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...:::Ansible:::...

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Tous les territoires de l'imaginaire, en vitesse supra-luminique. Chroniques sur le cinéma, la littérature, les jeux, séries TV, bandes dessinées.

livres

Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres

 

Paul H. Kocher fut chercheur, essayiste et enseignant en anglais à l'université américaine de Stanford. Spécialiste de Tolkien et de Francis Bacon, il est connu pour son ouvrage Master of Middle-Earth, traduit ici, et A Reader’s Guide to ‘The Silmarillion’, daté de 1980.

 

Voici donc un ouvrage de référence, certes daté et épuisé, sur l'univers de Tolkien. Pour cette traduction française, nous avons droit à une préface de Jean Markale, grand manitou des Celtes. Et du coup, il ne peut s'empêcher de mettre des Celtes dans tout Tolkien. Un vrai catalogue -heureusement limité à quelques pages- de n'importe quoi, de raccourcis et de contre-sens. C'en devient presque risible pour les exégètes modernes du Professeur. Soyons indulgent en précisant qu'en 1981 la recherche relative à Tolkien disponible en langue française devait être balbutiante. Et plongeons-nous dans Kocher.

 

Celui-ci entame son étude en nous parlant du niveau de réalisme du monde créé par le Professeur, comme le climat, la géographie, et une attention toute particulière est portée sur les langues, clé de voûte de l'Imaginarium tolkienien. Il explore les différences fondamentales entre le Hobbit et le Seigneur des Anneaux, puisqu'on passe, selon lui, du "simple" conte à l'épopée. Même si les intentions furent différentes dans l'esprit de Tolkien, les études ultérieures de son premier roman ont montré que l'aventure de Bilbo était tout sauf simpliste.

 

Le chapitre suivant s'attache justement au Hobbit (fun fact : le titre est celui de la nouvelle traduction, pas de celle qui fut contemporaine à l'ouvrage de Kocher. J'y reviens plus loin.) Kocher y trouve tout de même des points d'attention, comme le fameux dédoublement de personnalité de Gollum ; cependant l'analyse psychologique ne va pas bien loin, sans doute à cause d'une méconnaissance du personnage ; étrange, pourtant, car hormis les deux premiers romans de Tolkien publiés de son vivant, Gollum n'apparaît quasiment nulle part ailleurs. Mais cela n'empêche pas l'analyste de ramener le Hobbit à la place qu'il doit occuper selon lui : un simple conte.

 

La deuxième partie aborde la dimension cosmique de l'univers tolkienien. En effet, bien que le nom de Dieu ou d'une divinité ne soit jamais prononcé, il est évident que nombre d'évènements relatés dans le Seigneur des Anneaux sont dus à l'action d'une entité supérieure. Ainsi transpire légèrement la croyance catholique profonde de Tolkien. Kocher l'appelle Providence, et indique qu'elle agit non pas toujours en avantageant le Bien, mais plutôt en faisant coexister Bien et Mal, et en intervenant au final pour faire triompher le Bien. La place toute particulière des Valar est analysée également : pas vraiment des divinités, mais pas de simples créatures non plus, ils tiennent une position originale et un peu difficile à définir dans la création de la Terre du Milieu, tout en en référant à l'Unique pour certaines questions. La question de la mort est rapidement abordée, pour la simple raison que Tolkien y fait de rares allusions, laissant cependant penser qu'il y a une existence après la vie, mais sans aller bien loin.

 

De la divinité à Sauron il n'y a qu'un pas, que Kocher franchit en entamant un nouveau chapitre. Nous avons donc l'historique du grand méchant de l'histoire, qui n'était pas méchant au départ, mais l'est devenu à la suite de nombreuses déconvenues et mésaventures. Sauron est ainsi devenu au fil du temps l'incarnation du Mal, qui a pu insuffler une grande partie de son pouvoir et de ses mauvaises intentions dans un anneau qu'il a lui-même forgé. Lequel Anneau a ensuite largement -mais pas totalement- corrompu Gollum. Côté malveillant se trouvent également les Nazgûl, mus par la soif inextinguible des âmes de leurs proies. Mais tous ces êtres néfastes, ou presque, possèdent un libre arbitre, et c'est l'action du Seigneur Ténébreux qui leur fait prendre fait et cause pour le côté obscur. Tous ces personnages sont caractérisés par leur besoin de posséder quelque chose ou quelqu'un, et c'est ce besoin qui en a fait des êtres vils ; ce point est le reflet des convictions de Tolkien.

 

La partie suivante propose un panorama des Peuples Libres : caractéristiques, représentants notables, origines quand on les connaît... Hommes, Elfes, Nains et Hobbits et Ents sont ainsi passés en revue, de façon étonnamment complète. Puis vient un gros focus sur Aragorn, probablement le personnage le plus riche de toute la saga, mais surtout le plus emblématique, alors qu'au départ Tolkien n'avait pas d'idée sur la façon dont il allait évoluer. Abimé par des sentiments et des valeurs chevaleresques, son histoire personnelle, intimement liée aux Elfes, en fait, aux côtés de Frodo et Gandalf, l'un des moteurs de l'action. Un portrait contrasté, Kocher s'attardant sur un épisode passé conté dans le Seigneur des Anneaux, au cours duquel celui qui prendra la tête du Royaume réunifié fit preuve de cruauté envers Gollum. Mais dans le présent du Seigneur des Anneaux, la nature royale d'Aragorn s'affirme, pleine de sagesse, d'habileté et de charisme. Des qualités qui lui permettront de rassembler les Peuples libres pour porter l'estocade à Sauron.

 

Au final je place Paul Kocher comme l'un des meilleurs exégètes de Tolkien, même si son analyse, au regard d'autres ouvrages, a un peu vieilli. Il faut dire que depuis plus de 30 ans la recherche a énormément avancé au sujet du Professeur. Mais il a eu le mérite d'analyser de façon convaincante et lucide nombre d'éléments inhérents au Hobbit et au Seigneur des Anneaux. Un jalon à son époque.

 

Petit bémol au sujet de l'édition française : il faut déplorer une relecture nettement défaillante, qui a provoqué un certain nombre de fautes ou de réécritures plus ou moins heureuses des noms propres : le Mordor est ainsi devenu Mondor à deux reprises, les Guetteurs sont des Gultteurs... Ce qui m'a amené à m'interroger sur la traduction... L'ouvrage ne fait pas mention de la personne concernée, et quelques recherches ne m'ont pas permis d'en trouver l'identité. Par contre, et c'est vraiment dommage, les récits Feuille, de Niggle, Smith de Grand Wootton et Le Fermier Gilles de Ham (rassemblés en français dans Faërie et autres textes avec Le Retour de Beorhtnoth et Les Aventures de Tom Bombadil), ou encore les poèmes Imram et le Lai d’Aotrou et Itroun ne sont pas mentionnés dans cette édition, sans doute parce qu’il aura fallu attendre vingt ou trente ans pour que certains (à l’exception des deux poèmes) soient disponibles en français. Merci à tolkiendil.com pour cette précision.

 

Spooky

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres

 

L'auteur du Hobbit et du Seigneur des Anneaux a déjà fait l'objet de biographies complètes (par Humphrey Carpenter) ou partielles (comme pour Tolkien et la grande guerre, par John Garth) mais jusqu'ici je n'ai pas eu l'occasion de lire un essai qui se consacre à sa jeunesse, à la période qui a lancé l'homme, et l'auteur. C'est désormais chose faite, grâce à Alexandre Sargos, photographe, journaliste et essayiste passionné par l'imaginaire.

 

Le titre est un peu trompeur, et les deux sous-titres, Prélude au Seigneur des Anneaux et Une Jeunesse au Mordor, sont déjà un peu plus accrocheurs. Car Sargos commence tôt, en nous racontant la vie des parents de celui qu'on appellera John, en Angleterre puis en Afrique du sud, puis le retour au pays de la famille Tolkien lorsque l'aîné John n'a que 3 ans. Son enfance, près de Birmingham, puis ses études, sa découverte de langues vivantes et anciennes, ses lectures, mais aussi la rencontre de celle qui deviendra son épouse, Edith, sa formation comme futur philologue (spécialiste des langues), son engagement -tardif- dans l'armée pendant la première guerre mondiale, sa blessure pendant la bataille de la Somme, et enfin, ses premiers écrits, dont certains composeront son Legendarium. Et tout cela avant ses 30 ans, en 1922.

 

J'ai beaucoup aimé cette lecture. En tant que passionné de Tolkien et de son oeuvre, j'ai retrouvé beaucoup de choses déjà croisées dans les ouvrages déjà cités. Sargos a décidé de raconter l'histoire de la "genèse" de Tolkien un peu comme un roman, en prenant son temps, en rentrant dans les détails parfois, en comblant les "trous" par un peu de lyrisme, embellissant peut-être certains moments-clés afin de faire couler, de fluidifier son récit. Et ça marche. Le bouquin fait 150 pages, qui se dévorent presque d'une traite, contient de nombreux moments émouvants (la danse d'Edith dans les fleurs, la mort de la mère de Tolkien, le terrible théâtre de la première guerre mondiale...). Loin de déifier son sujet, Sargos a décidé, malgré cette enluminure du langage, d'en faire un portrait assez réaliste, un brin contrasté (lorsqu'il évoque par exemple le fait que Tolkien ait fortement insisté pour que la conversion d'Edith -elle était anglicane, John catholique) se déroule rapidement lors de leurs fiançailles), se basant sur une somme d'écrits assez impressionnante (rappelons que Tolkien a entretenu durant sa vie d'adulte une correspondance impressionnante avec ses amis, son éditeur, sa famille...). On notera aussi de très beaux passages sur la constitution et la destruction du TCBS, ces étudiants avec lesquels Tolkien avait passé une sorte de pacte créatif, avant que leur destinée ne soit brisée par des bombes en France...

 

Si je dois pinailler je dirais que la future carrière d'enseignant de Tolkien est un peu moins bien traitée que les autres aspects (la vie de famille, la passion et l'apprentissage des langues, l'écriture, la mobilisation...). En 150 pages dans un format poche, Alexandre Sargos réussit à rendre la jeunesse de Tolkien presqu'aussi passionnante que ses romans.

 

Spooky

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres

 

 
Alors que deux jumelles viennent au monde, l’une d’elles a été génétiquement modifiée pour ne plus avoir besoin de sommeil. Chaque jour, elle dispose de huit à dix heures en plus pour vivre et découvrir le monde... Des heures qui feront aussi d’elle un être à part.
Dès lors, comment trouver sa place dans une société qui n’est plus la vôtre ?
 
Je n'avais jamais lu de roman de Nancy Kress. Bon, techniquement nous sommes plutôt en présence d'une novella, mais sa lecture donne, je trouve, une bonne introduction à son oeuvre, car elle en représente, sinon la quintessence, du moins un bon concentré de celle-ci, si j'en crois divers commentaires piochés ici et là.
 

En effet nous sommes face à un récit d'anticipation un peu à l'ancienne, mais qui grâce à un ancrage temporel très flou (il y a une mention à... 2019 à un moment, mais c'est à peu près tout...), parvient à une forme d'universalité, même si on sent qu'au niveau des technologies, notamment les communications, Internet n'était pas encore passé par là. L'une rêve, l'autre pas (Beggars in Spain en VO) date en effet de 1991. Bref, c'est plutôt sur les neurosciences que se base le postulat de départ, et la possibilité de choisir certaines caractéristiques de son enfant à naître. Bien sûr, l'eugénisme est très présent, mais Nancy Kress se projette très vite sur les implications morales, sociétales et politiques de ces enfants qui n'ont plus besoin de dormir. Plus du tout... Et elle a même le temps d'aller très loin dans la prospective, de lancer de nombreuses pistes de réflexion pour le lecteur... Acceptation de l'être différent, inanité des lois locales aux Etats-Unis, auto-déterminisme, les thèmes sont légion. Si l'écriture, traduite par Claire Michel, est lumineuse, elle n'en est pas loin un brin verbeuse par moments. Il n'empêche que ce roman est marquant, et qu'il a été remarqué : il a obtenu le prix Hugo, le prix Nebula, le prix Asimov des lecteurs, le Grand Prix de l’Imaginaire et le prix décerné par Science Fiction Chronicle. Excusez du peu.

 

Bref, une belle découverte. Oui je sais, je suis à la bourre, mais on doit toutes et tous l'être, non ?

 

Spooky

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres

 

Parfois, le mal prend le visage du bien.
 
Le corps martyrisé d’un garçon de onze ans est retrouvé dans le parc de Flint City. Témoins et empreintes digitales désignent aussitôt le coupable : Terry Maitland, l’un des habitants les plus respectés de la ville, entraîneur de l’équipe locale de baseball, professeur d’anglais, marié et père de deux fillettes. Et les résultats des analyses ADN ne laissent aucune place au doute.
Pourtant, malgré l’évidence, Terry Maitland affirme qu’il est innocent.
Et si c’était vrai ?
 
Après la trilogie policière (avec des bouts de fantastique dedans) consacrée à l'Inspecteur Hodges, Stephen King semble prendre goût au genre, et nous revient avec cet Outsider, qui bénéficie d'une couverture marketing tout à fait soutenue. La dernière fois que les Editions Albin Michel avaient mis le paquet sur un de ses bouquins, c'était pour Dr Sleep. Pas super bon signe.

Mais c'est toutefois sans appréhension particulière que je me suis plongé dans cet Outsider. Et très vite, comme souvent, j'ai été happé. Happé par cette enquête menée à la fois par la police de Flint City, et par l'avocat de Terry Maitland. Il faut dire que la scène d'ouverture a de quoi interpeller. Imaginez que vous êtes l'entraîneur d'une équipe de base-ball de gamins, que vous êtes sur le point de gagner une demie-finale qui vous ouvrirait les portes d'une compétition au niveau de l'Etat (l'Oklahoma, en l'occurrence). Et là, au moment le plus critique, les flics débarquent et vous passent les menottes, disant vous arrêter pour le meurtre dégueulasse d'un enfant, connu de toute la ville. Devant 2 500 personnes. Imaginez le traumatisme pour tous. C'est ce que fait King ; il nous met à la place de Terry Maitland, de sa femme, de ses filles, des flics... Place à l'enquête, aux découvertes, aux doutes, aux soupçons, comme ces faisceaux de preuves qui accusent Terry de façon indubitable, ou presque. Et cet autre faisceau de preuves qui prouvent absolument le contraire.
 
Et puis, page 151, un nouveau drame, votre coeur se serre. Page 190, un coup de théâtre qui met fin, ou presque, à l'enquête. Mais rien n'est résolu, en fait, le doute subsiste, d'autant plus que d'autres affaires, dans d'autres lieux, présentent des similitudes troublantes.
 
Ahah, l'enfoiré.
 
Et puis là, paf ! La Trilogie Hodges ressurgit, avec l'arrivée d'un personnage survivant, qui va devenir le moteur du récit, et apporter de la fantaisie, mais aussi son expérience du surnaturel. Car la suite va le confirmer : Ralph Anderson et ses amis sont bel et bien en présence d'une créature meurtrière non humaine. La deuxième moitié du roman comporte quelques passages de flottement. Ca ronronne un peu, ça n'avance pas beaucoup. Et la fin, ou plutôt la scène de confrontation des enquêteurs avec la créature, m'a déçu : si sa durée est satisfaisante, sa résolution m'a semblé quelque peu ratée, d'autant plus qu'au final le modus operandi est laissé complètement de côté, même si l'on est en présence d'une sorte de vampire, à la fois physique et psychique. J'ai un peu eu l'impression d'un soufflé, alors que le début du roman était vraiment prenant, bien que pas très représentatif du style kingien. Il y a en effet des similitudes entre cet Outsider et la créature surnaturelle de son chef-d'oeuvre Ça. De là à en faire un congénère, dans l'idée kingienne de lier l'ensemble de son oeuvre, il n'y a qu'un pas que je franchis allègrement.
 
Un petit mot sur le titre, qui me semble assez mal choisi. Si the Outsider est le titre original de King et son éditeur, Albin Michel a choisi de le garder tel quel, sans tenir compte de son sens réel, primaire, différent en français de l'anglais... Car en français, outsider est plutôt un terme utilisé dans le sport, ou plus rarement en politique, lorsqu'un concurrent, que l'on n'attendait pas, se révèle un client sérieux pour la victoire finale. En anglais cela désigne plutôt... quelqu'un(e) qui vient d'ailleurs, d'autre part, et c'est une bonne désignation, bien que floue, de la créature après laquelle court Ralph Anderson. L'homme qui vient d'ailleurs aurait fait une bonne traduction ; hélas Jean Esch, le traducteur, utilise ce terme d'outsider tout du long... Mauvais choix à mon avis.
 
Bref, un King mineur. Chronique à lire en miroir avec celle réalisée pour vampirisme.com, qui s'intéresse à l'aspect vampirique du personnage-titre.
 
Spooky
 
 

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres

Avant de participer en 2016 au Salon du Vampire, 4ème édition, je ne savais pas du tout qui était Vincent Tassy. Et puis sur place, en discutant avec lui, j'ai été charmé, au sens où il s'agissait d'un jeune homme dont la gentillesse et l'érudition contrastaient avec son apparence gothique. J'ai donc acquis son premier roman, Apostasie, et j'ai mis -bien malgré moi- plus de deux ans à débuter sa lecture.

Anthelme croit en la magie des livres qu’il dévore. Étudiant désabusé et sans attaches, il décide de vivre en ermite et de s’offrir un destin à la mesure de ses rêves. Sur son chemin, il découvre une étrange forêt d’arbres écarlates, qu’il ne quitte plus que pour se ravitailler en romans dans la bibliothèque la plus proche.

Un jour, au hasard des étagères, il tombe sur un ouvrage qui semble décrire les particularités du lieu où il s’est installé. Il comprend alors que le moment est venu pour lui de percer les secrets de son refuge. Mais lorsque le maître de la Sylve Rouge, beau comme la mort et avide de sang, l’invite dans son donjon pour lui conter l’ensorcelante légende de la princesse Apostasie, comment différencier le rêve du cauchemar ?

 

D'entré de jeu j'ai été subjugué par la délicatesse, l'érudition et la noblesse de la langue de Vincent Tassy. Son style, loin d'être empesé, est très élégant, riche, longuement élaboré. Il s'est attaqué, pour son premier roman, à un exercice difficile, à savoir le récit enchâssé dans un autre. Le conte mettant en scène -entre autres- Apostasie, occupe la moitié du roman, avant que la narration ne revienne sur Anthelme, jusqu'à la conclusion de son cheminement en compagnie de ces étranges personnages.

 

Tassy s'en sort relativement bien, on est parfois perdu dans les méandres de l'imagination tassienne, et la transition entre les deux récits n'est pas toujours fluide. De même, certains passages, notamment ceux à connotation sexuelle, ne sont pas toujours très lisibles, dans leur construction mais aussi dans leur utilité au sein du récit. C'est dommage, on sent que Tassy en a sous la pédale, et on se dit qu'il va sans doute faire mieux la fois suivante.

 

Le bilan, s'il n'est pas totalement positif, est quand même bon, eu égard à la beauté du texte, et au potentiel de l'acteur, qui fait donc un premier roman remarquable.

 

Spooky

 

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres

 

Personne ne sait exactement quand et où tout a commencé. Sur le corps des individus contaminés apparaissent des tatouages mordorés qui s’embrasent, causant la mort par combustion. Boston, Detroit, Seattle ont déjà basculé dans le chaos. Il n’existe aucun antidote. Lorsque Harper, infirmière dévouée et bienveillante, découvre les premières marques sombres sur sa peau, elle vient d’apprendre qu’elle est enceinte. Paniqué, son mari fuit.
Dans un monde en ruine, où de petites communautés se forment et des milices traquent les malades pour les exterminer, Harper est secourue par un homme capable de contrôler ce feu intérieur. Mais l’infirmière ne dispose que de peu de temps pour percer le secret de l’homme-feu, avant qu’elle et son enfant ne soient réduits en cendres...

 

Je suis un grand fan de Stephen King, et je suis également la carrière de son fils aîné, lui aussi auteur de romans fantastiques. Après Le Costume du Mort et Cornes, l'Homme-feu est son troisième roman en solo, un roman déjà remarquable par sa pagination : près de 1 000 pages en édition de poche...

 

Si l'on regarde le roman dans son ensemble, l'argument fantastique est assez ténu : dans un monde en pleine déliquescence, pour ne pas dire apocalypse, Harper croit trouver un refuge au sein d'une micro-société aux règles bienveillantes. Mais de la bienveillance à la dictature, la distance est courte, et elle sera vite franchie lorsque le patriarche de la communauté se retrouve dans l'impossibilité d'assumer ses prérogatives. Et l'infirmière va se retrouver au coeur des dissensions au sein du camp Wyndham. Seul John, un pompier un peu bravache, peut peut-être la sortir de là, lui qui semble être le seul -ou l'un des rares- à pouvoir maîtriser l'Ecaille, cette étrange maladie qui ronge puis consume -littéralement- celles et ceux qui en sont atteint(e)s...

 

Comme je l'ai déjà constaté dans ses romans précédents, Hill a un style d'écriture beaucoup plus conventionnel que son père, moins aguicheur. Mais il sait cependant faire preuve de pas mal d'imagination, lui permettant de mener à bien des pitchs intrigants. Par contre il semble avoir hérité de la fibre paternelle en ce qui concerne les longueurs, des longueurs qui au final me semblent ici justifiées. Il n'y a au final pas trop de scories, de bla-bla ou de passages inutiles. Le récit s'étire sur 9 à 10 mois, et il se passe beaucoup de choses. Hill m'a surpris : certains passages sont très bien écrits, plutôt émouvants. Ce fut une oeuvre de longue haleine ; 4 années pour réaliser ces 1000 pages. Il y fait preuve également d'une belle érudition : j'ai relevé, parmi beaucoup de références, Sur la route, de Cormac Mc Carthy, Le Seigneur des Anneaux, Harper Lee, Les Garennes de Watership Down ou encore La Servante écarlate.

 

Avec l'Homme-Feu, Joe Hill est devenu un grand écrivain.

 

Spooky

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres

Et hop, lecture d'une nouvelle jusque-là inédite en français du King.

 

Trois chemins permettent de gagner Castle View depuis la ville de Castle Rock : la Route 117, Pleasant Road et les Marches des suicidés. Comme tous les jours de cet été 1974, la jeune Gwendy Peterson a choisi les marches maintenues par des barres de fer solides qui font en zigzag l’ascension du flanc de la falaise. Lorsqu’elle arrive au sommet, un inconnu affublé d’un petit chapeau noir l’interpelle puis lui offre un drôle de cadeau : une boîte munie de deux manettes et sur laquelle sont disposés huit boutons de différentes couleurs.

La vie de Gwendy va changer. Mais le veut-elle vraiment ? Et, surtout, sera-t-elle prête, le moment venu, à en payer le prix ? Tout cadeau n'a-t-il pas sa contrepartie ?

 

Bon, je savais que King appréciait beaucoup Chizmar, qu'il citait de temps en temps dans ses préfaces, et qu'il avait sauté le pas il y a peu pour écrire un texte avec lui. Sa (mini) notice sur le site du Livre de Poche (qui publie la présente nouvelle) le présente comme l'un des éditeurs de... King, mais aussi comme un auteur de fantastique traduit dans le monde entier. En France, c'est une première, et il a fallu que King y soit associé pour que cela arrive. Pour l'anecdote c'est d'ailleurs l'écrivain de SF Michel Pagel qui s'y est collé.

 

Bref, pour en revenir à cette nouvelle, elle s'inscrit bien dans la veine de l'oeuvre de King, une fraction qui prend pied dans sa ville fictive de Castle Rock (qu'on a toujours plaisir à retrouver), et qui a surtout comme sujet le temps qui passe (oui bon, comme 80% des oeuvres de fictions), ou plutôt de la possibilité d'influer sur les conséquences de celui-ci. En effet Gwendy, jusqu'au moment où elle reçoit la boîte à boutons, est une préadolescente boulotte, à la peau ingrate, et un peu mal dans sa peau. De ce jour, tout s'améliore : elle devient jolie, très jolie, connaît une cursus puis une carrière accomplis... Elle a même la possibilité de s'enrichir grâce à cet objet si particulier. Mais elle a toujours cette crainte que, comme il le lui a dit, l'homme au petit chapeau noir ressurgisse et réclame la boîte. Celle-ci est donc devenue, au fil du temps, autant un trésor qu'un fardeau. Et la vie de Gwendy, du fait de cette dualité mortifère, va un jour basculer dans le pire des cauchemars, de la manière la plus cruelle possible...

 

Il ne s'agit pas, et de très loin, de la meilleure nouvelle de King. Elle n'est pas désagréable à lire, loin de là même, mais constitue, visiblement une sorte de cadeau fait à l'un de ses vrais amis, une collaboration un peu "fond de tiroir" (quand on pense que certains de ses "fonds de tiroir" sont devenus des bouquins énormes...) qui constitue une variation sympathique sur un de ses thèmes favoris.

 

Sympathique, donc, mais pas inoubliable.

 

Spooky.

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres

Tiens, ça faisait un moment que je n'avais lu un texte de Stephen King en VO. Le dernier ce devait être Guns.

On est dans un tout registre ici, puisqu'il s'agit d'une nouvelle, qui plus est récente et disponible gratuitement en ligne, qui nous raconte la mésaventure de Lloyd, un "jeune" retraité floridien à qui sa soeur offre un chien après le décès de sa femme, pour lui tenir compagnie, et pour qu'il ait quelqu'un à s'occuper. Or il s'avère que c'est Laurie, ce chien, puisqu'il va ainsi prénommer ce croisement de Colley et de Mudi, qui va, en quelque sorte, s'occuper de lui, et lui sauver la vie, quelque part.

Car c'est au cours d'une de ses promenades quoridiennes avec Laurie que Lloyd apprend la disparition toute récente d'un de ses voisins, et qu'il va le retrouver... Dans une situation pour le moins inattendue...

Je n'en dirai pas plus, mais sachez que comme souvent avec King, qui plus est avec le King nouvelliste, je n'ai pas pu décrocher de ma lecture, malgré ses 32 pages, avant d'aller jusqu'au bout. L'auteur, on le sait, décrit admirablement l'adolescence ; désormais, alors qu'il a fêté ses 70 ans en fin d'année dernière, il se met à parler du grand âge de façon sereine, décomplexée, mais aussi sans fard. Et encore une fois, c'est super efficace.

 

Et King m'a fait, cette fois, prendre le métro dans le mauvais sens...

 

Spooky

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres

 

Lydia Danse croit avoir enfin trouvé le bonheur du foyer. Son mari semble le meilleur des hommes. Leur jeune fils est merveilleux. Mais le Mal se cache parfois où on ne l'y attend pas, même sous son propre toit. Les années passant, la façade s'effrite. Son mari, désormais sûr de sa toute-puissance, resserre son emprise sur sa famille. Et tous les moyens de coercition sont bons, pourvu qu'ils lui procurent l'ivresse du pouvoir. Prête à tous les sacrifices, quitte à se mettre physiquement en danger, Lydia fera tout son possible pour tirer son fils de ses griffes. Mais Arthur Danse n'est pas homme à renoncer à ce qui lui appartient. Ce qu'il prend par la force, il s'y accroche et ne le lâche pas...

 

J'avais découvert Jack Ketchum un peu par hasard il y a presque 10 ans, avec Une fille comme les autres, roman qui m'a profondément marqué. A la suite d'une discussion à son sujet avec d'autres lecteurs (coucou Carole et Max), je me suis décidé à acheter et lire Fils unique, autre roman du même auteur. Sans en savoir grand-chose, seulement qu'il s'agissait d'une histoire vraie, comme l'indique la couverture de l'édition Milady en poche du roman. Et sa lecture va, là encore, me marquer.  Parce que Ketchum a, encore une fois, œuvré dans le glauque. Sans en rajouter, ou si peu, par rapport à une histoire authentique dont il parle en postface. Une histoire qui montre l'absurdité d'un système judiciaire, en l'occurrence du New Hampshire, qui prête plus de crédit à un entrepreneur qu'à une infirmière. Qui ne prend pas de principe de précaution lorsqu'il y a présomption de violences sexuelles d'un père sur son fils. Qui pousse certaines personnes aux pires extrémités pour pouvoir protéger leurs proches. Quitte à briser à jamais des vies, au propre comme au figuré. Et ce sera le cas dans ce fait divers glaçant.

 

Un bouquin de Jack Ketchum ne se termine pas bien. Mais bordel, quel écrivain c'était, puisqu'il nous a quittés en début d'année. Nous voilà prévenus popur les prochaines lectures.

 

Spooky

 

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres

 

 
Un phénomène inexplicable s’empare des femmes à travers la planète : une sorte de cocon les enveloppe durant leur sommeil et si l’on tente de les réveiller, on prend le risque de les transformer en véritables furies vengeresses.
Bientôt, presque toutes les femmes sont touchées par la fièvre Aurora et le monde est livré à la violence des hommes.
À Dooling, petite ville des Appalaches, une seule femme semble immunisée contre cette maladie. Cas d’étude pour la science ou créature démoniaque, la mystérieuse Evie échappera-t-elle à la fureur des hommes dans un monde qui les prive soudainement de femmes ?
 
 
La famille King est une famille d'écrivains. On a Steve, le père, auteur aux centaines de millions de livres traduits, vendus, adaptés, star des réseaux sociaux, fervent opposant à Trump, réalisateur, producteur de cinéma et de télévision, et même acteur. On a Joe, le fils aîné, qui suit la même voie que son père et connaît de beaux succès dans les romans et les scenarios de comics. On a Tabitha, la mère, autrice de romans policiers au succès fort confidentiel. Naomi, la fille cadette, est la seule à échapper à cette secte, elle qui est pasteur dans je ne sais quelle congrégation. Et puis on a Owen, le benjamin, qui a désormais 40 ans, et n'a à son actif qu'un recueil de nouvelles et un roman en solo. Son deuxième est co-écrit avec son père, ce qui lui vaut les honneurs des têtes de gondole et des traductions dans divers pays, dont la France.
 
On ne sait pas comment les deux auteurs se sont réparti l'écriture de ce récit, mais dans la mesure où la trame prend pied dans deux univers, ou plutôt deux dimensions d'un même univers, on peut imaginer le point de césure à cet endroit. peu importe finalement, car on ne peut pas dire que ce Sleeping Beauties restera dans les mémoires, ni chez les Kingophiles, ni dans la littérature en général, sauf pour dire qu'il a été co-écrit par le père et le fils.
 
Car même s'il est long (820 pages, et oui, c'est du King), sa lecture est assez lourde. L'intrigue se met un peu lentement en place, et se développe encore plus lentement. Il faut dire que le récit compte pas moins de 70 personnages principaux et secondaires, que l'éditeur a eu la bonne idée de lister à la fin du volume (une innovation déjà présente dans Dôme). Une profusion qui participe à un certain "réalisme" (bien sûr, quand on a une histoire qui prend pied dans une petite ville, il ne peut pas y avoir que 5 personnages...), mais comme je l'ai dit, le temps que leur situation à tous soit réglée, c'est vraiment long.

Au-delà de ce souci de longueur, c'est la qualité de l'histoire qui est en cause ; on a donc un problème mondial, avec un focus sur une petite ville, celle-là même où peut se trouver la solution à ce problème. Un monde qui se retrouve, en l'espace de quelques jours totalement privé de la moitié de sa population, pas mal comme idée de départ. Lorsqu'on comprend (enfin, le lecteur et ladite moitié) qu'elles (les femmes) sont placées en hibernation pour apparaître dans une version alternative de Dooling, en l'attente de... quelque chose, on se dit que les King père et fils ont peut-être loupé le coche. Et quand on voit la rapidité avec laquelle l'histoire se conclue, on se dit qu'ils ont foiré leur bonne idée de départ.


Car on aurait pu être dans un bon survival à la Dôme, avec des personnages aux personnalités bien trempées, avec l'élément fantastique qui sert de pivot. Et non, on a quelque chose d'assez mou, limite angélique, sans toutefois verser dans la bondieuserie. De là à dire que c'est la partie réalisée par Owen qui a fait foirer l'ensemble, c'est un pas que je ne franchirai pas, ce n'est pas le propos, et je n'ai aucune preuve concernant ce partage de l'intrigue, comme je l'indiquais plus haut. Une œuvre mineure, donc.
 
Il ne reste plus qu'à attendre The Outsider, qui paraît d'ici quelques jours aux Etats-Unis, et probablement au printemps 2019 en France...
 
Spooky

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