Maître a du mal à se renouveler. Utilisant l’auto-référentiel comme vertu cardinale, son opus est truffé de références à sa filmographie passée, mais aussi de décors « cheap » incompatibles avec le budget confortable que l’on a alloué à Carpenter. Le début du déclin de Big John ?
 

Il y a quelques années nous avons eu droit au remake du Fog du Maître, qu’il a scénarisé lui-même. C’est le jeune Rupert Wainwright qui le réalise, avec en tête d’affiche des stars montantes de la télévision et du cinéma de genre : Tom Welling (Smallville), Maggie Grace (Lost) et Selma Blair (Hellboy).
 
Depuis le Maître s'est fait plus discret : un segment de Cigarette burns, Fangland, un thriller vampirique, The Prince, sur un parrain de Las Vegas, un thriller carcéral avec Nicolas Cage, ou encore The Ward, sur un fantôme hantant un hôpital psychiatrique...
 
Voilà, en quelques mots, un rapide survol de l’œuvre de l’un des cinéastes qui auront marqué le cinéma de l’imaginaire. Touche-à-tout souvent inspiré (il cumule parfois les casquettes de réalisateur, producteur, scénariste, acteur, monteur et compositeur), il s’ingénie à explorer tous les genres (au sens noble du terme), brouillant les cartes, mais délivrant souvent un message politique destiné à ses contemporains. Souvent décrié, parfois incompris, il laisse rarement indifférent.

Spooky. 

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres

 

 

Je suis tombé par hasard sur ce petit album dans la rayon jeunesse de ma bibliothèque préférée... Voici ce que dit le quatrième de couverture:


Même les amateurs les plus fervents du Seigneur des Anneaux ne connaissent pas tous tous les chants de Bilbo le Hobbit. Voici un poème inédit de Tolkien, qui permet à Bilbo d'exprimer son regret de quitter la Terre du Milieu et son désir de répondre à l'appel du grand large et des Terres Immortelles.
L'illustratrice Pauline Baynes, grande spécialiste de Tolkien, tisse pour la circonstance une succession de tableaux merveilleusement détaillés. Aussi riches que des enluminures médiévales, les illustrations de ces vers jusqu'alors inconnus recèlent, pour les amateurs comme pour les novices, mille et une évocations de l'univers et de l'épopée du Seigneur des Anneaux.

 

Pauline Baynes, illustratrice anglaise née en 1922 et décédée en 2008, est connue pour avoir illustré des oeuvres de CS Lewis (Narnia) et surtout JRR Tolkien. C'est ce dernier qui la découvrit en allant un jour se plaindre à ses éditeurs de la piètre qualité des illustrations pour sa nouvelle le Fermier Gilles de Ham ; il vit alors sur un bureau certaines des esquisses de la jeune femme (nous étions alors en 1948) et demanda à ce qu'elle illustre désormais certaines de ses oeuvres. C'est le début d'une longue collaboration, et d'une belle amitié. Pauline Baynes a également peint la couverture des éditions britanniques en un et trois volumes du Seigneur des Anneaux de 1973 et 1981, sans parler des cartes grand format de ce roman et de Bilbo le Hobbit. La première édition de ce Bilbo's last song date de 1974, et les illustrations associées de Baynes de 1990.

 

Chaque double page est disposée comme suit : sur la gauche un fragment de ce poème inédit de Tolkien, et en-dessous un Bilbo qui se remémore ses aventures, lesquelles sont illustrées dans des petits dessins en bas de page (ici ...COMPLETER) ; et sur la page de droite, dans l'ordre chronologique, les dernières scènes du Retour du Roi, volet conclusif du Seigneur des Anneaux, lorsque [SPOILER] Frodo et Sam quittent leurs amis pour se rendre avec une partie des Elfes vers l'ouest, à bord de beaux navires...[SPOILER]. Une belle résonance donc, puisque le poème fait parler Bilbon qui, las de sa vie, souhaite lui aussi coingler vers le large, vers les vallons verdoyants du Valinor.


Le style de Pauline Baynes est élégant, très clair, et il rappelle un peu celui de Florence Magnin, l'une de nos illustratrices les plus douées et vénérables. La colorisation est basique, très classique, mais plutôt efficace. Sur certaines illustrations les personnages semblent bizarrement "penchés" vers la droite, ce qui est sans doute un "tic" d'illustrateur. L'ensemble donne un ouvrage élégant (j'ai lu la première édition française, datant de 1991), et même si elle comporte 32 pages, cela se lit très vite (le poème en lui-même ne comportant que 24 vers). A conseiller aux complétistes, car les "simples amateurs" de contes illustrés ne comprendront pas forcément les références.

 

 

Spooky.

 

PS : pour le plaisir, voici le poème en VO...

 

 

Day is ended, dim my eyes,



but journey long before me lies.



Farewell, friends! I hear the call.



The ship’s beside the stony wall.



Foam is white and waves are grey;



beyond the sunset leads my way.



Foam is salt, the wind is free;



I hear the rising of the Sea.





Farewell, friends! The sails are set,



the wind is east, the moorings fret.



Shadows long before me lie,



beneath the ever-bending sky,



but islands lie behind the Sun



that I shall raise ere all is done;



lands there are to west of West,



where night is quiet and sleep is rest.





Guided by the Lonely Star,



beyond the utmost harbour-bar,



I’ll find the heavens fair and free,



and beaches of the Starlit Sea.



Ship, my ship! I seek the West,



and fields and mountains ever blest.



Farewell to Middle-earth at last.



I see the Star above my mast!

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Publié le par GiZeus
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noctivores couv

 

Deuxième volet du triptyque Chromozone, Les Noctivores, paru en 2005 aux Editions La Volte, évolue dans la continuité de son prédécesseur. Pas de mauvaise surprise donc, on reste en terrain connu, malgré un début qui bouscule les repères qu’avait établis le premier opus.

Nous débutons en la compagnie d’un étrange garçon dénommé Cendre, considéré comme le messager du Divin dans sa petite communauté recluse. Cependant, le messie n’est peut-être pas celui des Soubiriens révélés, mais bien plus vraisemblablement celui de Khaleel ou de Peter, désormais ennemis après les événements survenus huit ans auparavant.


Premier constat après cette lecture, il apparaiî que certains défauts du premier tome, qui étaient passés inaperçus, sont ici cruellement exposés. Car en découvrant le nouvel aspect du monde, Stéphane Beauverger nous dévoile en même temps les éclaircissements des situations passées, qui, avouons-le, demeuraient malgré tout dans un certain flou. Cependant, et attention ça va spoiler sur le premier tome, la manipulation de Teitomo n’est pas suffisamment explicitée pour être convaincante [/SPOILER]. Et on patauge encore pendant quelques temps avant de découvrir le cadre temporel, alors que l’explication de la cause de la dévastation du monde était également poussive dans le premier tome.

La narration est un des grands changements de ce volet. Alors que nous naviguions entre chaque personnage dans le tome précédent, ici l’histoire est racontée de manière plus ou moins linéaire. Le récit est fragmenté en trois grandes parties, qui s’attachent chacune au devenir d’un protagoniste. Le début s’installe donc plus rapidement qu’auparavant, bien qu’on mette du temps à faire le lien avec les événements passés, mais perd le charme de la narration alternée. Ainsi, malgré une linéarité que Beauverger tente de rompre, je me suis surpris à m’ennuyer pendant certains développements du milieu (à mettre éventuellement sur ma faible motivation de lecture à ce moment). Certains passages semblent traîner un peu en longueur, paraissent moins denses, et hachent ainsi le rythme. Toutefois, les événements s’imbriquent logiquement les uns dans les autres, et malgré quelques questions en suspens - pas tellement négligeables -, qui font office de deus ex machina, la trame est maîtrisée.


Pourtant, on retrouve certains personnages qu’on avait laissés huit ans en arrière. Les épreuves les ont souvent transformés, alors que d’autres ont su résister aux affres du temps. Le messie, Cendre, est certainement le benjamin du panel de rôles, mais il bénéficie d’une personnalité somme toute joliment étudiée, bien qu’il soit le moins intéressant de l’histoire à mon avis. Dans l’ensemble, rien à redire sur ce point particulier, les personnages ne manquent pas d’épaisseur.

On retrouve encore une fois cet esprit grinçant, logiquement moins surprenant. L’ambiance reste toujours dans le post-apocalyptique, et la vie reste rude pour beaucoup de populations, ou presque. La géopolitique est bien étudiée, ne laisse pas grand-chose au hasard. Mais une fois encore, certains thèmes auraient mérité d'être approfondis, comme celui des Noctivores. Bien que traité par Asimov - je ne dirai pas où pour ne pas spoiler -, il aurait été agréable de voir les noctivores s'inscrire dans une réflexion de plus grande ampleur. A moins que l'auteur ne garde ses idées au chaud pour la suite.


Dans l’ensemble, Les Noctivores est un bon bouquin. Pas forcément une suite brillantissime, qui accuse les défauts de son prédécesseur tout en les exposant. Cependant, la série se renouvelle suffisamment pour présenter un réel intérêt. De plus, j’ai carrément été emballé par le dernier quart, qui clôt de façon trépidante ce volume. Il ne reste plus qu’à voir le dernier tome, qui nous dira si Beauverger propose des explications plus convaincantes, ou si les défauts évoqués sont bien irréversibles.

 

GiZeus.

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres

chromozone couv

 

Après Le Déchronologue du même auteur, qui m’avait légèrement déçu en regard de mes attentes, j’ai décidé de remettre le couvert avec Stéphane Beauverger avec la trilogie qui l’avait révélé, c’est à dire Chromozone. De plus, le sujet m’attirait. Moi qui n’avais jamais lu de post-apocalyptique, l’occasion était trop belle pour la laisser passer, d’autant plus que La Route, dans un autre registre, m’avait rapidement lassé.


Alors que je m’attendais à une sorte de survival, un témoignage d’une survie au quotidien, j’ai eu la surprise de pénétrer dans un monde en pleine reconstruction, après qu’un virus militaire, Chromozone, ait rendu tous les dispositifs informatiques obsolètes. Pour pallier à cet inconvénient, des méthodes de phérommunication – communication par l’odeur – ont été développées. Ces dernières sont d’ailleurs fortement utilisées, notamment par les sociétés formatives, des communautés qui n’hésitent pas à mixer programme social et religieux, mais dont le règne est souvent éphémère.


Nous suivrons divers protagonistes, au rôle obscur au départ, dans le sens où l’on se demande bien comment tous ces fils éloignés vont se rejoindre par la suite, comment la fusion s’opèrera. De Marseille à Berlin, en passant par la Bretagne, tous auront néanmoins un rôle déterminant à jouer, du plus infime au plus important. Cette lente synergie, qui trouvera son aboutissement à la fin de ce tome, peut donner l’illusion d’un rythme lent, posé. C’est en effet le cas, mais ce n’est pas pour autant que l’intrigue n’est pas étoffée, car l’ouvrage regorge d’une masse de détails qui n’en sont pas tellement. Et dans ce luxe de fausses contingences, se niche un fil directeur à moitié dissimulé au lecteur : si l’on croit sincèrement aux réactions des personnages, on a en revanche plus de mal à envisager la volonté sous-jacente de l’auteur, dans le sens où il n’y pas de fil directeur bien défini. C’est donc dans ce demi-flou, qui contribue fortement au maintien de la tension, que s’effectue une bonne partie de la lecture. Et finalement le puzzle éparpillé se reconstruit logiquement, naturellement, au point que les dernières scènes relèvent de l’évidence même. Y’a pas à dire, Beauverger maîtrise son sujet de bout en bout, et l’on sent clairement le métier de scénariste dans tout ça.


Le récit est parsemé de thématiques qui, à défaut d’être originales restent relativement intéressantes. On retiendra par exemple l’inversion des races dominantes, suite au chambardement des échelles de valeur dans un monde privé de cols blancs. L’occasion pour l’auteur d’exposer ses idées sur le racisme. Ca reste dans la tendance mais ce n’est pas désagréable. Ou encore une légère critique sur la protection à outrance de ses biens, à l’aide d’un néologisme explicite. De la même manière, on lira son idée sur les gouvernements dans l’expression qui les désigne, celui de « sociétés formatives », où se retrouve la notion de formatage social. Mais c’est surtout dans le titre en lui-même qu’il faut chercher le grand thème, celui de la « zone de couleur », qui désigne implicitement notre contrée, le cosmopolitisme qui règne en France et par extension en Europe et dans le monde. On pourra également y déceler une thématique communautaire que je trouve néanmoins peu exploitée, ou pas suffisamment.

Mais ce qui tranche avec le Déchronologue, c’est surtout le style. Tous ceux qui ont lu le quatrième roman de Stéphane Beauverger s’en souviennent, le narrateur jouait avec les termes d’antan pour nous ancrer dans son époque et créait un effet bonhomme délicieux. Ici, au contraire, la troisième personne se fait grinçante, parfois mordante, plus sobre et conventionnelle, sans pour autant être bâclée. L’ambiance post-apocalyptique est plutôt prenante, d’autant plus qu’on n’échappera pas aux divers affrontements des factions en lutte pour le pouvoir. On retiendra également un goût prononcé pour les jurons délurés, que l’auteur semble prendre plaisir à inventer.

Bref, en un mot comme en cent, ce premier tome de Chromozone est pour moi une réussite indéniable sur le plan de l’histoire. Pas linéaire pour un sou, un suspens qui nous tiraille tout au long de la lecture, des personnages charismatiques. De plus, le ton sait parfois se faire grinçant, et nous offre quelques passages parfois jubilatoires. Comme le dit Mathias Echeney, fondateur de La Volte, propagez Chromozone !

 

 

GiZeus.

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Publié le par Spooky
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Steven Spielberg est l'un des artisans du 7ème art. son oeuvre est immense, souvent brillante, mais qu'en est-il dans les détails ?
Passons d’abord en revue son impressionnante filmographie. Né en 1946 à Cincinatti, il est très tôt porté vers le 7ème art, puisqu’il réalise à 12 ans un western de 4 minutes, The Last Gun. En 1963, Firelight est sa première oeuvre de science-fiction, son domaine de prédilection. Puis vient en 1968 Amblin, le court-métrage qui le fera connaître du petit monde du cinéma. Les studios Universal lui confient alors la réalisation de séries télé, dont un épisode de Columbo... En 1970 il réalise Duel, un téléfilm tétanisant contant une course-poursuite entre une automobile et un camion, dont on ne voit jamais le chauffeur. Ce film est toujours considéré comme une référence, 32 ans après. Le film sera distribué en salles à l’étranger. En 1975 sort son premier long-métrage de cinéma, Les dents de la Mer (Jaws) ; mise en scène magistrale, musique lancinante, suspense orgasmique, le film est un énorme succès.

 

 

Ensuite vient le film-référence sur le thème des OVNIs, Rencontre du troisième Type, avec une performance incroyable du réalisateur français François Truffaut dans l'un des rôles principaux. En 1979, Spielberg surprend son public en livrant 1941, qui raconte de manière loufoque la tentative d’invasion de la Californie par les Japonais. A mourir de rire, mais le film est un échec commercial. Spielberg se tourne alors vers un autre type de héros, un archéologue un peu aventurier qui se sort des situations les plus tordues avec un cynisme désarmant ; il s’agit bien d’Indiana Jones, campé par un Harrison Ford au sommet de sa forme dans Les Aventuriers de l’Arche Perdue, qui sort en 1981. Une réussite incontestable, qui sera suivie de deux (bientôt trois) suites, toutes réalisées par Spielberg, couronnées de succès.

 

 


En 1985, il surprend le monde du cinéma avec La Couleur Pourpre, une oeuvre dense et émouvante sur la tolérance et le respect. Succès critique et public en poche, il enchaîne deux ans plus tard avec L’Empire du Soleil, qui propose une vision enfantine du second conflit mondial. Après le troisième volet des aventures d’Indy, il s’attelle à Always, histoire de fantômes, de rédemption et d’amour, qui essuiera un cuisant échec public. En 1991 sortira ce qui sera probablement son plus mauvais film, Hook. Truffé de clichés, lent et tape-à-l’oeil, il s’agit d’un invraisemblable raté artistique.

 

 

Il revient alors vers la SF et adapte à l’écran le très bon roman de Michael Crichton, Jurassic Park, métrage qui bénéficie des dernières techniques d’effets spéciaux. En son temps, le film à dinos battra tous les records et deviendra le plus grand succès de tous les temps. Laissant son équipe boucler le montage final, il s’envole pour Cracovie et un autre choc cinématographique : La Liste de Schindler. Sept oscars plus tard, il réalise en 1997 coup sur coup Le Monde perdu (suite de Jurassic Park) et Amistad. Malgré le semi-échec de ce dernier, Spielberg revient à la Seconde guerre mondiale avec le blockbuster Il faut sauver le soldat Ryan. Oeuvre magistrale, qui pose la question du prix d’une vie humaine, et permet à son réalisateur de rentrer définitivement au panthéon d’Hollywood.

 

 

Lorsque Kubrick décède, en 1999, il reprend le projet sur lequel travaillait son ami et mentor, ce qui donnera AI, film brillant sur le plan technique, mais souffrant d’une fin proprement gerbante. Minority Report est son 20ème long métrage ; on dit que c’est le meilleur. Faites votre choix.

 

A partir de 2003 Spielberg diversifie énormément sa filmographie. Arrête-moi si tu peux est une sorte de thriller humoristique où Leonardo diCaprio et Tom Hanks se courent après. Spielberg retrouvera Tom Hanks pour le Terminal l'année d'après. En 2005 il réalise une version péchue de La Guerre des Mondes, le classique de la SF d'HG Wells. Dommage qu'il y ait Tom Cruise dedans. depuis l'acteur s'est complètement discrédité en faisant du prosélytisme pour l'église de scientologie au lieu de promouvoir le film de son ex-ami Stevie.

 

En 2006 Spielberg revient au film de conscience politique en réalisant Munich, dontle sujet est la prise d'otages d'athlètes israeliens par un commando palestinien lors des Jeux olympiques de Munich en 1972. Un beau film, un peu opaque par moments. En 2008 il revient à un de ses personnages fétiches. en effet le 4ème Indiana Jones sort, et les fans sont déçus : Harrison Ford n'a plus 20 ans (il en a même 65 !) et il a un fils. Stevie met de côté sa carrière de réalisateur pour produire beaucoup d'oeuvres (voir par ailleurs), mais il a encore beaucoup de projets devant lui, notamment une adaptation de Tintin et le secret de la Licorne (mais oui, c'est très sérieux ma bonne dame !), un Indiana Jones 5 (à l'hospice), une biographie de Martin Luther King, une autre de Lincoln...

 

A côté de sa vie de réalisateur, Spielberg a aussi vécu celle d’incubateur et de découvreur de talents.
On le retrouve en producteur sur des épisodes de la 4ème Dimension, Poltergeist (qu’il a également écrit), Gremlins 1 et 2, Retour vers le Futur 1, 2 et 3, l’Aventure intérieure, Miracle sur la 8ème rue, Qui veut la peau de Roger Rabbit ?, la série télé Tiny toons, Arachnophobie, Jurassic Park III...
En 1995, il s’unit à David Geffen et Jeffrey Katzenberg pour créer le studio DreamWorks SKG (“le rêve fonctionne”). Les premières créations télévisuelle, Urgences (écrit par Crichton) et Spin City, sont des succès. Suivront Band of Brothers (produit par Tom Hanks) et High Incident. Forts de ce parcours, les golden boys accumulent les projets cinématographiques : Le Pacificateur de Mimi Leder, Amistad et Soldat Ryan, Small Soldiers, FourmiZ, Le Prince d’Egypte, La Route d’Eldorado, Gladiator, Men in Black 1 et 2, American Beauty, Apparences, Deep Impact, La légende de Zorro, Mémoires de nos pères/Lettres d'Iwo Jima, le diptyque de Clint Eastwood, Transformers (et ses suites), Lovely Bones, le dernier film de Peter Jackson... Parallèlement, les autres départements se développent ; côté musique, George Michael, EELS ont signé des contrats. Un département “interactive” a même vu le jour. Mais c’est bien le département cinéma qui booste la firme ; films de genre, science-fiction, animation, aventures, peplum... DreamWorks essaie de balayer large. Entre concurrence directe (on se souvient des duels Deep Impact/Armageddon et FourmiZ/1001 Pattes) et alliances avec les autres majors, contraintes du marché obligent, DreamWorks contribue à forger la légende de Steven Spielberg, l’enfant de Cincinnati.

 

Spooky.

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