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...:::Ansible:::...

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Tous les territoires de l'imaginaire, en vitesse supra-luminique. Chroniques sur le cinéma, la littérature, les jeux, séries TV, bandes dessinées.

livres

Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres

 

Ne vous fiez pas à la couverture très "bit-lit" de ce roman, car le contenu contredira très vite cette imagerie.
En effet nous sommes dans un récit très classique, où les personnages troubles sont vite visibles, où les chasseurs de vampires sont relativement naïfs, où les ailes de la nuit sont toujours porteuses de mauvaises aventures.



Allemagne, fin du XIXème siècle. La sortie peu d'années auparavant du roman Dracula de Bram Stoker, a secoué l'Europe. Pourtant son sujet, les vampires, n'est pas une fiction. Gérald de Lacarme, jeune érudit français épris de surnaturel, doit remplacer au pied levé son père qu'un vieil ami teuton a appelé au secours. En effet sa maisonnée semble être en proie à une malédiction à laquelle les saigneurs de la nuit ne seraient pas étrangers. Lorsqu'il arrive, Gérald ne rencontre que Marion, l'une de leurs deux filles, dont la beauté égale le comportement énigmatique. Sa soeur jumelle, Charlotte, est elle clouée au lit par une anémie quasi mortelle en plus d'être handicapée par une cécité congénitale. Gérald finira par découvrir la nature du mal qui ronge la demeure et ses habitants, mais le combat laissera des traces... 

 

Le Mal en la demeure est le premier roman d'un jeune auteur, Stéphane Soutoul, passionné par le fantastique et les récits vampiriques en particulier. On sent l'influence d'oeuvres comme Dracula (cité dans les premières pages) pour le déroulement de l'intrigue ou les films de la Hammer pour le manque de nuances parfois. Cela plante le récit dans cette tradition classique dont je parlais plus haut. Mais le point intéressant est que ce récit s'inscrit dans un cycle plus large, où une famille (les Lacarme) voue sa vie au combat contre les forces de ténèbres, ce qui laisse présager plusieurs romans aux héros différents, mais aux liens familiaux ou affectifs très forts. A ce titre, la nouvelle (De simples souvenirs...) qui complète le récit principal sert de passerelle avec la suite, ce qui est un procédé original et bien mené, cette nouvelle révélant plus de dynamisme que le récit principal. Le roman n'est pas exempt de menus défauts, telle une petite propension à la logorrhée parfois, alors qu'une concision aurait apporté plus d'efficacité. Ou encore, par endroits, une certaine défaillance dans la correction des fautes d'orthographe, un défaut pas insurmontable mais gênant.




Il y a tout de même de la qualité. Stéphane Soutoul écrit bien, son style, bien qu'ampoulé par moments, permet de bien saisir les sentiments des personnages, ou de comprendre l'action lorsque celle-ci s'emballe, ce qui n'est pas toujours le cas dans des récits fantastiques. L'auteur a visiblement voulu toucher le public le plus large possible, et l'objectif est atteint, il n'est nul besoin d'avoir des connaissances dans le genre vampirique pour bien saisir le récit. Comme l'auteur se positionne sur un créneau classique, certains diront "basique", la lecture est plaisante et accessible. L'idée d'utiliser le tissu familial comme point de départ et soutien de l'intrigue est intéressante, il ne reste qu'à bien la développer dans les récits suivants.

 

 

Spooky.

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres

 

La Ferme des Animaux fut finalisé en février 1944 mais seulement publié en août 1945. La faute en incombe à la guerre qui opposait alors les puissances des Alliés à celles de l'Axe. L'Angleterre, en pleine lutte contre le Toisième Reich, ne voulait pas affaiblir son allié d'alors, l'URSS. Car cet apologue est en réalité un pamphlet assez éloquent contre le régime soviétique d'alors.


En effet, beaucoup d'éléments nous mettent la puce à l'oreille. Si l'emblême du drapeau de la Ferme, un sabot et une corne superposés, qui rappelle fortement le drapeau soviétique (un marteau et une faucille sur fond rouge), peut-être que le second indice vous mettra sur la voie. Le chant révolutionnaire évoque bien entendu l'Internationale. Ainsi certains événements d'apparence anodine feront référence au passé historique de l'ex URSS. Par exemple, la rivalité qui oppose Boule de Neige et Napoléon est l'équivalent animalier de la lutte Trotsky-Staline qui se termina par l'exil du premier.


D'autre part, chaque animal représente un concept ou un groupe de personnes. Ainsi on pourra voir en Malabar, le cheval, l'allégorie du stakhanoviste qui a une confiance aveugle, dans n'importe quelle circonstance, au soviétisme et en son chef. Les moutons quant à eux symbolisent la masse des endoctrinés qui n'ont d'autre rôle que de faire taire les contestataire en répétant inlassablement des slogans qu'ils ne comprennent absolument pas. Les révolutionnaires Bolcheviks sont eux représentés par des cochons (représentation pas si innocente), s'accaparant graduellement le pouvoir et les richesses.


A travers l'histoire de l'URSS, il est intéressant de noter la manière dont Napoléon/Staline s'accapare progressivement le pouvoir, revisite l'histoire, établit le culte de la personnalité et arrive à maintenir ses sujets dans un état de plus en plus dramatique alors qu'il s'enrichit en parallèle. Mais en établissant l'allégorie de la montée du régime soviétique, Orwell montre que les nobles idéaux de départ sont oubliés en route au profit du confort des dirigeants. En effet, les sept commandements de l'Animalisme seront retouchés en cours de route, dans la plus obscure clandestinité, pour se voir à la fin totalement remodelée.


GiZeus.

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres

 

Matheson signe ici un roman qui se démarque de la production habituelle de mort-vivants. Son récit a la particularité de former un huis-clos très prenant, où le lecteur est pratiquement en tête à tête avec le héros. Mais peut-on traiter Neville de héros, tant Matheson s'attache à rendre son personnage humain, avec ses doutes, ses craintes et ses faiblesses. Loin d'être un récit d'action, Je suis une légende est un récit posé, où les réflexions de Neville occupent une part importante du roman. On suit ainsi la progression de cet homme ordinaire, dernier survivant sain d'esprit de la grande pomme maintenant rongée par les vampires.


Matheson tente également une approche intéressante en ce qui concerne le vampirisme. En prenant à contre-pied les poncifs du genre, il nous propose une interprétation scientifique de ce phénomène. Malheureusement, à moins d'avoir quelques notions de biologie, vous n'en piperez pas grand mot, même si les passages explicatifs se veulent plutôt concis et relativement éloignés d'un traité de médecine.

Mais le grand intérêt de ce livre, au-delà de l'aspect psychologique déjà captivant, réside dans l'étude de la nature humaine et des relations entre minorité et majorité. A travers l'opposition manichéenne, ou du moins que l'on considère comme telle durant une grande partie, c'est véritablement une réflexion du libre arbitre qui transparait, gardant pour la fin une révélation évidente qui se veut fracassante. Ce qui n'empêche pas Matheson de conclure sur une note shakespearienne troublante.


S'il ne fallait retenir que l'essentiel, c'est que ce roman aurait pu faire un flop. Mais c'était sans compter sur le talent narratif de Matheson qui parvient à conjuguer scènes banales et ennuyeuses au plaisir de lecture. La tentative d'explication du vampirisme est intéressante malgré son côté un peu trop abscons, mais on regrettera surtout une réflexion qui aurait pu être plus poussée.


GiZeus.

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres

Qu'est donc Janua Vera ? Rien dans l'introduction ou dans le développement ne semble élucider ce titre énigmatique, aux consonances harmonieuses. Nous opterons pour le nom secret du Vieux Royaume, que Jean-Philippe Jaworski, au travers des huit nouvelles proposées, tentera de nous initier. L'auteur, apparemment un grand fan de jeu de rôles puisqu'il est le créateur de deux JdR déjà (Te Deum pour un massacre, et Tiers Âge), réussit brillamment son coup. Bien qu'on soit dans un premier temps surpris par sa prose si délicate, on finit par accrocher aux histoires qui nous sont narrées avec tant de talent.

En effet, la plume de Jaworski est décidément exquise. Elle effleure le verbe, caresse le papier et stimule nos sens. Jaworski brode comme un maître tisserand, il emploie des fils d'or, d'argent et de multiples autres teintes exquises, qu'il s'amuse avec passion à coudre ensemble, pour former au final un motif majestueux. Et clairement, quand je dis qu'il brode, c'est à prendre également au figuré. Car sous les frusques étincelantes, se cache la plupart du temps une histoire peu haletante, qui sous la plume d'un autre eut souffert d'un développement moins harmonieux. Oui, les histoires ne sont pas toujours passionnantes. Ca traîne même en longueur. Mais ce rythme paresseux de l'auteur est voulue, il souhaite nous faire profiter de son style inimitable, décrivant avec un souci du détail les environnements, les changements d'état, les micro-variations.


En revanche, dès que la scène s'anime et que les protagonistes passent à l'action, l'immersion enveloppe encore un peu plus le lecteur de son manteau brodé, et ainsi calé, bien au chaud, le spectateur ne peut que vivre l'action qui se déroule sous ses yeux. Moult détails et gestes anodins poussent le lecteur à plonger en apnée sous l'écriture délictueuse de Jarowski. Tout comme les paysages alentours, les faciès et comportements sont longuement étudiés et fidèlement rendus. Il faut reconnaître à l'auteur, en sus de sa narration exemplaire, une maîtrise très poussée du français et de termes désuets. C'est surtout à propos des vêtements que l'on notera une minutie époustouflante, de locutions peu parlantes, mais finalement si immersives.


Mais le lecteur que je suis déplorera par instants le manque de dialogues, qui auraient certainement dynamisé le récit. En effet, il y a peu de dialogues dans Janua Vera. Le style est éminemment rapporté, ce qui n'exclue pas une psychologie plutôt réussie des protagonistes. Mais le point de vue omniscient peut parfois lasser, et l'on souhaiterait alors plus de discours léchés comme il nous en est parfois servis. Car à l'instar du reste, les rares échanges sont très réussis. Mais j'ai parfois eu l'impression d'être en décalage avec les personnages et la narration. Par exemple, l'introspection omnisciente d'un barbare m'a donné une idée plutôt intelligente du guerrier, alors qu'il s'avère plutôt benêt, des dires du narrateur. A l'opposé, quand Jaworski raconte des batailles (celle de Kaellsbruck en particulier), on ne peut être que captivé par le réalisme de la situation. De même, lorsqu'il s'essaie brièvement à l'humour, il réussit avec brio à mixer histoire et malice.


Cependant, il est dommageable que les nouvelles ne bénéficient pas d'une histoire plus attirante. Non pas qu'elles soient fades, mais si on extirpe les faits en eux-mêmes, les histoires n'ont rien d'exceptionnel. Certaines comme celle de l'assassin sont vraiment réussies, et d'autres un peu moins, comme Le Conte de Suzelle, beaucoup plus prévisible. A ce titre, les deux nouvelles narrées à la première personne m'ont le plus plu, bien que Le Confident, dernière nouvelle du recueil, ne fasse qu'une trentaine de pages. Et il semble que Benvenuto, l'assassin que l'on rencontre dans Mauvaise Donne, la meilleure nouvelle selon moi, soit le protagoniste de la suite de ce très bon livre introductif du Vieil Empire. Au vu des critiques, il y a des chances pour que Gagner la guerre soit de meilleur niveau que Janua Vera, qui, rappelons-le, est le premier livre de Jean-Philippe Jaworski. Chapeau l'artiste pour ce premier essai, d'entrée transformé, surtout aux yeux d'un piètre admirateur de la Fantasy.


Du très bon divertissement, et peut-être un auteur qui me fera épisodiquement zieuter sur ce genre dont je ne suis pas le plus fervent défenseur.

 

GiZeus.

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres

 

En 1992 a été célébré le centenaire de JRR Tolkien. A cette occasion les Editions Glénat (spécialisées en BD, mais pas que) ont décidé de proposer un échantillon de ce que les illsutrateurs ont produit de mieux pour mettre en images l'univers de l'oeuvre fictionnelle du Professeur. S'attachant principalement à ses trois oeuvres majeures, à savoir Le Silmarillion, Bilbo le Hobbit et Le Seigneur des Anneaux, le recueil propose donc des illustrations en regard des passages romanesques auxquels ils correspondent. Neuf illustrateurs de talent, parmi lesquels les plus connus John Howe, Alan Lee et Ted Nasmith (les deux premiers ayant participé à l'élaboration des décors de l'adaptation au cinéma), figurent donc au sommaire, leurs dessins étant classés de façon "chronologique" en suivant l'ordre narratif des ouvrages précités.


Des puissantes représentations du côté sombre des terres du Milieu de John Howe, aux mystères évocateurs d'Alan Lee ; des délicieuses peintures de Michael Hague aux visions étranges et intrigantes de Roger Garland ; de la simplicité engageante du travail d'Inger Edelfeldt à la complexité et au réalisme dramatique de Ted Nasmith, Le Monde de Tolkien parcourt toutes les Terres du milieu. (texte de l'éditeur)


Les styles étant disparates, il est évident que certains ont la préférence du lecteur ; personnellement, outre les trois cités, mais j'ai également découvert à cette occasion le travail d'Inger Edelfeldt, illustrateur suédois. En illustration ci-dessous, je vous mets une reproduction de la vision de Fondcombe, la cité elfique (Rivendell en VO), un chef d'oeuvre de détails et d'ambiance au sein d'un paysage de totue beauté. Vous pouvez retrouver ces illustrations dans les différentes éditions des ouvrages de Tolkien, certains recueils comme celui que je viens de citer, ou bien dans les Calendriers Tolkien qui étaient édités dans les années 1970 à 1990. A ma connaissance cela n'existe plus. Si je remets la main sur les miens, je vous en toucherai deux mots...


Spooky.



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Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres

 

Mister Bliss est l'une des oeuvres les moins connues de John Ronald Reuel Tolkien ; à côté de son cycle d'Arda, déjà largement évoqué sur le présent blog, et les Lettres du Père Noël, se situe donc ce Monsieur Merveille (Mister Bliss en VO). Il s'agit d'un conte que le Professeur a écrit pour ses enfants dans les années 1930, et qui est resté inédit jusqu'en 1982 où il a été publié aux Etats-Unis. Il a fallu attendre 2009 pour voir une édition française à La Mercurie. Cette édition se veut aussi fidèle que possible à l'oeuvre originale, puisque se trouvent en regard un fac-similé des pages d'origine (avec l'écriture de Tolkien et les illustrations qui les accompagnent) et la traduction française. Laquelle est vraiment fidèle, puisque souvent la fin d'une page intervient au milieu d'une phrase et que l'éditeur français respecte ces césures.


C'est l'histoire d'un drôle de bonhomme, Monsieur Merveille, qui porte des hauts de formes vraiment très hauts, et qui un jour décide d'aller acheter une voiture ; ce n'est que le début d'une longue aventure qui va l'amener à croiser une bande d'ours, des frères un peu couillons, un âne sympathique et plus encore...

 

Ce fut pour moi une nouvelle découverte, un nouvel ouvrage de Tolkien oscillant entre qualités narratives indéniables et jolies aquarelles au style un peu naïf. Cependant le conte, qui tient sur 50 pages, m'a paru un peu longuet, et les péripéties parfois un peu téléphonées. Mais souvenons-nous que c'était un conte pour enfants comme on en faisait des tonnes entre les deux guerres, et que souvent les mondes réels et contemporains (ici, la voiture, par exemple) étaient mêlés sans vergogne à des éléments plus spécifiques aux contes (les trois ours, etc.). La lecture ne fut pas désagréable, mais moins intéressante que Roverandom par exemple, qui se situe un peu dans la même veine. A noter la présence dans ce livre d'une créature inventée, le lapirafe, un lapin avec un cou de girafe, qui causera bien des soucis à Monsieur Merveille. Une jolie création, qui aurait peut-être mérité d'avoir ses propres aventures...


Je vous mets ici le commentaire de l'éditeur sur son site, curieusement absent du bouquin, alors qu'il éclaire un peu l'écriture du conte :

 

« Mr. Bliss » est la dernière grande histoire, hormis « Bilbo le Hobbit », que Tolkien ait écrit pour ses enfants. Il semble que « Mr. Bliss » lui ait été inspiré par ses mésaventures au volant de son automobile achetée en 1932. Tolkien a en effet eu une voiture avant la guerre, puis l'a abandonnée.

Par ailleurs, un récit différent a été rapporté par Mme Michael Tolkien (l’épouse du fils de J.R.R. Tolkien) dans une lettre au Sunday Times : « Ce livre a été écrit en 1928 pour les trois garçons du professeur. (…) Mon mari (…) avait alors 8 ans, et les trois ours incarnent les peluches qu'ils possédaient tous trois. Archie, celui de mon mari, a duré jusqu'en 1933. Il n'est pas non plus sans intérêt de savoir que la voiture conduite par « Mr. Bliss » s'inspire d'un jouet - avec chauffeur - qui était alors le préféré de Christopher. Mon mari se rappelle clairement l'histoire qui lui a été contée et qui se trouve dans un cahier de devoir de vacances, au titre de Dragon School (Oxford) à l'été 1928 ». La lecture merveilleuse de ce livre nous invite dans un monde où Tolkien a en effet donné la vie aux jouets : la voiture, les oursons, le lapirafe.

Il est difficile de dater de façon exacte la rédaction de ce texte. La seule certitude est que le livre a été achevé avant la fin 1936. « Mr. Bliss » est si évidemment conçu et réalisé comme une unité qu'il a dû être exécuté sur une courte période, les vacances estivales probablement, quand Tolkien était libéré d'une grande partie de ses contraintes universitaires.

La complexité du coloris de « Mr. Bliss » a retardé sa publication ! En 1936-37, Allen et Unwin étaient fort désireux de publier l'ouvrage. Seulement le coût requis pour la séparation des couleurs, pour la photographie, fixait le livre à un prix de revient que le marché ne pouvait pas supporter. Tolkien fut donc prié de redessiner les illustrations, en plus large et en trois couleurs seulement - sans compter le noir. L'éditeur se débrouillerait pour une séparation à la main. L'auteur répliqua : « Trois couleurs ? Quel fléau ! Le vert est essentiel et les ours exigent du brun ! » Placé face à cette éventualité, il ne trouva pas le temps d'effectuer le travail. Finalement une édition en fac-similé fut éditée en 1982, neuf ans après la mort de l'auteur qui en était venu, sur le tard, à n'aimer plus « Mr. Bliss » que comme une plaisanterie, et refusait toute publication...


Spooky.

 

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres

 

 

 

C’est en lisant la chronique plutôt enthousiaste de mes amies de la librairie Soleil vert que j’avais rajouté ce titre sur l’une de mes innombrables et légendaires listes de bouquins à lire. Et comme je suis toujours à la recherche de « vieux » ouvrages qui valent le coup de la lecture, celui-ci m’intéressait doublement.

Bien sûr, Le Scarabée ça ne vous dit rien comme titre. Son premier défaut est d’être sorti à peu près à la même époque qu’n monument de la littérature fantastique, le Dracula de Bram Stoker. Si le chef-d’œuvre vampirique n’avait pas été publié en même temps, nul doute que Le Scarabée aurait connu un vif succès. A l’instar de son illustre confrère il mêle une sorte d’enquête policière à des éléments fantastiques.

 

Ce roman prend pied dans la Londres de son époque, une ville pas tout à ,fait débarrassée des effets du fameux smog, et au carrefour de nombreuses croyances et cultures en cette période victorienne qui n’en finit d’ailleurs pas d’inspirer les auteurs plus d’un siècle plus tard. Ce roman fait preuve de beaucoup d’originalité ; en premier lieu le choix de changer de narrateur à chaque grande partie (le roman en compte quatre), ce qui permet d’avoir un récit avec une sensibilité mouvante au fil des pages. Seconde originalité, ou plutôt première vraie surprise, il y a pas mal d’humour distillé dans le récit ; entre la fille qui rabroue son père à une époque où les femmes commençaient à prendre leur indépendance, et de multiples scènes volontairement cocasses, il y a de quoi sourire au fil des pages. L’auteur propose ainsi une histoire profondément moderne, avec une écriture sans affectation, jouant habilement entre action échevelée et introspections parfois surprenantes. C’est en cela également qu’il aurait pu avoir plus de succès. Car un siècle plus tard ce roman n’a pas pris une ride, ou presque, et pourrait se passer de nos jours en ajustant simplement certains éléments. Le dernier quart du bouquin est une poursuite effrénée, sous la houlette d’un détective, l’humour est encore plus présent, à tel point qu’on a même quelques regrets à quitter certains des personnages du roman quand survient la fin, qui elle est un peu précipitée. En sus se trouve un épilogue que j’ai trouvé étrangement étranger à l’histoire, comme s’il avait écrit par quelqu’un d’autre…

 

Mais au fait, de quoi ça parle ? Eh bien tout simplement d’une sorte de complot qui semble prendre Paul Lessingham, brillant député de la Chambre des Communes, basé sur des éléments égyptologiques. Le Scarabée du titre, sans trop en dévoiler, semble être une créature métamorphique aux intentions peu louables, mais encore nébuleuses sur une bonne partie du roman. Sachez seulement que la mythologie égyptienne antique est présente sans tenir une place trop importante, et que l’auteur compense sa probable méconnaissance du sujet par des artifices intelligents.

 

Un classique inconnu à recommander à tous les amateurs de littérature fantastique victorienne.

 

Spooky.

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres

[Réédition et révision d'un article du 30 mars 2006]

 

Personnellement, j'ai découvert Stephen King à l'âge de 16 ans, sur les conseils d'un camarade de classe. Très vite, il est devenu l'un de mes auteurs préférés, même si je reconnais que sa plume n'est pas toujours aussi altière que je le souhaiterais. Je vous invite donc à le découvrir...


A l'heure où j'avais écrit la première version de ces lignes (mai 2003), Stephen King a annoncé qu'il allait mettre un point final à sa carrière d'écrivain. Cela signifiait alors qu'il faudra probablement attendre 2006 ou 2007 pour voir apparaître son ultime oeuvre littéraire sur les étals des librairies. Il est vrai que l'"Horrorus Rex" a inondé le marché mondial de ses romans éléphantesques, la plupart du temps caractérisés par des sujets horrifiques (sur une large palette), un langage très argotique parfois et une présence active du sexe. Des éléments qui ont amené les critiques "grand public" à considérer son oeuvre comme de la sous-littérature clinquante, à tel point que les gens se cachent lorsqu'ils lisent du King, même dans le métro !

 

Parti de rien (King père abandonnera sa femme, aide ménagère, et ses deux fils lorsque Stephen a 2 ans), l'écrivain de Bangor, dans le Maine, est devenu, par la force des mots, l'écrivain le plus lu dans le monde. Son style très visuel lui a permis d'être également l'un des auteurs les plus adaptés au cinéma et à la télévision (une trentaine de films, téléfilms et mini-séries à ce jour). Parmi ces adaptations, je citerai Carrie (Brian de Palma, 1977), Shining (Stanley Kubrick, 1980), Misery (1992), Les Evadés (Frank Darabont, 1995), Stand By Me (Rob Reiner, 1987)... King en a profité pour jouer dans certaines de ces adaptations des petits rôles, et même de passer à la réalisation avec le catastrophique Maximum overdrive (1986).


Je l'ai dit, King a annoncé sa retraite artistique.


Pourtant, chaque année au mois de février, l’éditeur Albin Michel sort invariablement un Stephen King. En 2006, c’est Cellulaire qui est sorti. En 2007, Histoire de Lisey. En 2009, Duma Key. Et cette année un recueil de nouvelles a vu le jour. Force est de constater que l'auteur n'a aps encore réussi à s'arrêter... A cette occasion, voici une bibliographie commentée puis quelques ressources. Les dates données sont celles de la première édition en France, qui diffère parfois de beaucoup de l'édition originale aux USA.

 

1976 : Carrie : roman. Adapté au cinéma dans un film très impressionnant par Brian de Palma (1977) ; avec Sissy Spacek dans le rôle-titre. l'histoire d'une jeune fille rudoyée par ses camarades de classe qui prend sa revanche de façon sanglante...

 

1979 : Shining : roman. Intéressante variation sur les maisons hantées et la plongée dans la folie, le film de Stanley Kubrick (1980, avec Jack Nicholson), a complètement dénaturé le propos de King.

 

1977 : Salem : roman. Sympathique roman sur le vampirisme.


1980 : Danse Macabre : recueil de nouvelles. Très bon recueil, peut-être le meilleur de King.

 

1981 : Le Fléau (édition complète et augmentée en 1991) : long roman.  Adapté pour la télévision en 1997 par Mick Garris, avec Gary Sinise en vedette. A également connu une adaptation en comics, actuellement en cours de publication en France. Dans un monde ravagé par une pandémie, les survivants se regroupent autour de deux personnages emblématiques et charismatiques.

 

1982 : Cujo : roman. Une terrifiante histoire d'un chien rendu fou par la rage inoculée par une chauve-souris. A été adapté (assez moyennement) au cinéma en 1983 par Lewis Teague.


1983 : Creepshow : recueil de nouvelles et de bandes dessinées. Adapté au cinéma en 1982 par Georges A Romero.

 

1983 : Dead Zone : roman. Excellent roman d'ambiance, portant sur la montée de l'extrême-droite aux USA. Adapté avec bonheur la même année au cinéma par David Cronenberg, avec Christopher Walken en vedette.


 1984 : Christine : roman. Adapté en 1983 au cinéma par John Carpenter. L'histoire d'une Plymouth Fury 1958 hantée. Le roman est nettement plus efficace que le film. Les belles voitures hantées ou dotées de pouvoirs particuliers sont un motif récurrent dans les oeuvres de King. L'une des facettes du rêve américain révélée dans toute son horreur, en quelque sorte.

 

1983 : Simetierre : roman. Adapté dans un style assez réaliste par Mary Lambert pour le cinéma en 1989. Cette histoire de morts qui reviennent à la vie est proprement terrifiante, car faisant appel aux peurs les plus anciennes...

 

1984 : Charlie : roman. Oeuvre intéressante sur la psychokinésie et la pyrokinésie. Adapté au cinéma la même année par Mark L. Lester.

 

1986 : Différentes saisons : recueil de nouvelles. Regroupe quelques oeuvres de jeunesse de King.

 

1986 : Peur Bleue / La Nuit du Loup-Garou : roman/scénario. Une histoire de lycanthropie peu réussie.

 

1986 : Le Talisman des Territoires : roman. Une vaste saga sans queue ni tête...

 

1987 : Chantier (sous le nom de Richard Bachman) : roman. Descente vers la folie meurtrière d'un homme seul qu'une expropriation menace de mettre à la rue...

 

1987 : Brume : recueil de nouvelles. On y retrouve certaines des meilleures productions de l'auteur, plus régulier dans cet exercice que dans celui du roman. A noter que la novella qui donne son titre au recueil a fait l'objet d'une bonne adaptation au cinéma 20 ans plus tard.

 

1987 : La Peau sur les Os : roman. Ecrit sous le pseudonyme de Richard Bachman, cette histoire de malédiction indienne ne suscite que peu d'intérêt, tout comme son adaptation cinéma, réalisée en 1996 par Tom Holland.

 

1988 : Ca : roman Adapté en mini-série par Tommy Lee Wallace en 1990, avec Tim Curry. L'histoire d'un groupe de gamins confrontés à des peurs anciennes... Je vous renvoie vers l'excellent article de Shanaa sur ce bouquin qui représente peut-être le sommet de l'oeuvre de King. 

 


1988 : Running Man (sous le nom de Richard Bachman) : roman. Adapté au cinéma par Paul Michael Glaser en 1987, avec Arnold Schwarzenegger. Une oeuvre de science-fiction mineure, très mineure.

 

1989 : Marche ou crève : roman. L'une des oeuvres méconnues du King, qui se cachait alors derrière le pseudo de Richard Bachman. Pourtant une histoire très efficace, assez prenante.

 

1989 : Les Tommyknockers : roman. Oeuvre moyenne sur les extraterrestres, qui donna lieu à un assez bon téléfilm en deux parties (1995, réalisé par John Power).

 

1989 : Misery : roman. Une histoire d'amour qui conduira à la mort, avec dans l'adaptation de Rob Reiner (1992), une incroyable Kathy Bates.

 

1990 : Rage : roman. Une oeuvre crépusculaire, pleine de désespoire t d'enfance en colère... Paradoxalement, bien qu'écrit sous son pseudo de Richard Bachman, peut-être l'une de ses meilleures productions...

 

1990 : La part des Ténèbres : roman. Un roman très fort sur le romancier et sa part d'ombre... A fait l'objet d'une adaptation en 1992 par Georges A. Romero.

 

1991 : Minuit 2 / Minuit 4 : recueils de nouvelles.

 

1991 : Le Pistolero (La Tour Sombre 1) : recueil de nouvelles formant un roman. Le début d'une longue, très longue saga de fantasy, sorte de fil rouge de l'oeuvre de King. a été adapté en comics, dont la publication est en cours en France.

 

 


1991 : Les Trois cartes (la Tour Sombre 2) : roman. Suite de la saga...

 

1992 : Terres perdues (La Tour Sombre 3) : roman.

 

1992 : Bazaar : roman. Adapté au cinéma sous le titre Le Bazaar de l'Epouvante en 1993 par Fraser C. Heston, avec Ed Harris. l'histoire d'une petite ville livrée à la zizanie meurtrière sous l'égide d'un étrange boutiquier... Ce roman a une place assez centrale dans l'oeuvre de King.


1993 : Dolores Claiborne : roman. Adapté au cinéma en 1995 par Taylor Hackford, avec une incroyable Kathy Bates dans le rôle-titre. L'un des rares récits non-fantastiques de King. A lire en résonance avec Jessie.

 

1993 : Jessie : roman. Un roman mineur, inadaptable à l'écran (l'héroïne passe les 9 dixièmes du livre en petite culotte, enchaînée à son lit...). A lire en résonance avec Dolores Claiborne.

 

1994 : Rêves et cauchemars : recueil de nouvelles. Recueil assez bon de quelques oeuvres de jeunesse mêlées de nouvelles plus fraîches...

 

1994 : Insomnie : roman. Une étonnante histoire portant sur les trouble s du sommeil. Un roman méconnu.

 

1996 : Les Yeux du Dragon : roman Un incroyable conte, que King a é c rit au départ pour sa fille, Naomi.


 1995 : Rose Madder : roman. Une oeuvre mineure.

 

1995 : Anatomie de l'horreur / pages Noires : essai. Très intéressant essai sur la littérature fantastique.

 

1996 : Désolation : roman. Western contemporain écrit en résonance avec Les Régulateurs.

 

1996 : Les Régulateurs (sous le nom de Richard Bachman) : roman. Western contemporain écrit en résonance avec Désolation.

 

1996 : La Ligne Verte : roman-feuilleton. Une histoire sur le milieu carcéral (un des motifs récurrents chez King), très bien écrite et haletante. King maîtrise très bien l'exercice difficile du feuilleton. A été adapté avec succès et talent au cinéma (en 1999) par Frank Darabont, avec l'oscarisé Tom Hanks.

 

1997 : Magie et Cristal (La Tour Sombre 4) : roman.

 

1999 : La Tempête du Siècle : scénario. A été adapté en 1999 par Craig R. Baxley.

 

1999 : Sac d'Os : roman. Oeuvre difficile d'approche sur l'esclavagisme au 19ème siècle...

 

2000 : La Petite fille qui aimait Tom Gordon : roman. King traite là l'un de ses sujets favoris, l'enfance. Une curiosité.

 

2001 : Coeurs perdus en Atlantide : recueil de nouvelles et novellas réunies en ensemble romanesque. La guerre du Vietnam a profondément traumatisé les Américains. Le King de l'horreur donne ici sa vision de ce phénomène (de mode ?). Oeuvre touffue, brouillonne, qui trouve des échos dans La Tour Sombre et Le Talisman. A été adapté en 2001 au cinéma par Scott Hicks, avec Anthony Hopkins.

 

2001 : Ecriture : essai. A la suite d'un accident de voiture dont il est victime, l'Horrorus Rex écrit sur sa condition d'écrivain et d'homme. Une oeuvre forte, assez éloignée de sa production habituelle. Incontestablement un tournant dans sa carrière d'homme et d'auteur.

 

2002 : Dreamcatcher : roman (adapté au cinéma en 2002 par Lawrence Kasdan, avec Morgan Freeman en vedette). Une histoire d'extraterrestres très pessimiste reprenant certains des thèmes privilégiés de King : traumatisme enfantin, communauté d'amis, horreur viscérale (à tous points de vue). Un roman mineur cependant.

 

2002 : Territoires (avec Peter Straub) : roman.

 

2003 : Tout est Fatal : recueil de nouvelles. Un ensemble assez plaisant regroupant des nouvelles écrites par King depuis 10 à 15 ans.

 

2004 : Roadmaster : roman. Des Buick, il y en a partout... Celle-ci sera votre pire cauchemar.

 

2004 : Les Loups de la Calla (La Tour Sombre t.5) : roman.

 

2005 : Le Chant de Susannah (La Tour Sombre t.6) : roman.

 

2005 : La Tour Sombre (La Tour Sombre t.7) : roman. Son cycle de La Tour Sombre achevé, King aborde la dernière partie de sa carrière. Il a annoncé travailler sur une adaptation de son cycle (en fait, un prequel) en bandes dessinées pour les Editions Marvel.

 

2006 : Cellulaire : Roman. Si votre portable sonne, surtout ne répondez plus. L'enfer est au bout de la ligne.

 

2007 : Histoire de Lisey : roman. Curieuse évocation de la création littéraire et des peurs de l'enfance, souvent intimement liées. Un peu verbeux cependant.

 

2008 : Blaze : roman. un fond de tiroir nerveux, mais à l'intrigue assez pauvre, contant l'histoire d'un simple d'esprit décicant de faire un dernier "coup" avec le fantôme de son complice...


2009 : Duma Key  : roman. Très verbeux, ce roman reprend cependant des motifs qui caractérisent l'oeuvre actuelle de King : l'art pictural, la Floride et le pouvoir des rêves.


2010 :  Juste avant le crépuscule  : recueil de nouvelles. Ce recueil marque le retour de King à l'un des exercices qu'il préfère, le format court.

 

2011 : Dôme : Un énorme roman en deux parties. Très très prenant, du grand King.

 

2012 : Nuit noire, étoiles mortes  : un recueil de longues nouvelles assez réussies.



Spooky.

 

EDIT du 26 juillet 2011 : Un blog qu'il est très bien sur le King.

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres

 

[Réédition d'un article du 30 mars 2006]

 

Voici donc le dernier ouvrage de Stephen King, qui porte sur un phénomène de société très actuel, le téléphone portable. Précisons, comme le fait l’éditeur en toute fin d’ouvrage, que l’auteur ne possède pas de téléphone portable. Il est donc fort probable, comme tous les réfractaires le pensent, que c’est un fléau. Ce terme est à prendre à la lettre, puisque c’est (presque) le rôle tenu par le portable dans ce roman.

Boston, une belle journée de fin d’été. Clayton Riddell, auteur de comics, sort de chez un éditeur, avec lequel il vient de signer un juteux premier contrat. Il s’arrête pour prendre une glace, quand soudain le monde devient littéralement fou autour de lui. Une adolescente, qui vient de décrocher son portable, se jette soudain sur sa copine, l’égorgeant à pleines dents. Dans la rue, d’autres personnes semblent prises de démence, se sautent dessus, s’étripent… Avec un regard mort, et une attitude de zombie. Clayton, avec quelques autres, réussit à échapper momentanément à cette folie meurtrière. Rapidement, il s'aperçoit que la cause de tout ça est le réseau de téléphonie portable. Tout portable décroché semble délivrer un signal qui transforme toute personne normale en « siphonné » totalement hors de contrôle. Une sorte de virus informatique, qui efface les cerveaux comme des disques durs d’ordinateur, ne laissant qu’une couche originelle de données, celle de l’homme totalement sauvage. Mais comme dans un ordinateur, les données ne sont pas totalement irrécupérables, et les cerveaux se reprogramment lentement, pour devenir… autre chose. 

 

Je vous vois venir. King nous refait le coup de Dreamcatcher, où l’histoire tient sur deux idées, le reste n’étant qu’une bouse monumentale. Cellulaire n’est certes pas le meilleur bouquin de King, mais quand même pas le pire non plus. Malgré ses grosses ficelles, ses choix de vocabulaire douteux (deux hommes appellent une adolescente « ma chérie », « ma puce », alors qu’il n’y a pourtant aucune ambiguïté sexuelle entre eux), King retrouve quand même un peu de sa fibre de raconteur d’histoires, qui a fait des merveilles dans des bouquins comme La Ligne verte ou Misery. Mais juste un peu. Parce que ses personnages sont un peu sans âme, et que la fin est plutôt mauvaise. C’est dommage, car le sujet valait le coup d’être bien traité par le maître du suspense. Rien que le titre originel, Cell, proposait déjà de belles pistes : Cell signifie à la fois « cellulaire » (= téléphone portable), mais également « cellule » (de prison). Cette dichotomie méritait mieux que cette resucée du Fléau (errance de survivants, visions fondamentales dans les rêves, chef charismatique des « méchants », mâtinée de films de zombies à la Romero. Romero qui est d’ailleurs un grand ami de King (ils ont travaillé ensemble sur plusieurs films).

 

Comme pas mal d’auteurs en mal d’inspiration, King fait donc dans le référentiel, voire l’auto-référentiel. Son histoire, si elle commence à Boston, se termine dans le Maine, au lac Kashwakamak, une région déjà explorée dans un de ses romans. Mais même la description de la région manque d’épaisseur. Vieillissant, Stephen King ? Probablement. Il faudrait peut-être qu'il prenne sa retraite...

 

Spooky.

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres

 

Le Maître est-il de retour ?

La réponse est oui, du moins en partie. Après l’accident qui avait failli lui coûter la vie en 1999, Stephen King s’est remis à l’écriture de nouvelles, un exercice dans lequel il a excellé (relisez le recueil Brume pour vous en convaincre).

Il faut dire qu’au niveau des romans ce n’était pas vraiment la joie ces dernières années, entre le verbeux et mineur Duma Key, le fond de tiroir Blaze, le raté Cœurs perdus en Atlantide, le verbeux (encore) Histoire de Lisey... Cellulaire manque aussi d’épaisseur. Ca me fait penser que je devrais rééditer un articlé écrit il y a 4 ans sur l’auteur et son œuvre…

 

Seul Roadmaster fait figure d’exception, c’est un roman très prenant et terrifiant comme je les aime.

 

Just after Sunset renoue donc avec les plus grandes heures de King, celles que le grand public ne connaît pas, sinon au travers de films souvent réussis, tels The Mist, Chambre 1408 (même si ce dernier est assez moyen au final) ou encore Stand by me. Ici nous avons 13 nouvelles, presque toutes écrites depuis 10 ans, à l’exception d’une, publiée il y a une trentaine d’années dans Cavalier mais curieusement jamais reparue en recueil. C’est d’ailleurs celle qui fait le plus « old school », l’histoire d’un chat démoniaque capable de provoquer un accident de voiture pour assouvir sa haine. Pas la plus faible du recueil, mais pas du tout la meilleure non plus. Les nouvelles sont de longueur variable, d’une dizaine à une soixantaine de pages, le tout comptabilisant 400 pages. On peut constater des motifs récurrents dans ces écrits. Plusieurs se passent en Floride, comme le roman Duma Key, l’auteur y passant visiblement une partie de l’année depuis la fin des années 1990. Alors que dans sa grande époque presque tout se passait dans le Maine. On ne décrit bien que les lieux que l’on connaît par cœur, semble-t-il.

 

Exit les récits parlant de l’enfance, la plupart du temps les héros sont des hommes d’âge mûr, voire à la retraite. Là encore, l’auteur fait une transposition de sa propre situation, lui qui a 63 ou 64 ans. Comme il le rappelle dans des notes en fin de recueil, il continue d’écrire, mais en ayant en tête ce qui le terrifie le plus : se trouver coincé dans des toilettes de chantier (sur un chantier abandonné), la vie après la mort (ce qui donne une nouvelle que j’aime bien, au contraire de l’auteur), la dégradation de la santé au travers de maladies telles Alzheimer, les TOC… "Le Rêve d’Harvey", par exemple, est une courte histoire mêlant Alzheimer et prémonitions, assez bien menée même si la toute fin me semble un peu faiblarde. Aire de repos pose cette question fondamentale : si, lorsque vous vous arrêtez sur une aire d’autoroute déserte, vous êtes le témoin sonore d’une dispute conjugale qui risque de tourner très mal, que faites-vous ? Parfois une décision peut entraîner des conséquences très surprenantes… Une autre histoire nous emmène dans l’imaginaire d’un peintre (comme dans Duma Key) qui décide un beau jour de perdre beaucoup de poids et qui pour cela s’astreint à des séances de vélo d’appartement tous les jours. Son imaginaire est cristallisé dans les tableaux qu’il peint, qui racontent une histoire et qu’il conçoit tout en pédalant. En fait c’est plus subtil que cela, mais difficile à retranscrire.

 

La nouvelle Laissés-pour-compte comble un manque dans l’œuvre de King en tant qu’auteur populaire américain. En effet il n’avait jamais évoqué la tragédie du 11 septembre 2001. Tous les grands auteurs l’ont, d’une façon ou d’une autre, évoquée dans leurs œuvres. Lui choisit le petit bout de la lorgnette, en nous parlant d’objets appartenant aux personnes disparues, et qui semblent animés d’une vie propre… Je ne vais pas détailler toutes les histoires, mais sachez que certaines, relevant plus de la dictée que de l’écriture, selon les termes de King lui-même, ne sont pas forcément meilleures que celles qui sont plus élaborées. J’ai tout de même adoré la dernière, qui renoue avec une certaine forme de paranoïa horrifique. En résumé, si vous êtes amateur du genre, jetez-vous sur Juste avant le crépuscule, plus des deux tiers des récits vaut le coup !

 

 

Spooky.


 

NB : l'image proposée en illustration est la jaquette complète du livre.

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