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Tous les territoires de l'imaginaire, en vitesse supra-luminique. Chroniques sur le cinéma, la littérature, les jeux, séries TV, bandes dessinées.

livres

Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres
Une lumière éclatée

Voici donc la traduction d'un texte majeur d'une spécialiste de Tolkien, initialement publié en 1983 et révisé une vingtaine d'années après. J'étais curieux de le lire.

 

L'édition revue et agrandie de Splintered Light, une étude classique de la fiction de Tolkien, parue en 1983, examine Le Silmarillion et Le Seigneur des Anneaux à la lumière de la théorie linguistique de la fragmentation du sens d'Owen Barfield, émise dans son ouvrage Poetic Diction. Flieger démontre l'utilisation qu'a faite Tolkien du concept de Barfield tout au long de sa fiction, montrant comment l'image centrale de la lumière première, diffractée puis réfractée, est une métaphore des langues, des peuples, et de l'histoire de la Terre du Milieu.

 

J'atéais très curieux de lire cet essai, considéré comme l'oeuvre d'une des plus éminentes spécialistes de Tolkien, laquelle a pu la réviser en 2003. Je m'attendais à une lecture dense, peut-être difficile, mais j'étais loin du compte sur certaines parties... L'idée de départ est que Tolkien a été inspiré, de manière consciente ou pas, par les écrits de son ami Owen Barfield, qui fut, tout comme lui, l'un des premiers Inklings, ce cercle littéraire dont Tolkien et CS Lewis furent les membres les plus éminents. Celui-ci a théorisé l'idée selon laquelle le langage et l'écriture sont intimement liés. Partant de là, et avec l'idée que Tolkien a voulut mettre le motif de la lumière sur son oeuvre de fiction, Verlyn Flieger a décidé d'analyser celle-ci, et en particulier sa poutre maîtresse, le Silmarillion. Par une analyse de l'étymologie des noms des elfes, par exemple, par l'importance donnée à l'origine des peuples de la Terre du Milieu, Verlyn Flieger donne à comprendre bien plus que la partie immergée de l'iceberg tolkienien qu'est le Seigneur des Anneaux, elle donne un aperçu alléchant, mais un peu aride, de la forêt qui se cache derrière l'arbre du Hobbit.

 

Au final Une lumière éclatée ne m'a pas forcément aidé à comprendre Tolkien, comme l'indique le sous-titre de l'ouvrage, mais celui-ci constitue tout de même une référence, de par notamment son analyse approfondie de l'étymologie.

 

Spooky

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres

Attention, ce tome 2 (le quatrième de la série de romans) fait directement suite à La Chute du Gouverneur. je vous engage donc à lire ce roman avant de lire ma chronique, qui va être "bourrée" de spoilers.

 

A la fin du tome précédent, donc, Michonne avait laissé le Gouverneur pour presque mort, lui ayant -entre autres- énucléé un oeil et coupé le bras et les parties intimes avec son katana. Il va être retapé par Bob, ancien infirmier de l'armée et poivrot notoire. Pendant sa convalescence Lilly va reprendre la gestion de Woodbury en mains, montrant ses capacités en la matière, tout en gérant la douleur intime qui grandit en son sein. Malgré ses doutes au sujet des motivations et de la santé mentale du maître de la ville, elle va tout mettre en oeuvre pour qu'il revienne au pouvoir, et l'aider à se venger de celle et de ceux qui en ont fait une épave ambulante.

 

C'est le fameux épisode, raconté dans les comics du point de vue de Rick and Co, de l'attaque de la prison. Celui-ci nous est raconté dans les moindres détails, toujours du point de vue du Gouverneur et de Lilly. Un long passage plein de bruits, de fureur, une véritable tragédie.

 

Une fin et un commencement, comme le pensera Lilly. Ce qui amène le lecteur à se demander si ce tome 4 va être le dernier de la série, ou si Jay Bonansinga va poursuivre son oeuvre, de qualité. Oui, de qualité, car au fil des pages, il a fait preuve d'un gros talent de conteur, réussi à nous faire aimer Lilly et presque apprécier Philip Blake, alias le Gouverneur, y compris dans sa lente descente vers la folie. Un questionnement d'autant plus légitime que la fin du roman, même si elle marque la disparition d'un personnage essentiel, est assez ouverte, et pourrait être le prélude à un nouveau cycle...

 

L'opus comporte en outre une nouvelle nous ramenant à l'époque où le Gouverneur débarque, de façon fort peu discrète, à Woodbury. Une fois encore, très nerveuse et rythmée, cette nouvelle.

 

Spooky

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres

 

 

Thomas et les autres survivants regretteraient presque la vie dans le Labyrinthe. Ils avaient de la nourriture, un abri et une certaine sécurité... Mais un évènement inattendu les amène à sortir. Or le monde qu’ils découvrent à l’extérieur a été ravagé par l’apocalypse. La terre est dépeuplée, brûlée par les éruptions solaires et par un nouveau climat ardent. Plus de gouvernement, plus d'ordre… et des hordes de gens infectés en proie à une folie meurtrière qui errent dans les villes en ruine.


Au lieu de liberté, Thomas et les autres se trouvent confrontés à une nouvelle épreuve imaginée par le WICKED. Ils doivent traverser la Terre Brûlée, la zone la plus dévastée, pour atteindre un refuge sans doute paradisiaque. Mais l'atteindront-ils à temps malgré tous les obstacles qui se dressent sur leur route ?

 

Changement radical de décor pour ce deuxième épisode mettant en scène Thomas et ses amis de circonstance. Alors qu'ils semblaient avoir trouvé une sorte d'abri avec des opposants au WICKED, ils se retrouvent à nouveau livrés à eux-mêmes, et obligés, après la visite d'un homme mystérieux, de marcher pendant plusieurs jours sur une terre désolée, et asséchée par un soleil aveuglant. Ce tome 2 est une suite de séparations, de retrouvailles, de rencontres, de trahisons... Mais il est un cran au-dessous du premier tome, on imagine que le final permettra de relever le niveau...

 

Spooky

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres

 

 

Sacrée découverte dans un grand restaurant de Blankenberge, sur la côte belge : le corps sans vie d’une (très jolie) femme au fond d’un vivier à homards. Sur sa fesse gauche, un mystérieux tatouage, la lettre M en caractère runique, emblème d’un groupuscule d’extrême-droite. Le commissaire Van In et le fidèle Versavel se lancent sur ses traces pour se retrouver au cœur d’une véritable guerre entre catholiques intégristes, cellules islamistes et néo-nazies…

 

Dans le cadre de ma découverte du polar dans tous ses états (et ses Etats), j'ai croisé la route de cet auteur flamand, qui place l'action de ses romans dans Bruges, très belle ville que je vous recommande en passant. Mais comme toutes les grandes villes, elle peut abriter des meurtres sordides, et ceux qui sont décrits ici n'ont rien à envier à d'autres cas célèbres (ou pas). On découvre les bas-fonds de la Venise de Nord, on se balade en voiture ou à pied (après tout, c'est plutôt petit) avec Van In et Versavel, parfois flanqués d'Hannelore, l'épouse du premier et juge d'instruction de son état. Van In boit plus que de raison, souvent de la Duvel, fume clope sur clope (mais essaie d'arrêter) et n'hésite pas à reluquer les jolies femmes que les hasards des enquêtes placent sur son chemin, fussent-elles suspectes. Son adjoint Versavel est lui gay, boit très peu d'alcool, et essaie de servir de bonne conscience à son collègue et ami, sans toutefois y arriver véritablement.

 

L'écriture de Pieter Aspe, qui livre ici son 15ème roman consacré à Van In, a une plume rapide, alerte et non dénuée d'humour, surtout lorsque Van In est placé face à ses démons. On découvre un peu l'actualité sociale en Belgique, notamment au travers de la montée de l'Extrême Droite. A noter que le mot Belgique n'est présent qu'à seulement une ou deux reprises dans le texte, l'auteur parlant surtout de Flandre occidentale. Je trouve toutefois qu'il ne va pas assez en profondeur, qu'il pourrait être encore plus dynamique et acerbe, que ce soit concernant le commissaire ou les intrigues policières qu'il développe. C'est dommage, car la ville de Bruges doit permettre à de vrais récits empreints de noirceur de se développer. De plus la fin de ce roman m'a parue un peu trop précipitée, la conclusion tenant en un paragraphe ou presque. J'y reviendrai sans doute, toutefois, car les personnages sont sympathiques.

 

Spooky

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres

 

L'univers d'Arda, créé par Tolkien, a suscité beaucoup de fanarts, d'imitations, et stimulé l'imagination de nombre de créatifs. Parmi eux, Tim dedopulos, auteur britannique qui a aussi oeuvré dans les champs des jeux de rôle, de l'archéologie, l'anthropologie, le vaudou, le paranormal...

 

Dans ce recueil il propose plus de 150 énigmes prenant pied au sein de la Terre du Milieu. Celle-ci sont de tous niveaux, de facture relativement classique, entre calculs de distances, de poids, de quantités, etc, mais aussi de la graphologie runique, des charades, de la logique... Un peu de diversité, donc, même si sur 150 énigmes, certaines se ressemblent. Comme je l'indiquais, certaines sont assez compliquées, d'autres plutôt facile, il y e en a pour tous les goûts. j'en ai résolu quelque-unes, mais n'étant pas forcément un spécialiste de l'exercice (ni un matheux), certaines m'ont laissé circonspect. Les pages sont illustrées de très belle manière, par des artistes non crédités, l'éditeur ayant visiblement passé un contrat avec des banques d'images.

 

C'est toujours un plaisir de passer du temps en Terre du Milieu, y compris pour se triturer un peu les méninges. Tim Dedopoulos fait au final peu référence à l'oeuvre même de Tolkien, peu de personnages de l'oeuvre native sont cités.

 

Au final, une lecture ludique, un ouvrage fort agréable à feuilleter, à picorer.

 

Spooky

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Publié le par Ansible
Publié dans : #Livres



Sorti il y a 10 ans, l'occasion est belle de remettre en lumière ce monument...

Conseillé par d’autres fans d'univers de science-fiction ambitieux, La Horde du contrevent (Editions La Volte et Folio SF) est une vraie claque.


Imaginez une Terre poncée, avec en son centre une bande de cinq mille kilomètres de large et sur ses franges un miroir de glace à peine rayable, inhabité. Imaginez qu’un vent féroce en rince la surface. Que dans les villages qui s’y sont accrochés, avec leurs maisons en goutte d’eau, les chars à voile qui la strient, les airpailleurs debout en plein flot, tous résistent. Imaginez qu’en Extrême-Aval ait été formé un bloc d’élite d’une vingtaine d’enfants aptes à remonter au cran, rafale en gueule, leur vie durant, le vent jusqu’à sa source, à ce jour jamais atteinte : l’Extrême-Amont.


Mon nom est Sov Strochnis, scribe. Mon nom est Caracole le troubadour et Oroshi Melicerte, aéromaître. Je m’appelle aussi Golgoth, traceur de la Horde, Arval l’éclaireur et parfois même Larco lorsque je braconne l’azur à la cage volante. Ensemble, nous formons la Horde du Contrevent. Il en a existé trente-trois en huit siècles, toutes infructueuses. Je vous parle au nom de la trente-quatrième : sans doute l’ultime.

Ca n'a pas l'air de grand-chose, mais à partir de ce décor et de ces quelques personnages, Alain Damasio va nous proposer un roman à la fois surprenant et inoubliable. Sa Horde est donc composée au départ de 23 membres, tous différents, avec leurs aptitudes, leurs caractères propres. La première bonne idée est d'en faire, à tour de rôle et suivant les besoins, le narrateur de l'histoire. Mais plutôt que de nous les présenter de façon scolaire, il nous les décline au cours d'une sorte de spectacle vivant donné par la Horde et orchestrée par Caracole, le conteur-troubadour, lorsque nos Hordiers croisent la route d'un gigantesque bâtiment remontant le vent à la force des moteurs. Caracole, un personnage vraiment exceptionnel, qui met en exergue la verve rhétorique de Damasio au travers de plusieurs scènes d'anthologie, dont une joute oratoire d'un niveau exceptionnel. Caracole, dont l’identité réelle est une énigme, lui qui semble entretenir une relation intime avec son environnement.

 

Mais il y a bien sûr d'autres personnages incroyables dans cette Horde, en premier lieu Golgoth, le Traceur, celui qui décide de la voie à suivre pour son groupe, celui qui resserre les rangs, parfois à coups de dents, sans vergogne et avec une volonté inébranlable. J'aime beaucoup Sov, le Scribe qui retranscrit toute l'équipée sur le carnet de contre, une tradition qui a permis à chaque Horde de profiter des leçons de ses devancières. Damasio a composé un groupe d'une diversité qui n'égale que sa complémentarité, avec par exemple une guérisseuse, une feuleuse, capable de faire jaillir une flamme même sous la pluie battante, un combattant-protecteur... Je ne ferai pas le catalogue de tous les personnages, mais chacun a un rôle bien particulier dans l'histoire.


Le destin (et la raison d'être) de la Horde est donc de remonter le vent afin de trouver sa source, le fameux Extrême-Amont. Elle va donc croiser de nombreux obstacles, aux formes variées, parmi lesquelles les moins étonnantes ne sont pas les chrones, ces créatures qui semblent manipuler le temps de façon très diverses. A ce titre, le véramorphe est l’une des créatures les plus géniales de la littérature mondiale ; son impact sur le temps est très particulier. Le temps est d'ailleurs le thème central du roman, car le temps est mouvement, et le mouvement est la vie.

 

La Horde du Contrevent est le récit du choc entre deux mouvements, celui, constant, éternel, tout-puissant, du vent, et celui, plus ponctuel, timide et discontinu, de la Horde. Les hordiers se battent, luttent malgré les coups du sort pour continuer leur route. Damasio utilise et décline le thème du temps, inventant de nouveaux paradoxes, trouvant des trous d’air au milieu des rafales. Par moments, on tutoie le magistral, le solennel… L’auteur utilise aussi toutes les ressources de la langue française pour faire rendre les armes au lecteur. Langage de haut niveau, parfois technique, il invente souvent des néologismes, des mots-valises pour faire avancer son récit. Et pas besoin d’un lexique pour comprendre ce qu’il se passe. C’est là encore dans le rythme, l’utilisation du temps que cela se passe : certaines scènes d’action se déroulent très vite, à d’autres il vaut mieux se poser pour bien comprendre une déclamation… Juste sublime.

 

Oh, et encore une utilisation –à ma connaissance- inédite de l’objet-livre, mais aussi du temps : en général un bouquin commence à la page 1 (ou 3, ou 10, c’est selon), et la pagination augmente au fil de la lecture. Dans La Horde du Contrevent, celle-ci décroît vers la conclusion, le destin inéluctable de la bande à Golgoth. A l’ouverture on sait donc qu’il reste 521 pages à lire. 521 pages très denses, qui commencent par une phrase de Caracole dispersée (par le vent ?) qui dit « Nous sommes faits de l’étoffe dont sont tissés les vents ».

 

Le roman nous conte 23 destins, ceux des Hordiers, avec chacun ses peurs, ses joies, ses pensées, son destin. Ce sont des quêtes intérieures individuelles, des quêtes intimement liées à l’essence de ce monde, le vent, mais aussi le vif. Qu’est-ce que le vif ? A vrai dire, à l’issue de votre lecture, vous ne le saurez pas vraiment, même si on pourrait dire que c’est l’âme de chacun des personnages, mais aussi son étincelle vitale. La quête des personnages dure 30 ans, et s’achève de façon très surprenante. Le choix de la multi-narration est astucieusement matérialisé par un symbole typographique particulier à chacun.

 

La Horde du Contrevent est un livre-univers, il contient énormément d’éléments permettant de comprendre comment celui-ci fonctionne. Sa lecture ne laisse personne indifférent, à moins d’être allergique aux logorrhées audacieuses. Un véritable chef-d’œuvre, qui a reçu en 2006 le Grand Prix de l’Imaginaire, en tant que meilleur roman francophone. Rien n’est laissé au hasard dans ce roman, pas même le nom de la maison d’édition, La Volte, qui suggère une danse, un mouvement, un vent tourbillonnant… Une maison d’édition qui se dit animée par… "une horde, sans cesse mouvante, d'amis et de passionnés…" La Horde du Contrevent est le premier ouvrage paru chez la Volte en 2004. CQFD.

 

Le livre est complété par un marketing multimedia de premier ordre. En plus d’une édition « classique », vous pouvez vous procurer une version comportant un CD de musique. « Mélodies organiques à l’élégance électro-pop, percutées de bruits bruts, rehaussées d’harmonica, de guitare slide et de bouzouki. Entendez ces nappes riches tissées de voix chapechutées, de boléros souples, soudain déchirées de brefs textes. Le vent fluide enfle. La Horde marche, rythme et nous obsède. Laissez-vous guider par les trompes des pharéoles, traversez la Flaque à mi-torse et ne dites jamais « Fontaine… ».  Une édition prestige comprend un DVD avec des bonus plutôt intéressants (entretiens avec l’auteur, court-métrage, diaporama d’illustrations…).

 

Et je ne serais pas complet si je ne parlais pas du site internet où l’on retrouve la plupart de ces bonus, mais aussi une revue de presse et une section « l’univers du livre », où l’on peut retrouver des descriptions, des musiques, des illustrations, ainsi qu’un intéressant « atelier » comportant plusieurs versions de l’écriture de Damasio. Sans oublier des notes biographiques pour chacun des contributeurs de l’ensemble (Damasio bien sûr, mais aussi le compositeur des musiques, l’illustrateur, les concepteurs du site et l’éditeur). Juste incontournable.

 

Spooky.

 

Damasio/La Volte

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres

 

Si vous suivez régulièrement ce blog, vous devez savoir que je suis un grand fan de Stephen King, l'auteur aux 350 millions de livres vendus dans le monde. Vous avez aussi, peut-être, que lors de sa tournée promotionnelle en France l'année dernière, j'ai fait partie des happy few qui ont pu le rencontrer et assister à sa conférence. Parmi les autres heureux élus se trouvait aussi Alexandra Varrin, jeune auteure dont la vie a été marquée par la rencontre avec l'oeuvre de King.

 

L'expression n'est pas galvaudée, car elle a construit son imaginaire, depuis ses 10 ans, avec les personnages et l'écriture de l'auteur de Ça. Et comme plusieurs centaines de fans, elle a enfin pu croiser son idole en novembre 2013. Ce qu'elle raconte dans ce livre, c'est cette rencontre, réitérée, puisqu'elle a eu la chance d'assister à chacune des apparitions publiques de King lors de cette semaine si particulière. D'abord la conférence de presse, au milieu de 300 journalistes dont la plupart savaient à peine QUI est King. Mais celui-ci, par ses traits d'esprit et sa gentillesse, conquiert vite son public. Alexandra lui remet, avant l'exercice, un panier contenant quelques menus cadeaux représentant la France. C'est ensuite la séance de signature dans un complexe cinématographique, avec une nuit entière passée sur place pour être parmi les premiers à obtenir l'autographe tant désiré. Ce moment où, tétanisés, les fans ne peuvent grommeler qu'un vague "Bonjour, je m'appelle Couillon, j'aime beaucoup ce que vous faites, merci, au revoir", et s'effondrer de bonheur à la sortie.

 

Troisième rendez-vous, dans les studios de France 5 pour l'émission La Grande Librairie, où le présentateur pose des questions pertinentes à son invité entre deux reportages sur son oeuvre et son histoire. Ce moment si particulier ensuite, dans les locaux du Mouv', pour une émission radio avec douze auditeurs triés sur le volet, qui pourront lui poser directement des questions. La proximité avec l'auteur n'aura peut-être jamais été aussi forte, et le fait de pouvoir lui parler quasiment directement -avec l'aide d'un traducteur- remplit Alexandra d'extase. La personnalité de SK se dévoile un peu plus ; il s'agit d'un homme simple, aux idées politiques non alignées mais claires, d'une gentillesse infinie et grand amateur de rock n'roll. Notre jeune auteure en profite pour évoquer avec lui la figure centrale de la Tour Sombre, Randall Flag, alias l'homme en noir, qui porte de nombreux autres noms dans d'autres romans, et d'apprendre qu'il échappe à son créateur...

 

Ces différents comptes-rendus sont ponctués -et souvent intimement mêlés- à l'évocation assez large de la jeunesse d'Alexandra, dans une Franche-Comté maussade (comme le Maine où a toujours vécu King), mais entourée de l'amour de sa mère et ses grands-parents, mais sans père (comme son auteur préféré), et la façon dont elle a perçu les romans les plus importants de SK. Au sommet desquels se trouve le cycle de la Tour sombre, point de convergence de tous ses romans et sorte de manifeste artistique et philosophique. Une oeuvre que l'auteur considère comme "toute sa vie", et dont il craint un jour l'adaptation télévisuelle ou cinématographique. Voir Roland de Gilead figé à jamais sous les traits d'un acteur, fût-il prodigieux, est sa plus grande crainte.

 

Au final, même si j'ai vécu moi aussi quelques-uns des évènements dont parle Alexandra dans son roman, savoir ce qu'il s'est passé dans les autres m'a beaucoup intéressé. La partie introspective du récit pourrait rebuter certains lecteurs avides surtout de sensationnel et/ou de factuel sur cette tournée, mais elle permet de bien saisir la portée de l'évènement pour une jeune femme qui aurait sans doute pris une toute autre voie si elle n'avait pas rencontré dans ses livres cet auteur.

 

Spooky

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres

 

Après une série de polars nordiques, me voilà sur des contrées plus classiques, celles de la ville de Boston, pour une enquête, ou plutôt deux, qui prennent pied dans la capitale du Massachusetts.

 

Le commandant D.D. Warren a 41 ans, un compagnon flic comme elle et un bébé de plusieurs mois, quand une étrange affaire de pédophiles assassinés lui est confiée. Et presque dans le même temps elle fait la connaissance d’une jeune femme persuadée qu’elle va mourir dans les jours à venir, assassinée comme ses deux meilleures amies à un an d’intervalle, exactement un an. Mais très vite elle acquiert le sentiment que Charlene Rosalind Carter Grant (oui, c’est son nom complet, et cela a son importance), visiblement très perturbée, lui cache des choses, et que le coupable n’est peut-être pas celui ou celle que l’enquête laisse croire…

 

Lisa Gadner écrit depuis 15 ans –notamment- de front deux séries de thrillers, l’un mettant en scène deux profilers du FBI, qui sont père et fille (et qui apparaissent brièvement ici), et la série mettant en scène l’inspecteur Warren. Elle écrit aussi sous le pseudo d’Alicia Scott, depuis 1992, dans des romans à suspense teintés de romance.

 

Après Preuves d'amour dans lequel l'héroïne était différente, et malgré le fait que DD Warren ait été l’héroïne de quatre romans avant celui-ci, j’ai pu rentrer dans son univers sans problèmes, l’auteure préparant bien le terrain au sujet de son âge, sa vie de famille, son passif de fliquette qui en a bavé. Malgré la facette plus sentimentale de son œuvre (mais très peu présente ici), Lisa Gardner fait preuve d’une grande efficacité dans son écriture, j’en veux pour témoins plusieurs scènes qui m’ont littéralement scotché, dont une concernant une intervention policière vue du point d’une réceptionniste téléphonique du 911. Et, comme il faut s’y attendre, le récit recèle plusieurs surprises et retournements de situation, mais ils ne paraissent pas téléphonés, sont plutôt bien amenés…

 

Une bonne lecture, la deuxième après Preuves d'amour.

 

Spooky

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres

 

Il y a quelques jours nous commémorions les 41 ans de la disparition de John Ronald Reuel Tolkien. L'auteur du Hobbit et du Seigneur des Anneaux a entretenu, tout au long de sa vie d'adulte, une correspondance très importante. Que ce soit auprès de ses proches (sa future femme, ses enfants, ses amis), de ses lecteurs ou de ses relations de travail (professeurs de philologie, éditeurs...). Avec l'aide d'Humphrey Carpenter, biographe officiel de son père, Christopher Tolkien a rendu publique une partie de cette oeuvre épistolaire dense en 1981. C'est seulement en 2005 que les éditions Bourgois ont traduit cette somme, et qu'en 2013 que les Editions Pocket en proposent une version poche, lue ici.

 

Je ne vais bien sûr pas vous parler en détail des quelques 350 lettres réparties sur les 800 et quelques pages, mais dégager quelques tendances et quelques points forts. Il y a -et c'est normal- peu de missives à caractère confidentiel ou intime, même si pendant la seconde guerre Tolkien a beaucoup écrit à son fils Christopher, mobilisé et muté en Afrique du Sud, ou lui-même avait vu le jour. Outre le fait que le jeune homme manquait beaucoup à son père, c'est aussi une correspondance de travail, puisque Chris était devenu, avant de faire son service militaire, le secrétaire et l'assistant de son père, notamment en dessinant la carte de la Terre du Milieu qui devait accompagner l'édition du Seigneur des Anneaux alors en cours de rédaction. La majeure partie des Lettres concerne en effet sa création littéraire, entamée dans les années 1910 par des poèmes, et qui se continuera toute sa vie, avec seulement deux romans publiés de son vivant, le Hobbit et le Seigneur des Anneaux.

 

Les échanges épistolaires avec ses éditeurs révèlent un homme fort humble, disposé -du moins à ses débuts- à se plier à toute demande de ceux-ci, mais aussi fort soucieux de la réception de ses écrits par ses primo-lecteurs, parmi lesquels, outre son fils Christopher et l'ami écrivain C.S. Lewis, se trouve Rayner Unwin, le fils de son éditeur d'alors. C'est lui qui "lit", au sens éditorial du terme Le Hobbit, et c'est lui qui pousse son père à la publier, avec enthousiasme. Il y a aussi un côté un peu auto-apitoiement, Tolkien parlant régulièrement de ses soucis de santé, qui ont l'air nombreux dans les années 1940. L'une des raisons pour lesquelles, en plus de son travail d'enseignant dans différentes universités, l'organisation de la défense passive dans sa région et une vie de famille fort remplie avec quatre enfants, la rédaction du Seigneur des Anneaux prend autant de temps. Rappelons qu'il y a travaillé de 1937 à 1950, par intermittences, et parfois rattrapé par la lassitude devant l'énormité de la tâche. Tolkien le dit lui-même dans une de ses lettres : "J'ai créé un monstre" ; c'est à dire une oeuvre qui échappe à son créateur, qui l'a emmené sur des chemins non prévus au départ, et dont le succès, foudroyant, va le surprendre. Car comme il le dit lui-même, c'était avant tout pour lui qu'il avait créé cet univers, en partant de diverses langues, puis en imaginant les légendes qui pourraient illustrer ces langues...

 

Entre les lignes, on s'aperçoit que le Professeur a une sainte horreur (en vrac) des machines, de la guerre (dont le SdA n'est PAS une allégorie, même si l'atmosphère a dû influer sur son écriture), de la France, ou plutôt de la langue française, de Shakespeare...

 

L'un des aspects les plus étonnants de son oeuvre est l'absence de cultes dans celle-ci, alors que lui-même est un fervent catholique. A ceux qui lui posent la question, il répond que l'élément religieux est absorbé dans l'histoire et dans le symbolisme. Comment, en effet, ne pas voir une figure christique en Aragorn, capable -entre autres- de guérir par simple imposition des mains ? La question des traditions maritales chez les Hobbits est également évoquée, et on sent Tolkien TRES investi sur la question.

 

On sent parfois, au travers des lettres, quelques regrets par rapport au Hobbit, lequel, s'il devait le réécrire, serait très différent, surtout dans sa première partie, laquelle serait moins axée "roman pour enfants".

 

Il y a des lettres qui sortent du lot ; comme celle où il explique à son fils les femmes, de façon très elliptique, sachant que Tolkien était pénétré de la religion catholique. Celle où il répond sèchement à un éditeur allemand -envisageant de publier une traduction du Hobbit- qui lui demandait s'il avait des origines aryennes (nous sommes en 1938, et le nom Tolkien est d'origine allemande) ; le ton de l'écrivain reste courtois, mais ne suffit pas à cacher la colère de l'auteur, qui termine par quelque chose qui signifie "Allez vous faire foutre, bisous". Je pense aussi à cette très longue lettre de 1950, adressée à Milton Waldman, son nouvel éditeur, dans laquelle Tolkien détaille sa cosmogonie et la chronologie de son Legendarium, Age par Age. Une lettre qui comporte plus de 10 000 mots... Parlons aussi de cette lettre non datée, mais probablement écrite en juin 1958, où Tolkien détaille les différents défauts inclus dans un scénario de cinéma qui lui avait été envoyé à l'époque par Forrest J. Ackerman, qui souhaitait adapter le Seigneur des Anneaux en long métrage animé. Le moins que l'on puisse dire est que Zimmermann, auteur du script, en a pris pour son grade, entre les contractions temporelles et géographiques, les libertés non-sensiques prises avec le récit original, et le tour ridicule que prennent les personnages. Tolkien reste poli, mais on le sent fortement bouillir face à une telle hérésie. Il déclare même à plusieurs reprises être plus favorable à des coupures nettes de certaines scènes plutôt qu'à des traitements aussi indignes. L'édition en poche du Hobbit chez Puffin Books fin 1961 a réveillé aussi sa fureur, avec des "corrections" opérées sur son texte. Il y a aussi cette lettre à un Monsieur Gamgee, surpris de voir son homonyme dans une oeuvre au succès public retentissant, et auquel Tolkien répond au sujet des origines du nom de son personnage.

 

Une partie de la correspondance traite de la disparition de CS Lewis, survenue en fin d'année 1963. L'occasion pour Tolkien, à la demande de ses enfants, d'éditeurs ou de lecteurs, d'évoquer son amitié passée avec l'auteur de Narnia, et le fait qu'ils se soient éloignés l'un de l'autre pendant la décennie suivante. Une époque où, après la série tragique de la première Guerre Mondiale, le Professeur commence à pardre certains de ses amis et connaissances.

 

Vers les années 1965-67, Tolkien doit dépenser beaucoup d'énergie et de temps à faire interdire une version pirate de Bilbo le Hobbit, publiée aux Etats-Unis par Ace Books. Libéré de ses obligations professsionnelles, mais ralenti par des soucis de santé (et ceux de sa femme), l'auteur souhaitait alors consacrer le plus de temps possible à la rédaction et à la remise en ordre du Silmarillion, dont l'écriture avait débuté 50 ans plus tôt. C'est à cette époque aussi qu'il apprend la création d'une Tolkien Society à New York. D'abord méfiant et limite vindicatif, il se ravise et propose même son humble concours à l'aréopage de fans après la lettre fort respectueuse de son responsable. Sa correspondance se ressent de ces différents ennuis et obligations ; les lettres sont très courtes, toujours courtoises en général. A cette époque également, il en a marre d'être constamment appelé, dérangé par les fans -auxquels il répond toujours poliment-, et s'apprête à déménager ailleurs, vers Bournemouth (côte sud de l'Angleterre), autant pour des raisons économiques que sanitaires. Ce qui ne l'empêchait pas, à plus de 80 ans, de répondre de façon circonstanciée sur les langues elfiques, à des fans l'interrogeant à ce sujet.

 

Lorsqu'Edith, son épouse adorée, décède en 1972, Tolkien est inconsolable -et le restera jusqu'à sa propre fin, 18 mois plus tard. Il est alors dans une telle détresse matérielle et morale que Rayner Unwin, son premier lecteur "professionnel" et devenu entretemps le président de la société d'édition Allen & Unwin, se débrouille pour lui trouver un appartement à Oxford par le biais de l'université où le Professeur avait entretemps reçu toutes les distinctions possibles. C'est pourtant à Bournemouth, où le couple Tolkien aimait à venir se reposer, qu'il décèdera, en septembre 1973. Il pourra reposer à Oxford, auprès d'Edith, sa Luthien, lui qui se voyait comme Beren. Les deux patronymes sont d'ailleurs présents sur leurs pierres tombales respectives.

 

Photo © Tolkiendil.com

 

Qui dit oeuvre -consciente ou pas- de Tolkien, dit notes de bas de page à foison. Le Professeur en parsème ses missives, lesquelles sont aussi, dans ce recueil, émaillées de notes des traducteurs et de l'éditeur -en l'occurrence son fils et Humphrey Carpenter. Les lettres comportent 800 pages, mais le volume émarge à plus de 950 en version poche... Et qui dit oeuvre de Tolkien dit ébauches, travail jamais terminé. Ainsi certaines lettres sont restées à l'état de brouillons, et n'ont jamais été envoyées à leurs destinataires...

 

Au final, cette (longue) lecture m'a permis d'en apprendre encore un peu plus sur l'oeuvre de mon auteur préféré, de rentrer un peu dans son intimité, de comprendre le processus de création, mais aussi de préservation de l'identité de son oeuvre. D'en savoir un peu plus sur sa vie, en résonance avec la biographie écrite par Humphrey Carpenter, bien sûr. Bref, un très bon moment.

 

Spooky

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Publié le par Spooky
Publié dans : #Livres

Il y a quelques temps je vous avais succinctement parlé des la littérature pour adolescents et des titres susceptibles d'être adaptés au cinéma, dans la foulée de Harry Potter, Twilight ou encore Hunger Games (oui, je mets tout ça dans le même sac, à dessein). Pour le 15 octobre est annoncé le Labyrinthe, adaptation éponyme du premier épisode de la série à succès de James Dashner intitulée l'Epreuve. L'occasion de se pencher sur le phénomène.

 

Thomas, 16 ans, se réveille dans un ascenseur. Il ne sait plus qui il est ni d'où il vient, et ne semble se rappeler que de son prénom. Lorsque l'ascenseur s'ouvre, il est accueilli par d'autres garçons de son âge dans le Bloc, un monde mystérieux entouré par un labyrinthe impénétrable, et où personne ne sait pourquoi il est là.

 

Disons-le tout net : Ce premier tome ne bénéficie pas d'une écriture très enthousiasmante. Je dirais même qu'elle se situe dans le tout-venant de la littérature pour ados. Vite écrite, vite consommée. Le Labyrinthe est composé de chapitres courts, pour donner un rythme un peu effréné, alors qu'au final seule une petite moitié de ceux-ci sont dominés par l'action.

 

En effet une bonne partie du récit est concernée par les interrogations de Thomas, qui découvre pour ainsi dire un nouveau monde, et dont la mémoire a été en grande partie effacée, même s'il a rapidement le sentiment confus qu'il est étrangement et étroitement lié à ce fameux Bloc... Nous sommes en présence d'un survival, même si la survie est largement assurée par des arrivages réguliers de nourriture. Oui, nous sommes en présence d'adolescents américains, c'est à dire qu'ils ont à peu près le cerveau d'enfants de 8 ans d'autres pays quand on les sort de chez eux. Et dès que les habitudes changent, c'est la panique. Bien sûr, ici elles vont changer pour de bon, et ils ont raison de s'inquiéter...

 

Le principal argument du bouquin est le mystère : pourquoi sont-ils là ? Où mène le labyrinthe qui entoure le Bloc ? Quelles sont les créatures qui parcourent celui-ci dès la nuit tombée ? Et bien sûr quel rôle a Thomas dans tout cela ?

 

Heureusement que l'auteur fait preuve d'une certaine ingéniosité, sinon j'aurais laissé tomber ma lecture depuis longtemps. Je suis donc curieux de lire la suite, qui promet un changement radical de décor.

Pour les curieux, voici la bande-annonce du film en VO.

 

Spooky

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