Vladkergan
Tous les territoires de l'imaginaire, en vitesse supra-luminique. Chroniques sur le cinéma, la littérature, les jeux, séries TV, bandes dessinées.
Vladkergan
Voilà un étrange roman...
Cela débute un peu comme un roman initatique, avec l'histoire de Simon, 25 ans, français adopté en Colombie, qui décide sur un coup de tête de partir à la recherche de ses origines pour y trouver un destin hors du commun. Une seconde partie nous met sur les traces du lieutenant-général Quesada, officier espagnol parti conquérir un empire, celui des Muiscas, dans les années 1540, dans des contrées qui deviendront plus tard la Colombie. Quant à la troisième partie, c'est elle qui jette le trouble chez le lecteur, puisque nous sommes à une époque contemporaine, mais que les pays, les institutions ne sont pas les mêmes, alors que cette société est elle aussi héritée de l'empire chibcha, dont l'ethnie muisca fait partie...
Trois parties distinctes donc, où, vous l'aurez peut-être compris, l'auteur joue le jeu délicat de l'uchronie et du paradoxe temporel. Car oui [SPOILER], la première et la troisième sont clairement deux orientations différentes d'une même histoire, deux conséquences possibles d'un évènement qui eut lieu au creux de l'Amérique latine dans les années 1540.[/FIN SPOILER]
Eric Holstein a une plume très agréable. La première partie, contemporaine, nous emmène dans une Bogota très évocatrice, peuplée de mille détails visuels, sonores et olfactifs, sur les pas d'un jeune homme un peu perdu à la recherche de son passé. Au passage Holstein a su s'emparer du sujet délicat de l'adoption (internationale) de façon aussi sobre que bien informée, au point que je me suis demandé si ce n'était pas simplement un pan de sa vie qu'il nous racontait... Un grand bravo donc pour cette partie, réellement très réussie.
L'entame de la deuxième m'avait un peu désarçonné, avec son vocabulaire qui, s'il est adapté à l'époque dépeinte (le XVIème siècle, je le rappelle), n'en était pas moins un peu chaotique. mais au bout de quelques pages l'auteur rectifie le tir, s'attachant plus à décrire l'atmosphère et les paysages que traversent ces Conquistadores dans un pays hostile. L'immersion est presque totale par moments, et je me suis pris au jeu, me demandant comment ces deux parties pouvaient s'articuler. A noter que le livre tourne autour de la légende d'El Dorado, celle d'un roi chibcha, surnommé Zipa, qui se faisait recouvrir de poudre d'or (adhérant à sa peau grâce à une résine spéciale) qui se faisait immerger dans une lagune penddant que ses sujets jetaient ors et bijoux dans cette même étendue d'eau. Une légende qui a fasciné chercheurs, historiens et auteurs...
Et puis la troisième partie, elle aussi écrite sur un ton moderne, accentue le caractère d'étrangeté de l'ensemble, il m'a fallu un peu de temps pour comprendre que le lien entre les trois parties était sous-jacent, mais complètement intime. L'articulation dans cette partie se fait grâce à un bouquin, un paradoxe temporel qui m'a rappelé un peu les ressorts du formidable roman d'Andreas Eschbach Jesus video (tiens, il faudrait que je retrouve la chronique que j'avais écrite à l'époque).
A son exercice -assez brillant par encroits-, Holstein a rajouté, via des annexes, quelques éléments donnant des clés de lecture. D'abord un article issu de la revue Histoire qui amorce le "et si..." qui sous-tend toute une partie du roman, mais aussi un lexique permettant de comprendre un certain nombre de termes muiscas, que Holstein utilise massivement. Une bibliographie, de Bolivar à Clara Rojas (oui, la secrétaire d'Ingrid Bétancourt), ainsi qu'un site-projet d'étudiants ayant tenté de reconstituer le vocabulaire muisca.
Un bouquin un peu inattendu, aux atmosphères réussies, qui mérite une belle exposition.
Spooky.
Le Dôme : personne n'y entre, personne n'en sort.
Si vous avez lu mon billet sur le tome 1, vous savez que le Dôme enserre toujours Chester's Mill, petite ville du Maine, la coupant irrémédiablement du reste du monde. Permettant à un dictateur d'opérette de faire régner la terreur dans la ville. Obligeant les habitants à jouer la seconde partie d'une tragédie en deux actes. Les morts s'accumulent, les émeutes couvent, et ceux qui pourraient mettre fin à cette mascarade -ou du moins ramener un semblant de calme- se retrouvent soit à l'ombre, soit six pieds sous terre, quand ils ont la chance d'être enterrés.
Le Dôme du titre, dont King ne parle presque plus directement pendant une bonne partie du roman, préférant se concentrer sur les conséquences de sa présence sur les résidents de Chester's Mill. Son action lente mais insidieuse, sur chacun d'entre eux. L'air, privé de vent et de pluie, devient de plus en plus malsain, en plus d'une chaleur croissante (alors que l'on est en plein automne). Certains, désespérés, décident de mettre fin à leurs jours ; d'autres sont pris d'une folie meurtrière ; d'autres encore abusent de leur position de pouvoir -instituée par le tyran à deux euros- pour commettre les pires exactions. De nombreux évènements émaillent la nouvelle vie de Chester's Mill. Des discours pompeux, des retrouvailles organisées par les autorités -les vraies- de part et d'autre du Dôme, sous l'oeil compatissant du monde entier via la télévision.
Je l'ai dit, c'est une véritable étude entomologiste que nous propose King. Chester's Mill dépasse le millier d'habitants, et même si une demie-douzaine d'entre eux représentent un véritable enjeu dans le récit, ils sont tout de même plus de 60 à interagir de façon plus ou moins importante. Pour qu'on puisse tous les suivre, l'auteur découpe son récit en chapitres courts -parfois moins d'une page, le plus souvent moins de 10- en essayant de faire avancer leurs arcs narratifs respectifs de façon presque parallèle, le plus souvent. Il y a pourtant un manque, voulu. Celui, celle ou ceux qui a/ont installé le Dôme est/sont le(s) seul(s) personnage(s) dont on ne sache rien pendant toute la durée du récit. Ou pas. Le lecteur lambda n'est cependant pas trop perdu parmi cette foule de personnages, l'auteur rappelant régulièrement, pour les personnages secondaires du moins, quelle est leur fonction ou leur statut.
Une note négative cependant, un petit carton jaune pour l'éditeur français, Albin Michel. D'abord le sous-titre présent sur les deux couvertures... Ces "Roman 1" et "Roman 2" qui ne signifient pas grand-chose, puisqu'il s'agit des deux tomes d'un seul et même roman, et que le second n'est pas compréhensible sans le premier et vice-versa. Dans le même genre, la tomaison n'apparaît pas sur la tranche des deux gros bouquins, ce qui est un peu gênant quand on les range de façon classique. Le second point un peu négatif concerne la traduction. Sans retirer à William Olivier Desmond la qualité de son travail, et ce, depuis de longues années, il me semble qu'il y a eu un peu de précipitation. Quelques fautes de frappe, d'orthographe -ce qui n'arrive JAMAIS dans une traduction de King- mais aussi des petits passages dont la compréhension est obscure. Cela n'impacte absolument pas la lecture ni la bonne compréhension de l'ensemble, mais m'a fait tiquer, ainsi que d'autres lecteurs. Des errements mineurs inhabituels, qui auraient pu être évités avec une relecture supplémentaire je pense ; si la parution des deux bouquins (1 200 pages, je vous le rappelle) avait été décalée d'un mois, je pense que cela n'aurait pas posé de problème envers le lectorat potentiel.
Dôme est donc une lecture intense, avec beaucoup de morceaux de bravoure, qu'ils concernent une foule immense, un jeune garçon au bord de la mort ou deux junkies croyant se faire les messagers de Jésus. King manie à merveille l'exercice dramatique, et les pages que j'ai tournées sont riches en émotion. La fin est bien sûr importante, et elle laissera sans doute beaucoup de lecteurs frustrés, mais je ne dirai pas pourquoi, sinon je vous dévoilerais tout, alors que le but de mon double billet est justement de vous inciter à lire ce pavé. Deux fois 22 euros, c'est une grosse dépense, mais le plaisir de lecture est bel et bien là. Le King est bel et bien de retour.
Spooky.
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Tout comme je me fais de temps en temps des "sessions" Tolkien, il arrive que parfois je me retrouve à lire plusieurs ouvrages d'un même auteur. En ce moment c'est Stephen King qui y a droit, puisqu'après avoir achevé la lecture de l'adaptation de La Tour sombre en comics (ou plus exactement l'adaptation de l'un des arcs narratifs de cette série), je me suis lancé dans la lecture d'American Vampire, premier comic spécifiquement écrit par le King. Et puis, actu oblige, j'ai attaqué la lecture de Dôme, son énorme diptyque de 1 200 pages dont les premiers échos ont été assez positifs. Par exemple l'ami Shanaa, lui aussi kingophile devant l'Eternel, en dit le plus grand bien sur son blog. N'ayant pas la prétention d'en parler aussi bien que lui, je vais tout de même tâcher de vous en toucher deux mots.
Imaginez Chester's Mill, petite ville tranquille du Maine, mais typique des villes à la King, comme la défunte Castle Rock, qui est d'ailleurs voisine de ladite localité. c'est à dire avec des habitants ayant souvent des blessures secrètes, des vices cachés, des politiciens véreux, des commerçants honnêtes ou pas. Une petite ville qui du jour au lendemain, sans crier gare, se retrouve entièrement isolée du reste du monde par un dôme transparent mais impossible à percer. Du coup la petite société qu'est Chester's Mill va devoir se réorganiser, les ennemis d'hier vont devoir collaborer, plusieurs drames vont faire prendre conscience aux habitants que l'heure est grave... La ville est donc mise sous cloche, et cette micro-société va donc devoir évoluer, survivre, avec ses forces et ses faiblesses, et peut-être, qui sait, un ver dans le fruit...
J'ai dévoré ce premier tome. 630 pages en une semaine, je crois que je n'ai plus fait ça depuis plus de 15 ans. Le King est de retour avec ses tripes et son stylo (ou son clavier) d'enfer. Le roman est d'une extrême maîtrise, on y retrouve beaucoup de choses qui font que l'auteur a été le plus vendu au monde pendant je ne sais combien d'années. On retrouve plus ou moins l'ambiance du cycle Castle Rock (titre officieux et purement de mon invention), c'est à dire un univers se réduisant presque à une petite ville de quelques milliers d'habitants, de nombreux personnages dont les destins vont se croiser, pour le meilleur et peut-être pour le pire (surtout pour le pire, avec King, c'est souvent le cas), un dosage parfait entre passages introspectifs et pures scènes d'action (il y a une scène d'émeute dans ce premier tome, par contre je l'ai trouvé moins réussie que celle, dramatique au possible, mettant en scène le jeune Rory Dinsmore). Pour que l'on ne s'y perde pas (trop), l'auteur (ou l'éditeur) a eu la bonne idée de mettre en début de l'ouvrage la liste des personnages (il y en a plus de 60) qui interviennent peu ou prou dans l'intrigue ; il y a également un plan de la ville de Chester's Mill.
En résumé, ce premier tome est l'un des meilleurs jamais écrits par Stephen King, renouant avec les thrillers horrifiques de la grande époque. A bientôt pour une chronique du second volet du diptyque.
Spooky.
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Nous sommes en 1920. La littérature fantastique est un peu en sommeil. Les derniers auteurs marquants sont HG Wells (qui écrit encore à cette époque, mais ses récits trop politisés ont perdu de l'intérêt) et Bram Stoker. Kafka et Lovecraft viennent toiut juste de sortir leurs premiers romans marquants, mais le vide est presque sidéral car ce dernier par exemple, ne sera quasiment pas publié de son vivant. C'est dans ce contexte que s'inscrit le roman de David Lindsay, un classique inconnu du grand public, et qui pourtant mérite le détour à titre historique.
Londres, années 20. Au cours d'une séance de spiritisme, un étrange personnage fait soudain irruption dans la pièce au moment même où se matérialise le spectre, qu'il « tue » sans autre forme de procès. Pour toute explication, il invite Maskull, l'un des assistants, à le suivre jusqu'à son observatoire et lui propose de l'envoyer, à bord d'un étrange vaisseau de cristal, sur une planète où il pourra rencontrer le « maître de tout ».
Ainsi commence pour Maskull, catapulté dans un décor d'une beauté inouïe, parmi les êtres les plus improbables, une aventure qui va d'heure en heure à la fois l'éclairer sur lui-même et épaissir le mystère de sa présence en ces lieux.
Un voyage au fond de l'âme humaine, un classique de la littérature anglaise, l'œuvre d'un authentique génie visionnaire.
La conquête spatiale n'est pas encore au goût du jour, et Lindsay, comme beaucoup d'écrivains de son temps, ne peut proposer un habillage technologique au voyage de ses personnages ; ainsi le voyage vers Acturus, ou plutôt le transfert, est-il vite expédié en quelques lignes d'une vacuité très compréhensible, l'auteur se concentrant sur la découverte de la planète Tormance, qui tourne autour d'Arcturus. Sa faune et sa flore exotiques. Ses habitants aussi, si particuliers... Lindsay intègre d'ailleurs un élément intéressant dans l'interaction avec ses personnages : une forme d'échange biologique et morphologique que je n'ai jamais lue ailleurs... Maskull est catapulté dans un monde étrange, étranger, il se retrouve en quête d'une figure divine, et au cours de son errance il va croiser des personnages qui vont influer sur sa façon de percevoir les choses, sa façon de penser la sexualité, son rapport à la musique, à la vie... Au fin fond de l'univers, Maskull va peut-être se trouver, lui, au lieu de trouver la vérité...
Voyage en Arcturus est une lecture dense, parfois ardue, à la limite de la métaphysique par moments. Merci à Herveline de m'avoir donné envie de lire ce livre, c'est un classique très intéressant et désormais difficile à trouver...
Spooky
Son nom est Pete Caldecott. Elle n’a que 16 ans quand elle rencontre Jack Winter, un mage charismatique qui l’initie au monde de la sorcellerie. Mais un esprit invoqué par Jack le tue devant les yeux de Pete… enfin c’est ce qu’elle pensera pendant toute son enfance. Devenue détective au Scotland Yard, Pete enquête sur le kidnapping d’une jeune fille dans les rues de Londres. Un informateur à des indices pour la police, mais lorsque Pete le rencontre, elle découvre que ce dernier n’est autre que Jack. Il n’est plus que l’ombre de lui-même, mais il sait où sont les kidnappeurs : ils se cachent dans le monde magique des faés. Bien qu’elle ait passé de nombreuses années à essayer d’oublier le monde surnaturel, elle ne peut que suivre Jack dans le royaume invisible des faés, où elle espère découvrir la vérité sur l’enlèvement, et sur ce qui est arrivé à Jack, 10 ans auparavant.
Me revoilà à lire de la bit-lit, alors que mes premières lectures dans ce sous-genre ne m'avaient pas laissé que des bons souvenirs. C'est en fait l'interaction de l'héroïne avec l'univers des faés qui m'avait interpellé au départ, et incité à ouvrir ce bouquin à la maquette séduisante. Nous suivons donc les aventures d'une fliquette britannique, qui se retrouve avec un amour d'adolescente qu'elle croyait mort, à enquêter sur des disparitionsqui auraient à faire avec un monde parallèle, un monde que l'on ne peut pénétrer que par la magie. Ca tombe bien, l'ancien amour en question est un mage, il connaît bien les ennemis de Pete, et elle-même va se découvrir des ressources insoupçonnées. Menée tambour battant dans une Londres qui semble recéler nombre de recoins sombres, l'enquête nous emmène à Whitechapel, entre autres, un lieu chargé de symbolisme. Caitlin Kittredge, écrivain américain, nous propose donc un dépaysement contemporain, avec des personnages modernes, ainsi qu'un aperçu du vaste univers de la magie, enfin de certaines formes de magie.
Ca se lit bien, sans grand effort, on a du plaisir à suivre ces deux héros... Cependant je ne suis pas sûr de lire la suite, je préfère un fantastique plus classique. Mais si vous êtes amateur de bit-lit, ce livre est fait pour vous !
Spooky.
Oui, vous ne rêvez pas, ce titre est réel. Tout comme l'Orgueil et préjugé de Jane Austen a été détourné en Orgueil et préjugé et zombies, nous avons là une icône de l'époque victorienne (ben oui !) dont l'histoire est détournée.
Tout part en effet de l'idée que le monde est truffé de démons, de succubes, de sang-mêlés de tout ça, parfois à leur insu, et que la Cour britannique des années 1830-1840 n'y fait pas exception. Victoria, nièce du roi qui vient de succomber à la maladie, accède donc au trône du pays le plus puissant du monde, sans savoir qu'elle aura à combattre des ennemis très particuliers. L'occasion pour l'auteur A.E. Moorat, de son vrai nom Andrew Holmes, de nous emmener des boudoirs secrets de Buckingham Palace aux bas-fonds de la Londres constamment dans le brouillard, en passant par le célèbre asile d'aliénés de Bedlam, où se tiendront plusieurs scènes-clés de l'intrigue.
Victoria, jusqu'alors jeune princesse un peu écervelée, qui confie ses névroses d'adolescente (genre elle n'aime pas la soupe à la tortue) à son journal intime, va découvrir tout le poids que lui confèrent sa charge et son statut. Y compris un complot visant à prendre le pouvoir à sa place, par des moyens occultes. Mais la frêle jeune femme va se découvrir des ressources insoupçonnées, que l'auteur explique assez habilement, et se révéler une bretteuse hors pair, entre les mains de son Protekteur, une personne attachée à sa protection rapprochée. Le bouquin comporte de nombreux combats à l'épée, habilement chorégraphiés, par moments j'avais presque l'impression d'assister à des combats entre Jedis :)
L'auteur prend quelques libertés avec la réalité historique, certains évènements sont détournés, mais cela ne gêne pas le récit, qui procure de délicates orgies de zombies, ou encore quelques situations ambigües entre membres du Parlement, valets et soldats. A noter que nous suivons, outre Victoria, un aristocrate, Lord Quimby, qui emploie à son service un mort-vivant qui ne pourrit pas, et dont les aventures sont l'occasion de situations aussi grotesques que délectables.
Bref, une découverte assez sympa, et j'espère découvrir d'autres récits de cet auteur.
Spooky.
Robin Hobb est connue, mondialement, pour des sagas d'heroic fantasy dont la plus célèbre est l'Assassin royal. Mais il lui arrive de faire des infidélités à son genre fétiche, en utilisant le pseudo de Megan Lindholm. Mais comme les éditeurs mettent les deux noms sur la couverture, ça ne sert pas à grand-chose.
Alien Earth raconte l'épopée de deux humains, John et Connie, qui voyagent à bord d'une créature-vaisseau, Evangeline. Alors qu'ils arrivent au bout de leur contrat de transport de matériaux miniers, la compagnie Terra Affirma leur propose une mission à haut risque, en même temps qu’une opportunité incroyable : retourner sur la Terre, que les Humains ont évacuée des millénaires auparavant, pour tenter d’y retrouver une capsule-temps, et déterminer si les conditions atmosphériques permettraient d’y implanter la vie. C’est lorsque la planète était au bord de la mort biologique, étouffée par sa propre pollution, que des extraterrestres, les Arthroplanes, avaient orchestré ladite évacuation. Depuis les hommes étaient devenus des créatures plus modestes, vivant dans des atmosphères artificielles, prenant garde à ne pas briser l’harmonie biologique et écologique sur les lointains systèmes de Castor et Pollux, ou vivant dans les replis de la chair des Aniles, ces immenses animaux cosmiques contrôlés comme un troupeau de bovins par les Arthroplanes.

Bien sûr, le voyage vers la Terre des origines va bouleverser à jamais la vie des deux humains, mais aussi remettre en question la condition des anilvaisseaux.
Robin Hobb est plus à l’aise dans le fantasy, cela se sent assez vite. Car Evangéline n’est pas décrite une seule fois, même lorsque les Humains la voient de l’extérieur. L’auteure reste délibérément dans le flou, se contentant de suggérer certaines parties de son corps, souvent parce qu’elles ont une utilité réelle. Même chose pour Tug, l’Arthroplane qui vit comme un parasite dans l’Anile. Mais cela importe peu, au final, car Megan Lindholm a suffisamment de talent pour éviter cet écueil et nous conter son histoire, enfin pour la mener là où elle le souhaite. Faire un roman initiatique, une sorte d’éveil à la conscience de trois, non quatre personnages –mais pas forcément ceux que je vous ai cités- au contact ou à l’approche d’un monde redevenu virginal. L’auteure essaie de nous montrer la beauté, la poésie de la nature, telle qu’elle serait si nous ne tuions pas notre monde à petit feu. Elle y parvient –partiellement. La partie se déroulant sur Terre –car oui, ils y parviennent, bien sûr, après des dizaines d’années de voyage rendues possibles car les deux humains en ont passé la plus grande partie en transommeil- manque donc d’épaisseur, d’ampleur dans les évocations, dans la contemplation. C’est là que réside le principal défaut de ce roman.
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Car dans l’ensemble, Lindholm s’en sort bien, c’est bien écrit, et cette qualité d’écriture fait passer la pilule du huis clos (sur 80% du roman on a juste les dialogues entre les deux humains entre eux ou avec Tug, ou les interactions de celui-ci avec l’Anile) sans trop de dommages. D’ailleurs cet aspect huis clos emmène les personnages sur les chemins de l’introspection, et ça marche plutôt bien, mis à part un ou deux passages un peu étranges. De même, pour l’avant-dernière séquence, on évite de peu le ridicule, le dérapage incontrôlé, pour finir sur une note poétique, finalement bien vue.
Au final Alien Earth est un roman de space fantasy plutôt agréable à lire, un huis clos spatial tout en délicatesse et quasiment juste. Amateurs de hard SF et de batailles cosmiques, passez votre chemin !
Spooky.
Le nom d'Herbert George Wells réveillera quelques échos chez certains d'entre vous. La Guerre des Mondes, L'Homme invisible, L'Ile du Dr Moreau, La Machine à explorer le temps... Autant de classiques de la science-fiction qui ont créé des éléments essentiels du genre. Même plus de 100 ans après son oeuvre reste d'une grande modernité et ne cesse d'étonner et d'inspirer. Au temps de de la comète est un roman plus tardif, écrit dans les premières années du XXème siècle, après que l'auteur ait amorcé un virage essentiel dans son oeuvre. En effet, même si l'aspect social (dans l'Homme invisible notamment) était déjà présent -souvent en filigrane- dans ses oeuvres les plus connues, ses écrits d'après 1900 se font plus politiques et didactiques. Celui-ci n'échappe pas à cette tendance.
Nous sommes donc en 1905. L'Angleterre connaît l'un des pires moments de son histoire, avec les grèves ouvrières et les tensions avec l'Allemagne. Concomitamment un évènement cosmique retient l'attention : une comète a fait son apparition dans le système solaire, et devrait frôler la Terre d'après les calculs des Astronomes. Le récit se concentre sur William Leadfeld, un jeune commis qui courtise une jeune femme de bonne famille depuis de nombreuses années. Mais un beau jour celle-ci s'enfuit avec un jeune aristocrate, ce qui provoque la fureur et des envies de meurtre chez le jeune homme, socialiste de surcroît. Ne voyez aucune malveillance dans la dernière partie de ma phrase, mais Wells place ce positionnement politique au coeur de son récit. C'est l'occasion de décrire l'état de décrépitude de l'Angleterre, tant au niveau social que politique, et de faire la promotion du marxisme, alors en pleine expansion en Europe. Sur le fond, ce n'est pas inintéressant, mais rapidement le discours politique lasse. Et puis on se demande ce que ça vient faire dans une histoire de comète...
[SPOILER]Eh bien figurez-vous que ce cher Willie pressentait un changement de grande ampleur avec la crise économique et sociale. Mais ce changement survint plus brutalement et de manière inattendue. Pendant que les flottes britannique et teutonne en décousent sur la Mer du Nord, que lui-même est sur le point de comettre l'irréparable grâce à une arme à feu payée avec ses derniers deniers, le vagabond céleste frôle l'atmosphère terrestre, et son passage modifie l'équilibre des gaz. Irrémédiablement. Transformant l'air en une sorte d'euphorisant. Ainsi, après un évanouissement planétaire, tous les êtres se réveillent débarrassés de toute idée noire, de toute envie de querelle, la colère disparaît complètement des sentiments possibles. Bien sûr, leur mémoire n'est pas effacée, ils se souviennent de leurs vies antérieures, mais n'ont aucune envie de s'y replonger. [/FIN SPOILER]
Ainsi donc, non seulement il n'y a plus d'élément fantastique ou science-fictionnesque (mise à part la comète, qui est plutôt une sorte d'image du marxisme), mais Wells nous propose là une utopie... N'étant pas trop à l'aise avec ces notions, je ne m'avancerai pas sur la validité de celle-ci, mais je dois dire qu'en tant que lecteur lambda je n'ai pas été enchanté par ma lecture, la balance social/action penchant énormément d'un côté.
Spooky.