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...:::Ansible:::...

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Tous les territoires de l'imaginaire, en vitesse supra-luminique. Chroniques sur le cinéma, la littérature, les jeux, séries TV, bandes dessinées.

livres

Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres

John Howe est l'un des meilleurs illustrateurs vivants, à mon goût. Le fait qu'il illustrât l'oeuvre de Tolkien depuis le début des années 1990 (au moins) n'est pas étranger à cette opinion. Il a ainsi pu travailler en tant que Directeur artistique sur les deux trilogies de Peter Jackson, avec l'autre grand illustrateur Alan Lee.

 

Né à Vancouver en 1957, diplômé de l'Académie des Beaux-Arts de Strasbourg et amateur d'architecture médiévale, Howe a rassemblé dans cet ouvrage de nombreux travaux autour de la figure mythologique et fictive du dragon. Loin de n'être qu'un simple catalogue d'illustrations, l'artiste s'est attaché à reprendre de nombreuses légendes faisant apparaître des vers, des wyrms, bref, les dragons sous toutes leurs formes. De Nidhoggr dans la mythologie nordique à Apophis chez les Egyptiens en passant par Fafner, nous avons droit à des petits exposés sur chaque créature et le decorum qui y est rattaché, ainsi qu'à -systématiquement- une illustration souvent superbe sur une double page, accompagnée de divers croquis, mais aussi de quelques indications sur la technique utilisée, des précisions qui intéresseront sans doute les apprentis Howe.

 



Mais la figure draconique n'est pas présente que dans les légendes ; ainsi celui qu'affronte Beowulf, le dragon de St Georges, ainsi, bien sûr, que dans les oeuvres de Robin Hobb, Ursula Le Guin, Anne Mc Caffrey (qui en a fait les personnages centraux de tout un cycle de romans que je vous recommande, la Ballade de Pern)... Avant de passer aux plus impressionnants, créés par Tolkien : Smaug le Doré, Glaurung, mais aussi les créatures volantes que chevauchent les Nazgûls. Ce ne sont pas des dragons, le terme ne leur a jamais été associé, mais Howe se permet cette petite auto-trahison en l'assumant complètement. On voit que Howe a une prédilection toute particulière pour ces créatures tolkieniennes, malgré le témoignage de Robin Hobb au sujet de ses dragons dessinés par l'illustrateur.

Ainsi avons-nous droit également à quelques digressions sur le symbolisme attaché au dragon ; tantôt incarnation du Mal des Enfers, tantôt garant de l'équilibre du monde, ou encore origine de nombre de phénomènes telluriques, symbole du paganisme... L'ouvrage est d'une richesse textuelle inattendue, elle vient compléter de manière passionnante une iconographie splendide.

 

Spooky

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres

 

La Chute de Gondolin est en quelque sorte la première grosse étape de la course au long cours que constitua, à terme, le Silmarillion. Le Légendaire de Tolkien était déjà en gestation, quelques petits textes avaient été rédigés, mais ce récit un peu particulier, dont l’écriture remonte à 1916-17, est le premier de grande ampleur que l’auteur place dans son univers. Loin d’être tranquille, l’écriture de ce récit majeur a subi de nombreux aléas, et au moins deux versions notables, entrecoupées par des évolutions plus ou moins importantes. La version définitive, si l’on peut la qualifier ainsi dans la mesure où elle est… inachevée, date ainsi de 1951. C’est ainsi que trois traducteurs sont crédités sur cet ouvrage : Tina Jolas pour la version définitive présente dans le Silmarillion, Adam tolkien (petit-fils de l’auteur) pour celle qui a été publiée une première fois dans le Livre des Contes Perdus (…), et Daniel Lauzon, retraducteur du Seigneur des Anneaux et du Hobbit, pour les ajouts et les commentaires (abondants) de Christopher Tolkien.

 

Gondolin est une cité elfique construite dans un endroit reculé par le roi elfe Turgon, sur les conseils du Vala (divinité) des eaux Ulmo. Mais le Vala Morgoth, devenu une entité assoiffée de pouvoirs, souhaite éradiquer les Elfes, et menace Gondolin, qu’il cherche en vain. Ulmo, craignant que ce ne soit qu’une question de temps, apparaît devant un humain errant, Tuor, afin qu’il trouve la cité cachée et prévienne Turgon du péril à venir. C’est ainsi que l’on suit les pérégrinations de Tuor dans le Beleriand (le continent qui précède la Terre du Milieu), qui rencontre l’Elfe Voronwë/Bronweg, lequel, ayant déjà été à Gondolin, le guide jusqu’à ses portes. L’accueil de Turgon n’est pas très chaleureux (les hommes ne sont pas bien considérés par les Elfes, c’est le moins que l’on puisse dire), mais Tuor peut néanmoins rester dans la cité cachée, dans un statut de semi-captif. Il épouse la fille de Turgon, Idril, laquelle lui donnera un fils, Eärendil. Mais le cousin de cette dernière, Maeglin, déteste Tuor, et c’est au cours d’une de ses promenades hors des Montagnes Encerclantes (ce qui est pourtant interdit) qu’il est capturé par les séides de Morgoth. Contre sa liberté et la promesse d’épouser Idril, Maeglin donne la position de la cité cachée. S’ensuit une bataille féroce à laquelle pourront échapper Tuor et sa famille, laquelle connaîtra une histoire mouvementée dans d’autres récits du Légendaire.

Mais pourquoi, donc, nous présenter ces différentes versions ? Parce que la première, intitulée Tuor et les exilés de Gondolin, est la seule à contenir l’ensemble de l’histoire, les errances du héros (qui ressemblent fortement à un voyage initiatique mais sont expédiées en quelques pages), sa découverte de la cité perdue, ainsi que l’attaque de celle-ci par les troupes de Morgoth et le destin de celles et ceux qui ont survécu à cette bataille. Le dernier texte, en revanche, est beaucoup plus détaillé en ce qui concerne le voyage de Tuor, et le point culminant est d‘ailleurs l’apparition d’Ulmo qui lui dicte sa mission au milieu d’une mer déchaînée.

Ce récit marque ses lecteurs par l’exubérance de son style, il propose de magnifiques descriptions des décors du Beleriand, jusqu’à l’arrivée de Tuor et son ami Voronwë à Gondolin, étape qui marque la fin, ou plutôt l’interruption de cette version, provoquant une grande frustration chez celui ou celle qui a eu la chance de lire ce récit. Celui-ci ayant été rédigé en 1951, on voit l’influence qu’a eu l’écriture de l’épopée sur le conte, mais aussi, malheureusement, les stigmates du projet avorté du professeur de voir le Silmarillion et le Seigneur des Anneaux publiés ensemble. 

 

Le sentiment général est effectivement le gâchis, car vue la qualité de la langue et la richesse des détails que Tolkien a pu mettre dans son conte, on ne peut qu’imaginer l’ampleur qu’il aurait pu avoir une fois achevé… S’il ne propose pas grand-chose de neuf par rapport au Silmarillion et aux Contes et Légendes inachevés (dans lesquels se trouvent les deux versions), cet ultime opus édité par Christopher Tolkien a le mérite de mettre en perspective les différentes versions d’une même (superbe) histoire.

 

Un petit mot sur les conditions d'édition de cet ouvrage. Curieusement, la Chute de Gondolin, qui est chronologiquement le premier des 3 grands contes écrits par Tolkien, est le dernier à recevoir une édition dédiée et détaillée. En effet en 2017, dans la préface de Beren & Lúthien, son fils Christopher annonçait qu’il en avait terminé avec les publications des œuvres de son père. C’est sans compter sur le poids des tolkienophiles, pour lesquels cette annonce annonçait la frustration de ne pas voir sortir en édition séparée le récit par lequel tout, ou presque, a commencé, à savoir celui racontant la chute de Gondolin. L’héritier Tolkien repartit donc pour un baroud d’honneur, et fit sortir l’ouvrage en 2018 (an anglais, en 2019 pour l’édition française), magnifiquement illustré par Alan Lee. Emotion et qualité sont bien sûr au rendez-vous.

 

Spooky

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres

John Howe fut, avec Alan Lee, l'un des deux concept artists qui ont travaillé sur les deux trilogies de Peter Jackson adaptant les romans de JRR Tolkien. Mais avant cela, il avait beaucoup travaillé sur l'univers du Professeur, réalisant de merveilleuses adaptations des moments-clés de son oeuvre. Son séjour en Nouvelle-Zélande lui a permis de réaliser des centaines, peut-être des milliers de croquis plus ou moins avancés, dont il nous livre ici sa propre sélection, avec une partie exclusive.

 

Au travers, donc, de près de 200 pages, découpées en une quinzaine de chapitres thématiques, John Howe nous montre à voir les décors de la Terre du Milieu comme si on y était, de Cul-de-Sac au Mordor, en prenant parfois des chemins de traverse, mais aussi d'admirer différentes créatures, qu'elles soient elfique, gobelines ou draconesques (ça se dit ?), ou bien encore, mais c'est plus rare, quelques designs d'outils ou d'armes. Avec une admiration sans bornes pour son talent infini.

La plupart des illustrations, mises en valeur par une maquette élégante des Editions Bourgois, sont accompagnées de citations des romans de Tolkien, et/ou de petites synthèses sur les peuples ou les lieux représentés. Là encore, la traduction de Daniel Lauzon fait son office, permettant de raccrocher cet ouvrage aux dernières retraductions. Des passages éclairants, d'ailleurs, complétés par une postface où notre illustrateur livre quelques anecdotes sympathiques sur son expérience de concept designer.

 

Beau, encore une fois merci à John Howe de donner vie à l'imagination fertile de JRR Tolkien.

 

Spooky

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres

Voici l'un des ouvrages les plus récents sur Tolkien en France. Rédigé par Catherine McIlwaine et traduit par Vincent Ferré, grand spécialiste de l'auteur,  il a pour vocation d'exposer dans un seul ouvrage les pièces les plus belles de la collection Tolkien à la Bodleian Library d'Oxford, l'autrice étant justement responsable de ce fonds.

 

On y trouve donc des toiles, parfois inédites, réalisées par le Professeur pour illustrer ses différentes oeuvres, comme le Hobbit, les Lettres du Père Noël, des essais de jaquettes réalisées par Tolkien lui-même, des cartes, des fragments de textes , par exemple elfiques, écrites en tengwar (une écriture qu'a inventée Tolkien). Il y aussi quelques clichés -rares pour certains- concernant la famille Tolkien. Chaque pièce d'iconographie est accompagnée de ses références, et puis surtout l'autrice s'est attachée à les mettre en perspective au travers de textes synthétisant l'oeuvre et la vie de Tolkien. Le tout dans une maquette aérée, avec des illustrations ensorcelantes...

 

Un ouvrage magnifique, que je recommande chaudement à tous les tolkienophiles.

 

Spooky

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres

Après avoir lu une Encyclopédie des Elfes intéressante mais un peu particulière, j'ai voulu creuser le sillon Kloczko, et m'attaquer à l'ouvrage qui l'a fait plus ou moins connaître du public tolkienophile, à savoir un recueil d'articles critiques qui ont valeur de pionniers sur le sujet en France.

 

Ca commence un peu bizarrement, par un avant-propos où l'anthologiste tente de résumer l'impact de l'oeuvre de Tolkien, en allant jusqu'à la précipitation, non sans écorcher les "piètres traductions françaises de Bilbo le Hobbit, du Seigneur des Anneaux ou du Silmarillion" ; mais aussi en fustigeant celles et ceux qui, en 1999, ne connaissaient pas l'oeuvre de Tolkien... Le ton est donné. Et puis, à la lecture du sommaire, on se rend compte que Kloczko n'est pas l'auteur de l'ouvrage, mais plus probablement... le compilateur, en plus de signer plusieurs articles (3 sur 9).

 

On commence par un article sur l'inspiration religieuse de Tolkien dans un article de F. Léaud (dont le prénom, la date de publication et le media de publication sont inconnus, ou du moins non communiqués). De menues recherches n'ont pas permis d'en savoir plus, on supposera que l'article a été écrit exprès pour l'anthologie. Dommage cependant qu'on n'en sache pas plus sur son auteur... Lequel (ou laquelle ?) passe donc en revue la notion de religieux dans le Hobbit et le Seigneur des Anneaux, en remarquant que les signes en sont nombreux, entre le roi-guérisseur (figure christique), la magie omniprésente ou presque... Et ce, malgré l'absence suspecte d'allusions directes.

 

Le deuxième article, rédigé par Kloczko lui-même, raconte la genèse et l'importance de l'un des textes les moins connus de Tolkien, Smith of Wootton Major. Notons au passage l'habituelle pique au premier traducteur de Tolkien, Francis Ledoux ; morceaux choisis :" "Une première et très mauvaise traduction..." ; [...] le responsable est F. Ledoux, le 'saigneur' des anneaux [...]." autre "tic" : Kloczko, traducteur anglais-français, présuppose que tous ses lecteurs ont le même niveau que lui. Ainsi, quand il cite Tolkien dans le texte, il ne s'embarrasse pas de proposer une traduction. C'est agaçant. On y reviendra.

 

Par la suite deux articles s'intéressent à l'oeuvre poétique de Tolkien ; tout d'abord Jean-Louis Aroui (Maître de conférence en sciences du langage à Paris 8 - merci google) fait une analyse très poussée d'un poème méconnu, Mewlips, qui semble désigner des créatures malveillantes. Intéressant, mais extrêmement technique. Ensuite Frédérique Munier (pas de traces sur cette personne), au travers de l'étude approfondie du chant funèbre de Boromir, entend nous démontrer la fonction tripartite (en accord avec les théories de Georges Dumézil) de celui-ci, au sein de l'oeuvre de Tolkien. Puis Françoise Poyet et Jean-François Orjollet (dont l'article ici présent provient le revue Littérature de 1972 - encore merci Google) proposent de nous démontrer pourquoi l'oeuvre de Tolkien relève du fantastique et du merveilleux. L'article suivant est ma foi assez utile Edouard Kloczko a en effet tenté de recenser tous les écrits de Tolkien, depuis ses débuts présumés ou avérés, dans le journal de la King Edward's School, en 1910, jusqu'à la parution du présent ouvrage, en 1998, avec la parution du conte Roverandom. Vient ensuite une liste (par ordre alphabétique d'auteur(s)) des articles et ouvrages critiques en langue française. Mais curieusement ces articles ne clôturent pas l'ensemble, puisque George W. Barlow fait l'éloge de Tolkien via un Hobbituary, qui passe en revue certains traits de l'oeuvre de Tolkien, en insistant cependant sur l'importance des langues. Son article, paru en 1975 dans la vénérable revue Fiction, est ancrée dans le temps puisqu'il parle clairement (et en des termes nuancés) de la traduction de Ledoux, et d'une édition du Hobbit dont la couverture lui semble très laide.

 

Une constante dans ces articles, les passages de l'oeuvre de Tolkien sont cités en version originale, et quand il y a des traductions de termes spécifiques, ils sont souvent différent de la traduction de Francis Ledoux. C'est étrange. Ou bien cela relève de l'esprit constant de Kloczko, consistant à nier, pour ne pas dire conchier la traduction pionnière en français.

 

Au final, ce recueil de textes propose des analyses poussées, voire un peu trop, sur l'oeuvre de Tolkien. Il s'agit pour certains de contributions directes, ou de papiers récupérés dans des revues anciennes, voire très anciennes 25 ans en arrière), ce qui ne constitue pas vraiment un panorama porteur de sens de la critique francophone sur Tolkien. Heureusement quelques passages et les articles factuels de Kloczko lui-même viennent remonter cette perte d'intérêt. il est toutefois dommageable que l'on ait peu d'informations sur les articles eux-mêmes.

 

Spooky

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Publié le par Spooky
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Lorsque l'on parle du Studio Ghibli, l'un des studios de production animée japonais les plus couronnés de succès, on pense tout de suite à Hayao Miyazaki, auteur de Mon Voisin Totoro, Princesse Mononoke et le Voyage de Chihiro, entre autres. Mais ledit studio fut cofondé et codirigé également par deux autres personnes, Toshio Suzuki, qui se confine généralement à un rôle de producteur sur les différents films de la firme, et Isao Takahata, disparu en avril 2018, auquel s'intéresse Stéphanie Chaptal dans cet ouvrage.

 

Isao Takahata est connu surtout pour son film Le Tombeau des Lucioles, un chef-d'oeuvre empreint de tristesse. Mais, sans vouloir aucunement dévaloriser la qualité de ce long-métrage, notre autrice s'est attachée à remonter le fil du temps, et à nous parler en long, en large et en travers de son oeuvre et de son influence.

 

Takahata a débuté en 1961, en tant qu'assistant réalisateur au sein de Tôei Animation. Le temps de faire ses armes, et en 1968 il réalise son premier film, Horus, Prince du Soleil, qui peut être vu comme une combinaison de différentes influences occidentales, avec des choix visuels et scénaristiques déjà novateurs pour l'époque. Suivront Panda, petit Panda, Kié la petite peste, le Tombeau des Lucioles, Omoide Poroporo : Souvenirs goutte à goutte, Pompoko, Mes voisins les Yamada, puis le Conte de la Princesse Kaguya, pour ne citer que les longs métrages. Takahata a également réalisé des épisodes de différentes séries, très diverses : Conan, le fils du futur, Heidi, Anne des Pignons verts... La liste de ses scénarios et participations en tant que producteur est intéressante également. De ce génie méconnu, le "grand public" français ne connaît que quelques titres. Il était temps, donc, de combler cette lacune, et Stéphanie Chaptal le fait de fort belle manière.

 

Plutôt que de nous proposer un panorama chronologique de la vie et de l'oeuvre du maître japonais, elle a découpé sa présentation en grands chapitres thématiques. Après l'évocation de ses débuts, elle affirme les racines japonaises de notre réalisateur et scénariste, au travers de quelques films emblématiques comme Pompoko, habile observation de la transition entre le Japon ancestral, et ancré dans la nature et le progrès, la modernité. Ces analyses sont complétées par des entretiens avec des comédiens de doublage qui ont travaillé sur les films en question. Des souvenirs uniques, donc précieux.

 

Cette formule est répétée dans les chapitres suivants, consacrés à ses influences et connaissances du monde occidental, et à l'un des traits particuliers de son oeuvre, à savoir l'ancrage dans le réel (à l'opposé de son ami et collègue Miyazaki, prompt à basculer dans le fantastique). Même si ses héros sont des animaux ou s'il adapte, comme dans Le Conte de la princesse Kaguya, un récit folklorique traditionnel. Le tout abondamment illustré par des extraits de ses réalisations ou des photos montrant Takahata seul ou en compagnie de ses collègues. Le dernier gros chapitre, quant à lui, détaille l'influence que le réalisateur japonais a pu avoir sur des gens comme Michael Dudok de Wit (qui a réalisé le seul film non-japonais des Studios Ghibli, la Tortue rouge), ou Michel Ocelot, l'auteur de Kirikou).

 

Ainsi peut-on voir que dans des productions très différentes par leur sujet aussi bien que par leur aspect visuel, Isao Takahato s'est montré grand observateur de l'évolution de son pays, pour mieux le critiquer, en se servant de ce qu'il a pu apprendre dans la culture occidentale. Un réalisateur à (re) découvrir d'urgence.

 

Spooky

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Publié le par Spooky
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Le niveau de production de Stephen King ne baissant pas du tout ces dernières années, les éditeurs français ont décidé de s'adapter à cette folie, en proposant, directement en poche comme pour Gwendy et la boîte à boutons, la novella Elevation, sortie seulement l'année dernière aux USA.

 

Dans la petite ville de Castle Rock, les rumeurs circulent vite. Trop vite.
C’est pourquoi Scott Carey ne veut confier son secret à nul autre que son ami le docteur Bob Ellis. Car avec ou sans vêtements, sa balance affiche la même chose, et chaque jour son poids diminue invariablement. Que se passera-t-il quand il ne pèsera plus rien ? Scott doit également faire face à un autre problème : les chiens de ses nouvelles voisines ont décidé que sa pelouse était le lieu idéal pour faire leurs besoins. Entre le couple et Scott, la guerre est déclarée. Mais lorsqu’il comprend que le comportement des habitants de Castle Rock, y compris le sien, envers les deux femmes mariées met en péril le restaurant qu’elles ont ouvert en ville, il décide de mettre son « pouvoir » à contribution pour les aider.

 

A l'instar de Gwendy, Elevation se classe dans la veine "soft" de l'oeuvre kingienne, dans la mesure où le fantastique est ici relativement ténu, et même s'il sert de moteur au récit, c'est encore une fois les personnages qui en font l'intérêt principal. Scott Carey est un divorcé sans histoire, qui va faire preuve d'une immense gentillesse envers ses voisines. L'histoire est menée sur un rythme léger, pas de violence, même si deux personnages sont à deux doigts d'en venir aux mains à un moment, pas de moment gore, mais plutôt de la poésie, à deux ou trois moments-clés, dont le dénouement, si triste et pourtant teinté d'espoir. Pas d'enfant ou d'adolescent ici, seulement des adultes avec leurs fêlures et leur bonté.

 

King a écrit une belle fable sur l'acceptation de la différence, délicatement traduite par Michel Pagel.

 

A lire, l'espace d'une après-midi...

 

Spooky

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Publié le par Spooky
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Edouard J. Kloczko est un traducteur et auteur français, qui s'est fait connaître dans le cercle des amateurs de Tolkien pour ses travaux relatifs aux langues elfiques. Oui, vous avez lu, quelqu'un s'est attaqué à l'étude de certaines des langues inventées par Tolkien. Une tâche dont l'intention inspire le respect, mais Kloczko s'est aussi fait remarquer par une attitude très particulière, un manque de respect d'autres exégètes de l'oeuvre du professeur, qui a amené de nombreux amateurs éclairés à prendre leurs distances avec l'auteur. Mais ne jugeons pas l'homme, attachons-nous à son oeuvre.

 

Ca part mal. Dans la préface où il fait l'élégie de l'oeuvre de Tolkien, il tire à boulets rouges sur "les compilateurs" de son oeuvre, parmi lesquels -mais il ne le nomme pas- son fils, Christopher. Idem au sujet des traducteurs, au travail approximatif selon lui. Passons.

 

Kloczko s'attache ensuite à nous raconter les origines des Elfes, du moins dans les écrits de Tolkien. Dès les premières pages, des encarts nous proposent du vocabulaire dans les différentes langues elfiques, regroupé par thématiques. Le tout joyeusement enluminé et illustré par des gens de renom comme Sandrine Gestin ou Ted Nasmith.

 

la troisième partie explore les us et coutumes elfiques, du langage du corps à l'héraldique, en passant par la religion et la télépathie. Deux sections sont ensuite consacrées aux écritures et langues elfiques, avec maints détails sur les spécifications locutives (oui, il existe plusieurs langues elfiques !).



Au final, c'est un ouvrage très érudit, trop peut-être, que le quidam va vite lâcher. Le/la passionné(e) d'elfes sera nettement plus accroché, même si parfois le ton, un rien hautain pour ses confrères tolkienophiles, n'incite pas forcément à éprouver de la sympathie pour l'auteur.

 

Spooky

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres

 

Paul H. Kocher fut chercheur, essayiste et enseignant en anglais à l'université américaine de Stanford. Spécialiste de Tolkien et de Francis Bacon, il est connu pour son ouvrage Master of Middle-Earth, traduit ici, et A Reader’s Guide to ‘The Silmarillion’, daté de 1980.

 

Voici donc un ouvrage de référence, certes daté et épuisé, sur l'univers de Tolkien. Pour cette traduction française, nous avons droit à une préface de Jean Markale, grand manitou des Celtes. Et du coup, il ne peut s'empêcher de mettre des Celtes dans tout Tolkien. Un vrai catalogue -heureusement limité à quelques pages- de n'importe quoi, de raccourcis et de contre-sens. C'en devient presque risible pour les exégètes modernes du Professeur. Soyons indulgent en précisant qu'en 1981 la recherche relative à Tolkien disponible en langue française devait être balbutiante. Et plongeons-nous dans Kocher.

 

Celui-ci entame son étude en nous parlant du niveau de réalisme du monde créé par le Professeur, comme le climat, la géographie, et une attention toute particulière est portée sur les langues, clé de voûte de l'Imaginarium tolkienien. Il explore les différences fondamentales entre le Hobbit et le Seigneur des Anneaux, puisqu'on passe, selon lui, du "simple" conte à l'épopée. Même si les intentions furent différentes dans l'esprit de Tolkien, les études ultérieures de son premier roman ont montré que l'aventure de Bilbo était tout sauf simpliste.

 

Le chapitre suivant s'attache justement au Hobbit (fun fact : le titre est celui de la nouvelle traduction, pas de celle qui fut contemporaine à l'ouvrage de Kocher. J'y reviens plus loin.) Kocher y trouve tout de même des points d'attention, comme le fameux dédoublement de personnalité de Gollum ; cependant l'analyse psychologique ne va pas bien loin, sans doute à cause d'une méconnaissance du personnage ; étrange, pourtant, car hormis les deux premiers romans de Tolkien publiés de son vivant, Gollum n'apparaît quasiment nulle part ailleurs. Mais cela n'empêche pas l'analyste de ramener le Hobbit à la place qu'il doit occuper selon lui : un simple conte.

 

La deuxième partie aborde la dimension cosmique de l'univers tolkienien. En effet, bien que le nom de Dieu ou d'une divinité ne soit jamais prononcé, il est évident que nombre d'évènements relatés dans le Seigneur des Anneaux sont dus à l'action d'une entité supérieure. Ainsi transpire légèrement la croyance catholique profonde de Tolkien. Kocher l'appelle Providence, et indique qu'elle agit non pas toujours en avantageant le Bien, mais plutôt en faisant coexister Bien et Mal, et en intervenant au final pour faire triompher le Bien. La place toute particulière des Valar est analysée également : pas vraiment des divinités, mais pas de simples créatures non plus, ils tiennent une position originale et un peu difficile à définir dans la création de la Terre du Milieu, tout en en référant à l'Unique pour certaines questions. La question de la mort est rapidement abordée, pour la simple raison que Tolkien y fait de rares allusions, laissant cependant penser qu'il y a une existence après la vie, mais sans aller bien loin.

 

De la divinité à Sauron il n'y a qu'un pas, que Kocher franchit en entamant un nouveau chapitre. Nous avons donc l'historique du grand méchant de l'histoire, qui n'était pas méchant au départ, mais l'est devenu à la suite de nombreuses déconvenues et mésaventures. Sauron est ainsi devenu au fil du temps l'incarnation du Mal, qui a pu insuffler une grande partie de son pouvoir et de ses mauvaises intentions dans un anneau qu'il a lui-même forgé. Lequel Anneau a ensuite largement -mais pas totalement- corrompu Gollum. Côté malveillant se trouvent également les Nazgûl, mus par la soif inextinguible des âmes de leurs proies. Mais tous ces êtres néfastes, ou presque, possèdent un libre arbitre, et c'est l'action du Seigneur Ténébreux qui leur fait prendre fait et cause pour le côté obscur. Tous ces personnages sont caractérisés par leur besoin de posséder quelque chose ou quelqu'un, et c'est ce besoin qui en a fait des êtres vils ; ce point est le reflet des convictions de Tolkien.

 

La partie suivante propose un panorama des Peuples Libres : caractéristiques, représentants notables, origines quand on les connaît... Hommes, Elfes, Nains et Hobbits et Ents sont ainsi passés en revue, de façon étonnamment complète. Puis vient un gros focus sur Aragorn, probablement le personnage le plus riche de toute la saga, mais surtout le plus emblématique, alors qu'au départ Tolkien n'avait pas d'idée sur la façon dont il allait évoluer. Abimé par des sentiments et des valeurs chevaleresques, son histoire personnelle, intimement liée aux Elfes, en fait, aux côtés de Frodo et Gandalf, l'un des moteurs de l'action. Un portrait contrasté, Kocher s'attardant sur un épisode passé conté dans le Seigneur des Anneaux, au cours duquel celui qui prendra la tête du Royaume réunifié fit preuve de cruauté envers Gollum. Mais dans le présent du Seigneur des Anneaux, la nature royale d'Aragorn s'affirme, pleine de sagesse, d'habileté et de charisme. Des qualités qui lui permettront de rassembler les Peuples libres pour porter l'estocade à Sauron.

 

Au final je place Paul Kocher comme l'un des meilleurs exégètes de Tolkien, même si son analyse, au regard d'autres ouvrages, a un peu vieilli. Il faut dire que depuis plus de 30 ans la recherche a énormément avancé au sujet du Professeur. Mais il a eu le mérite d'analyser de façon convaincante et lucide nombre d'éléments inhérents au Hobbit et au Seigneur des Anneaux. Un jalon à son époque.

 

Petit bémol au sujet de l'édition française : il faut déplorer une relecture nettement défaillante, qui a provoqué un certain nombre de fautes ou de réécritures plus ou moins heureuses des noms propres : le Mordor est ainsi devenu Mondor à deux reprises, les Guetteurs sont des Gultteurs... Ce qui m'a amené à m'interroger sur la traduction... L'ouvrage ne fait pas mention de la personne concernée, et quelques recherches ne m'ont pas permis d'en trouver l'identité. Par contre, et c'est vraiment dommage, les récits Feuille, de Niggle, Smith de Grand Wootton et Le Fermier Gilles de Ham (rassemblés en français dans Faërie et autres textes avec Le Retour de Beorhtnoth et Les Aventures de Tom Bombadil), ou encore les poèmes Imram et le Lai d’Aotrou et Itroun ne sont pas mentionnés dans cette édition, sans doute parce qu’il aura fallu attendre vingt ou trente ans pour que certains (à l’exception des deux poèmes) soient disponibles en français. Merci à tolkiendil.com pour cette précision.

 

Spooky

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres

 

L'auteur du Hobbit et du Seigneur des Anneaux a déjà fait l'objet de biographies complètes (par Humphrey Carpenter) ou partielles (comme pour Tolkien et la grande guerre, par John Garth) mais jusqu'ici je n'ai pas eu l'occasion de lire un essai qui se consacre à sa jeunesse, à la période qui a lancé l'homme, et l'auteur. C'est désormais chose faite, grâce à Alexandre Sargos, photographe, journaliste et essayiste passionné par l'imaginaire.

 

Le titre est un peu trompeur, et les deux sous-titres, Prélude au Seigneur des Anneaux et Une Jeunesse au Mordor, sont déjà un peu plus accrocheurs. Car Sargos commence tôt, en nous racontant la vie des parents de celui qu'on appellera John, en Angleterre puis en Afrique du sud, puis le retour au pays de la famille Tolkien lorsque l'aîné John n'a que 3 ans. Son enfance, près de Birmingham, puis ses études, sa découverte de langues vivantes et anciennes, ses lectures, mais aussi la rencontre de celle qui deviendra son épouse, Edith, sa formation comme futur philologue (spécialiste des langues), son engagement -tardif- dans l'armée pendant la première guerre mondiale, sa blessure pendant la bataille de la Somme, et enfin, ses premiers écrits, dont certains composeront son Legendarium. Et tout cela avant ses 30 ans, en 1922.

 

J'ai beaucoup aimé cette lecture. En tant que passionné de Tolkien et de son oeuvre, j'ai retrouvé beaucoup de choses déjà croisées dans les ouvrages déjà cités. Sargos a décidé de raconter l'histoire de la "genèse" de Tolkien un peu comme un roman, en prenant son temps, en rentrant dans les détails parfois, en comblant les "trous" par un peu de lyrisme, embellissant peut-être certains moments-clés afin de faire couler, de fluidifier son récit. Et ça marche. Le bouquin fait 150 pages, qui se dévorent presque d'une traite, contient de nombreux moments émouvants (la danse d'Edith dans les fleurs, la mort de la mère de Tolkien, le terrible théâtre de la première guerre mondiale...). Loin de déifier son sujet, Sargos a décidé, malgré cette enluminure du langage, d'en faire un portrait assez réaliste, un brin contrasté (lorsqu'il évoque par exemple le fait que Tolkien ait fortement insisté pour que la conversion d'Edith -elle était anglicane, John catholique) se déroule rapidement lors de leurs fiançailles), se basant sur une somme d'écrits assez impressionnante (rappelons que Tolkien a entretenu durant sa vie d'adulte une correspondance impressionnante avec ses amis, son éditeur, sa famille...). On notera aussi de très beaux passages sur la constitution et la destruction du TCBS, ces étudiants avec lesquels Tolkien avait passé une sorte de pacte créatif, avant que leur destinée ne soit brisée par des bombes en France...

 

Si je dois pinailler je dirais que la future carrière d'enseignant de Tolkien est un peu moins bien traitée que les autres aspects (la vie de famille, la passion et l'apprentissage des langues, l'écriture, la mobilisation...). En 150 pages dans un format poche, Alexandre Sargos réussit à rendre la jeunesse de Tolkien presqu'aussi passionnante que ses romans.

 

Spooky

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