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...:::Ansible:::...

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Tous les territoires de l'imaginaire, en vitesse supra-luminique. Chroniques sur le cinéma, la littérature, les jeux, séries TV, bandes dessinées.

livres

Publié le par Ansible
Publié dans : #Livres

On considère souvent le roman principal de John Ronald Reuel Tolkien comme une oeuvre simpliste, destinée aux adolescents, prônant la violence. On en a fait aussi une allégorie de la Seconde guerre mondiale. Pourtant, quasiment depuis sa parution en 1954-55, nombre de chercheurs se sont penchés sur l'intertexte, sur ce qui se cachait derrière cette épopée se déroulant dans une contrée imaginaire, cette oeuvre qu'on a dit fondatrice de la fantasy.
Isabelle Smadja, docteur en esthétique et agrégée de philosophie, également auteure d'un très remarqué Harry Potter, les raisons d'un succès (PUF, 2001), s'est penchée sur le phénomène, dans la foulée du regain d'intérêt dont bénéficie Le Seigneur des Anneaux depuis 2001. Et nous permet d'entrevoir de nouvelles facettes de cette oeuvre qui a été désignée comme roman du XXème siècle par les universitaires anglais. Pour Isabelle Smadja, cet ouvrage tient plus du mythe que du conte de fées, en ce sens qu'il utilise de nombreuses figures métaphoriques, plus que la plupart des contes.

Pourquoi parler de tentation du Mal ? Parce que dans le roman le Mal est au coeur de l'intrigue. Cet anneau dont Frodon se trouve porteur cristallise de nombreuses figures classiques du Mal. C'est un énorme fardeau, mais son pouvoir absolu fascine, autant qu'il ronge l'âme. Cette dimension est rendue avec une incroyable clarté dans les épisodes introspectifs où Frodon enfile l'Anneau. Mais un anneau, c'est aussi une représentation d'un monde clos, un monde où la folie peut surgir à tout moment, provoquée par une exposition trop prolongée au Mal. L'anneau porte en lui d'autres significations : c'est également une alliance, et Gandalf parle souvent de l'Anneau comme d'une femme coquette et capricieuse, illustrant en cela un glissement de sens assez fin. Un anneau c'est aussi un objet qui nous enchaîne, dans un cachot humide, à un mur aveugle, nous empêchant par là même de nous échapper. L'Anneau Unique est tout cela, un objet précieux (comme le dit Gollum), le véhicule et la personnification d'une union, et bien sûr une prison, en même temps qu'un monde clos. Isabelle Smadja continue ensuite son exposé sur le mode de la séduction, une séduction, qu'elle soit bienveillante ou malveillante, qui court sur tout le roman, par petites touches qui passent inaperçues.

La seconde partie de l'essai s'attache à analyser les racines du Mal, un Mal personnifié, je l'ai dit, par l'Anneau Unique que Frodon et ses compagnons doivent convoyer jusqu'à la Montagne du destin pour le détruire, mais aussi dans Sauron, celui qui l'a créé, celui qui en est le propriétaire légitime, quelque part, celui auquel l'Anneau est intimement lié. Il y a des choses très noires dans Le Seigneur des Anneaux. J’ai déjà parlé du pouvoir de l’Anneau, qui corrompt irrémédiablement l’âme de celui qui le porte. Mais une partie du roman est constituée par la description de combats, qu’il s’agisse de simples embuscades entre quelques aventuriers et des créatures maléfiques, mais aussi et surtout une gigantesque bataille près du Gouffre de Helm. C’est l’un des morceaux de bravoure de l’histoire, car la violence est très graphique, et de nombreux personnages y prennent part. On a longtemps reproché à Tolkien de faire l’apologie de la guerre, et de vouloir, au fil de son roman, réécrire le second conflit mondial. C’est mal connaître l’auteur, ancien combattant pendant la première guerre mondiale, qui a imaginé la Terre du Milieu au milieu des tranchées en France. Cela donna The Hobbit (Bilbo le Hobbit en VF). Cependant on remarquera l’ambivalence des sentiments de Tolkien au travers des paroles de Pippin, qui souhaite vivement que les combats prennent fin, mais qui en même temps admire la prestance guerrière d’un allié qu’il vient de croiser. Plus étonnant encore, l’espèce de jeu guerrier auquel se livrent Gimli et Legolas, à la fois amis et concurrents, au-delà de l’inimitié ancestrale de leurs peuples respectifs, les Nains et les Elfes. Tolkien pousse l’ambigüité jusqu’à placer la mort de Saroumane juste après une tirade contre la violence et la peine de mort.

 

 

Isabelle Smadja revient plus précisément sur la portée symbolique de l’Anneau, en analysant brièvement les interprétations philosophique, métaphysique, historique, politique, économique et technique de ce petit objet. Je ne vous ferai pas subir de nouvelles tirades sur ces analyses, mais sachez que j’ai trouvé ça assez complet comme diversité d’analyse, bien qu’un peu léger, superficiel par moment. L’occasion est bonne, toutefois, pour évoquer tout aussi brièvement l’un des thèmes récurrents de l’œuvre tolkienienne, à savoir les méfaits de la technologie face à la nature. L’Anneau est le fruit d’une technologie (la magie noire aussi bien que l’art de la forge ont présidé à sa fabrication), et se trouve être le Mal personnifié, à la fois séduisant (comme peut l’être le diable) et pervers. C’est là le cœur de l’essai, et peut-être en effet l’essence même de l’œuvre maîtresse de JRR Tolkien.

 

 

L’essayiste s’attaque ensuite à l’un des personnages les plus singuliers de l’univers du Seigneur des Anneaux : Gollum. Lui qui fut autrefois un Hobbit, fut gagné par la folie le jour où son cousin trouva par hasard l’Anneau au fond d’une rivière. Après avoir tué ledit cousin, il partit en exil, son esprit devenant irrémédiablement dément, et se réfugia au fond de la terre, là où on ne pourrait le voir. Finalement son corps subit lui aussi la dégénerescence qui s’était emparée de son âme. Tolkien insiste bien sur le côté vil, veule, et finalement « bas », de ce personnage hors du commun. Pour Isabelle Smadja, il personnifie l’homme d’en bas, tel que le définit Pierre Macherey. Ce philosophe a remarqué, dans un grand nombre d’œuvres des XIXème et XXème siècle, des concordances au niveau de cette figure, de ce type de personnage. Souvent souffrance physique, misère (au sens économique du terme) et gouffre obscur. Gollum est également à rapprocher de Caliban, un être difforme et à moitié humain, dans La tempête, de Shakespeare. Le destin de Gollum est de portée biblique ; son histoire commence par un drame, il est chassé par les siens, et il meurt de façon tragique, au sens shakespearien du terme. Gollum est une sorte de transposition du Caïn de la Bible.

 

La troisième partie aborde frontalement l’un des reproches faits à Tolkien : le racisme latent dans ses pages. En effet le peuple orque est décrit comme une race aux noirs desseins, au langage désagréable et à la peau noire. C’est comme si on définissait une race, entièrement malveillante. Un reproche que certains ont pu faire en leur temps, aux Juifs, par exemple. Mais au-delà de ces préoccupations vraiment inutiles à mon avis (à la lecture du Seigneur des Anneaux, je n’ai jamais ressenti de dégoût lorsqu’un orque apparaissait), ce qui compte réellement est le background de ce peuple, comme de tous les autres peuplant la Terre du Milieu. En effet Tolkien s’est attaché à développer une langue, une mythologie, une histoire, une géographie plus ou moins précises pour chacun d’entre eux. Afin de les faire exister, en quelque sorte, dans un cadre beaucoup plus grand que le roman où on nous en parle. Comme si on était dans un monde bien réel, avec ses lois, ses personnes, son histoire… C’est en cela, je pense, que l’on peut vraiment parler d’"univers" concernant l’œuvre de Tolkien. Enfin, l’essayiste relève les passages où notre auteur met le lecteur, par l’intermédiaire de ses personnages, en garde contre les dangers de la réflexion, préférant les impressions suggérées par l’intuition.

 

Le dernier chapitre parle de l’omniprésence masculine dans Le Seigneur des Anneaux. Pas une seule femme parmi les 9 qui composent la Compagnie qui part aider Frodon dans sa quête. Très peu de personnages féminins, au final, dans le roman. On peut citer Arwen, Eowyn, Galadriel et Baie-d’Or, mais toutes n’ont chacune, pour faire un parallèle avec le cinéma, qu’une scène à jouer. Un grand nombre d’éléments dans le récit montrent que l’on est dans une histoire de mâles, comme le tabac (auquel l’auteur, de façon un peu désarmante, consacre un chapitre entier au début de son roman ; si un jour vous tentez de lire Le Seigneur des Anneaux, passez outre ce passage, il ne sert vraiment à rien), ou l’omniprésence des combats. Il y a tellement peu de femmes que les mâles finissent par se frotter entre eux. L’homosexualité latente entre Frodon et Sam est montrée presque explicitement à plusieurs reprises. Le dévouement du jeune fermier pour son maître s’exprime dans des élans presque sexuels. Pourtant Tolkien n’est pas misogyne : il aimait infiniment son épouse, et met dans la voix d’Eowyn un discours bouleversant sur la libération des femmes (oui, bon, c’est la seconde scène d’Eowyn, ça). Mais là encore, le discours de l’auteur est ambigu, puisque la jeune femme devient, après avoir livré bataille au côté de ses amis, une femme soumise et dévouée, presque effacée.

 

En conclusion ? Le Seigneur des Anneaux est un roman fascinant, dont il est difficile d’analyser tout l’intertexte, mais qui permet de cristalliser un certain nombre de figures rhétoriques. Il donne à ses lecteurs leur content de scènes violentes, de combats, tout en développant une psychologie assez habile sur l’attirance du pouvoir et la séduction du Mal. Isabelle Smadja nous propose également des analyses sur certains personnages, mais je trouve ces analyses assez fragmentaires, incomplètes. La figure de Gandalf, qui domine tout de même tout le roman, n’est qu’effleurée. De même, et malgré la brillance de certains passages notamment concernant l’Anneau, je trouve qu’elle n’approfondit pas assez son propos, restant souvent dans le hors texte, prenant en exemple des écrits de Foucault, de Lévi-Strauss ou Paul Ricoeur, des penseurs certes très forts, mais dont l’association avec Tolkien me semble parfois incongrue. Ceci étant dit, c’est un essai qui est très bien écrit, et une bonne approche de l’œuvre de Tolkien.



                                                                                             Spooky.

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Publié le par Ansible
Publié dans : #Livres

Chacun sait l’affection toute particulière que je porte au Seigneur des Anneaux, œuvre majeure de l’heroic fantasy. Son auteur, J. R. R. Tolkien, est surtout connu pour cet univers (prolongé et développé dans d’autres récits). Mais il fut aussi un enseignant mérite à Oxford, et une référence dans son domaine, la philologie. Cet ouvrage, paru en France en 2006, regroupe quelques-unes de ses conférences, et permet de comprendre quel fut l’impact de son travail dans ce domaine.

 

Collectés, présentés et édités par son fils Christopher, ces textes, rédigés entre 1931 et 1959, nous mènent au cœur de la philologie, l’étude des langues et donc de leur littérature. Car ces deux notions ne peuvent exister l’une sans l’autre. Bien sûr, il ne peut y avoir de littérature sans langue, car comment une création littéraire pourrait-elle s’exprimer sans support linguistique ? De même une langue n’est vivante qu’au travers de la littérature. C’est pourquoi Tolkien fustige, lors de son discours d’adieu à Oxford, la rivalité, voire l’antipathie, absurde entre les étudiants en langue anglaise et les étudiants en littérature anglaise médiévale, par exemple.

 

Une époque, le Moyen-Âge, où l’auteur du Silmarillion a connu ses plus grandes joies de lecteuret de chercheur. En témoignent ses conférences magistrales sur Beowulf, une épopée nordique qui lui a largement inspiré son Seigneur des Anneaux, mais aussi sur Sire Gauvain et le Chevalier vert, un des récits majeurs de la légende arthurienne, popularisée par Chrétien de Troyes. Deux œuvres médiévales essentielles, qu’il connaît sur le bout des doigts.

 Voici d'ailleurs un extrait de sa conférence sur Beowulf :

En 1864, le révérend Oswald Cockayne écrivait au sujet du révérend Joseph Bosworth, professeur Rawlinson d'anglo-saxon : «J'ai essayé de prêter à d'autres la conviction que j'entretiens depuis longtemps, à savoir que dans sa spécialité, le révérend Bosworth n'est guère zélé au point de lire, comme il se devrait, les ouvrages... qui ont été imprimés dans notre vieil anglais ou prétendue langue anglo-saxonne. Pour un professeur, il peut très bien faire.» Ces propos d'un homme que le dictionnaire de Bosworth laissait insatisfait étaient sans aucun doute injustes. Si Bosworth était encore en vie, un Cockayne moderne l'accuserait probablement de ne pas lire la «littérature» relative à sa spécialité : les livres portant sur les livres écrits en prétendue langue anglo-saxonne. Les originaux, eux, sont pratiquement tombés dans l'oubli.

Rien de ceci n'est aussi vrai que dans le cas du Beowulf, ainsi qu'on l'appelait autrefois. J'ai, bien entendu, lu Le Beowulf comme la plupart de ceux qui en ont fait la critique (mais pas tous), et cependant, dans ma spécialité, indigne successeur et héritier de la chaire de Joseph Bosworth, je crains de ne guère avoir été zélé au point de lire, comme il se devrait, tout ce qui a été imprimé sur ce poème, de près ou de loin. Mais je pense en avoir suffisamment lu pour avancer l'idée que si la littérature consacrée à Beowulf est riche en bien des domaines, il en est un où elle s'avère particulièrement pauvre : celui de la critique - critique directement orientée vers la compréhension du poème en tant que poème. On a dit de Beowulf lui-même que sa faiblesse réside dans le fait de placer les détails sans importance au centre et de rejeter l'important en marge. C'est une des opinions que je souhaite considérer tout particulièrement. Je crois qu'elle est profondément erronée dans le cas de ce poème, mais d'une vérité saisissante quant à la littérature qui lui est consacrée. Beowulf a été exploité comme mine de faits réels et imaginaires de façon bien plus assidue qu'il n'a été étudié comme oeuvre d'art.

Des œuvres et une période qui l’ont amené à se pencher sur le berceau du conte de fée (oui je sais, elle était facile). Définition, origines, place des enfants en tant que public, mais aussi notions essentielles, c’est un essai –nouvellement traduit-, qui a fait date.

 

Je parlais précédemment de la passion du professeur pour les langues. Celui-ci en a appris et maîtrisé un petit paquet. En plus de l’anglais mâtiné d’Afrikaner de son enfance (Tolkien est en effet né en Afrique du Sud), il apprit le français, l’allemand, l’espagnol, le grec modernes… et ses recherches l’amenèrent à s’intéresser au grec et au latin en tant que langues anciennes, ainsi qu’à l’ancien français, aux moyen et vieil anglais, à l’ancien norrois. Dans une allocution tout à fait brillante, il effleure les relations étroites entre les langues anglaise et galloise. Dans l’exposé suivant, il dévoilera quel fut son vice secret : l’envie de créer pour lui-même une langue complète, avec ses propres règles, qui soit totalement satisfaisante à ses yeux. Mais il avouera sa frustration de ne pas y être parvenu. Etrange humilité de la part de celui qui a inventé plusieurs langues –ou du moins leurs bases lexicales et grammaticales- qui sont aujourd’hui vivantes dans la littérature, le cinéma et les jeux.

 

Au final, j’ai bien aimé ce recueil. Il m’a permis d’en découvrir un peu plus sur un auteur que j’apprécie particulièrement, certains aspects humanistes, mais aussi d’en savoir plus sur ses sources d’inspiration. Attention, certains passages de ce recueil sont d’une assimilation difficile. Je pense par exemple aux digressions sur la métrique poétique de Beowulf, ou sur certaines considérations linguistiques (au sens technique du terme) à propos du gallois. Enfin, et c’est un « tic » de chercheur relevé avec humour par Christopher Tolkien dans son avant-propos, il est à noter que ce cher John était incapable d’écrire un texte sans y adjoindre des notes de bas de page ou de fin d’article, voire des appendices copieux en fin d’ouvrage, comme dans Le Silmarillion. Un texte de Tolkien, qu’il soit empreint de fiction, que ce soit une lettre au Père Noël ou une explication de texte n’est jamais définitif ou entier, il est constamment biffé, annoté, corrigé. Et il faut croire que c’est contagieux, puisque la présente note a subi plusieurs modifications avant que vous puissiez la lire sur votre écran.

 

Pour conclure, je ne puis que vous renvoyer vers l’excellent site de Vincent Ferré, l’un des spécialistes français de Tolkien, lui-même enseignant en littérature médiévale (et moderne, puisqu’il s’occupe de la première moitié du XXème siècle), et qui dirige toutes les traductions et éditions concernant Tolkien chez Christian Bourgois depuis plusieurs années.

 

Spooky.

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Publié le par Ansible
Publié dans : #Livres



Blaze, c’est le surnom/diminutif de Clayton Blaisdell Jr, un géant de deux mètres avec une intelligence très limitée. La faute à son père, qui à l’âge de sept ou huit ans le balança plusieurs fois dans les escaliers. Après une vie en foyer, puis en famille d’accueil où on le traite comme un garçon de ferme, il bascule dans la petite délinquance : escroquerie, vol caractérisé. Mais jamais seul, puisque Blaze a déjà du mal à s’occuper de lui-même. Puis un jour, avec son ami George, ils décident de faire un grand coup avant de se retirer : enlever un bébé, héritier d’une riche famille. Seulement voilà, George est abattu au cours dune rixe qui oppose des partenaires de poker. Blaze, quelques semaines plus tard, décide tout de même d’appliquer le plan prévu, avec l’appui du fantôme de George…

 

Cela faisait longtemps que l’on n’avait pas eu de nouveau roman de Richard Bachman… Plus de frissons depuis 8 ou 10 ans, depuis Les Régulateurs. Stephen King –dont c’est l’un des pseudonymes- l’affirme dans la préface : Blaze est un fond de tiroir. Ecrite en 1973, à la même époque que ses premiers succès, il s’agit de l’un de ses romans non-fantastiques. Il nous conte l’ultime « coup » d’un marginal un peu lent. Bénéficiant de la nervosité d’écriture des jeunes années de son auteur, elle n’a toutefois pas les qualités d’histoire que King acquerra plus tard. En effet on ne s’attache pas à Blaze, il reste –lui qui est quasiment le seul personnage du roman- assez superficiel.

Après la déception de la plupart de ses derniers romans (à l’exception de Cellulaire), King n’arrive plus, même avec des œuvres de jeunesse éditées sans attention particulière, à trouver grâce aux yeux de son public.

 

Spooky.

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Publié le par Ansible
Publié dans : #Livres


PETIT TEMPS

Stephen Baxter est l’un des écrivains de “Hard SF” les plus doués de notre époque. Il plaque sur une idée originale les applications scientifiques les plus récentes.. Il l’a démontré de façon éclatante dans Voyage (chroniqué dans un Ansible précédent). dans Titan, il utilise les mêmes recettes. Un journaliste scientifique, Rosenberg, est persuadé qu’on peut trouver de la vie, sous dorme basique, sur Titan, l’une des lunes de Saturne. Il propose à des pontes de la NASA de monter une expadition pour aller vérifier sur place. Mais le crash de mla navette Columbia remet tout en question, et semble enterrer le programme spatial pour des décennies. Le journalisteréussit toutefois à convaincre le directeur de l’institution, qui utilisera toutes les ressources de l’agence pour cette opération de la dernière chance ; allant jusqu’à récupérer les lanceurs et fusées mis au rebut ou au musée. La mission Titan décolle en janvier 2004, et s’élance vers son destin, sachant qu’il n’y aura probablement pas de retour pour les 5 membres d’équipage, tous astronautes chevronnés sauf Rosenberg.

Entretemps, la NASA est définitivement démantelée, la crise latente entre la Chine et les Etats-Unis franchit un nouveau palier... Pendant ce temps, les astronautes continuent leur route vers Saturne. Ils affrontent bombardementsradioactifs, aléas de navigation, inconvénients de la promiscuité... Pour enfin parvenir au nouveau monde. En digne héritier d’Arthur C. Clarke (avec lequel il a d’ailleurs écrit un roman), Baxter introduit une dimension métaphysique dans son livre, qui décrit non seulement le voyage lui-même, mais aussi les longues années de préparation de l’expédition. Il fait de cet îlot humain perdu dans le système solaire l’enjeu de la survie du genre (humain). car son romanest noir. très pessimiste quant à l’avenir de notre espèce, il nous invite à une odyssée passionnante, car moins aride que dans Voyage.

Spooky.

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Publié le par Ansible
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L’Horrorus rex de la littérature mondiale va bientôt tirer sa révérence, en tant qu’écrivain. Mais d’ici là le mois de février nous livre son King annuel en France. Roadmaster (From a Buick 8 en VO) nous conte comment l’irruption d’une créature ressemblant à une vieille automobile customisée dans un poste de police de l’ouest de la Pennsylvanie va bouleverser la vie de beaucoup de habitants.
Statler, 1979. Une Buick 8 (déjà un modèle ancien) s’arrête à la station-service locale. Le conducteur se dirige vers les toilettes, mais ne réapparaît pas. Le poste de police voisin récupère le véhicule et le garde sous séquestre dans un hangar. L’examen révèle l’impossible : il ne s’agit pas d’une automobile, ne comportant aucune pièce mécanique. Le propriétaire ne se manifestant toujours pas, la Roadmaster reste sous séquestre. Mais au fil des années, d’étranges incidents surviennent, en lien avec la Buick : disparitions d’animaux (et même d’humains), chutes de température, shows son et lumière, apparitions de créatures de cauchemar dans son coffre… Au fil des 23 années qui suivent, les membres de la Compagnie D (dénomination officielle des membres de ce poste de police) apprennent à haïr et craindre ce qui se trouve dans le Hangar B, en même temps qu’ils sentent son appel. Car la Roadmaster vit. Ceux qui ont lu/vu Christine et Un Tour sur le Bolid’ sentiront un goût de déjà-vu dans cette histoire de bagnole de collection diabolique. Mais que voulez-vous, l’automobile est une partie importante de l’American Way of Life, et King est l’un des plus beaux fleurons de la culture popcorn/hamburger/bière.
Sans être exceptionnel, ce roman s’avère de bonne facture.  
Une histoire à vous glacer les os, écrite par un mec qui sait accrocher le lecteur, pour peu que vous soyez preneur de ce genre. J’ai réellement failli rendre tripes et boyaux lors de certains passages ; j’ai écrasé une larme à la mort de la mort déchirante de Mister Dillon, la mascotte de la Compagnie D. Gros bémol, les créatures lovecraftiennes crachées par la Roadmaster ne sont pas vraiment convaincantes. Pour le reste, c’est du pur King : instillation de la peur par petites touches, informations anticipant l’avenir émaillant le récit, langage familier et métaphores faisant mouche… Le mode de narration est le point fort du semi-pavé (444 pages chez Albin Michel) : les événements sont vécus par 15 ou 20 personnes, on se retrouve donc avec 5 ou 6 narrateurs principaux. Cela permet un traitement de l’information différencié, une vue plus globale de l’histoire sur certains passages.
Autre motif kingien : l’utilisation de traumatismes personnels comme nœuds de l’intrigue. En l’occurrence, le fait que King ait été fauché par une voiture dont le conducteur était ivre sur une petite route de campagne il y a quelques années. Dans Roadmaster, c’est l’un des policiers tenant un rôle prépondérant qui en est victime. On peut citer la découverte, étant enfant, d’un cadavre dans la forêt, qui est devenu le point d’ancrage de la nouvelle Le Corps (Stand by Me, très bon film de Rob Reiner). Une catharsis comme une autre.

Spooky

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Publié le par Ansible
Publié dans : #Livres

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PREY/PRAY
(jeu de mots en anglais intraduisible en français, faisant le parallèle et la confusion entre Prier et Proie... Oui bon, c'est nul...)

Voilà un roman que j’ai dévoré d’une traite. Non seulement pour coller à l’intrigue (qui se déroule en une semaine), mais surtout parce qu’il est palpitant. Et ce, quasiment de bout en bout.
Un laboratoire travaille sur de nouvelles applications des nanomachines, vous savez, ces robots microscopiques que l’on dit capables de réparer le corps humain. Mais cette fois-ci, le Pentagone souhaite en faire des espèces d’avions espions indétectables, et surtout, indestructibles. Une équipe de programmeurs informatiques et de biologistes caractérise ces nanomachines sur le modèle comportemental prédateur/proie, avec la possibilité de s’adapter à toutes les conditions. Mais leur création leur échappe. Et apprend, s’adapte.
Le début du roman est un peu déroutant. Nous avons un informaticien brillant, Jack, qui se retrouve au chômage. Il en profite pour s’occuper un peu plus de ses enfants, car sa femme passe de plus en plus de temps au travail. Celle-ci se comporte bizarrement. Leur plus jeune enfant tombe subitement malade, et guérit tout aussi vite, sans raison apparente, dans l’indifférence totale de sa mère. Se faisant engager par Xymos, le laboratoire où travaille sa femme, il va tenter d’y voir plus clair. La réalité est bien au-delà de tout ce qu’il aurait pu imaginer. Bien pire.
Grâce à une base scientifique totalement crédible, l’intrigue concoctée par Crichton se révèle à la fois terriblement prenante et très facile à appréhender. Malgré une fin un poil rocambolesque, il est difficile d’en décoller. Crichton est décidément un auteur brillant.

Spooky.

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Publié le par Ansible
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OCTAVIA E. BUTLER

Née en Californie en 1947, l’auteuse (ou auteure ?) est « la seule Noire américaine dans le domaine de la S.F. » (dixit le tome 1 du Science –fictionnaire de Stan Barets). Cette écrivaine de 10 ouvrages est appréciée aux USA où elle fut plusieurs fois lauréate aux prix Hugo et Nebula. La Parabole du Semeur L’écrivaine trace avec maestria la vie d’une adolescente et de son univers dans un monde ultra-violent. Face aux dangers d’un univers extérieur au mur qui clôt leur quartier, les habitants regroupés autour du pasteur survivent. Lauren Olamina, afro-américaine, fille du pasteur, souffre d’hyperempathie (elle partage les blessures de tous ceux qu’elles voient), cadeau empoisonné dans son univers. Elle compense son pessimisme vis-à vis du futur de son quartier par une nouvelle philosophie et religion “Semence de la Terre”, fondée sur le principe du changement.L’autrice décrit avec brio un univers hyperviolent où la misère, la faim et l’horreur règnent, où l’eau est rare et onéreuse. Les pyros, drogués aux têtes rasées et peintes de couleurs vives, jouissent des flammes issues de leurs incendies volontaires, pillent, tuent, torturent et violent.

L’intérêt de ce roman est non seulement de dépeindre un monde futuriste sauvage, souffrant de l’effet de serre, mais de décrire la naissance d’une nouvelle religion, la lutte de tout un chacun pour survivre et vivre -si possible dignement.

La Parabole du Semeur/ Octavia E. Butler.- Paris : J’ai Lu, 1995.



Critique de La Parabole des Talents L’auteur continue dans ce second volume l’épopée de Lauren Oya Olamina et de son groupe. Le récit a pour cadre une une Amérique du début des années 2030 alors minée par la violence, l’esclavage et la pénurie. Souffrant de chômage et d’insécurité, la population vote aux élections présidentielles pour Jarret, un fanatique de l’Eglise chrétienne d’Amérique. Afin de remédier à la pauvreté et à la crise, celui-ci se lance dans une guerre avec l’Alaska, Etat voulant faire sécession. Il créée aussi des camps de rééducation pour les délinquants et les hérétiques. Asha Vere, la fille de Lauren, introduit le récit épistolaire de sa mère dans les années 2030. Tout sépare les deux femmes : leur histoires et la religion. Asha Vere ne comprend pas leur séparation et l’engouement de sa mère pour sa « secte ». Quant à Lauren, elle relate son atroce expérience : la création de sa communauté en Californie, la destruction de celle-ci, son esclavage, la recherche de sa fille qu’elle abandonne bientôt au profit de sa religion…

La Parabole des Talents/ Octavia E. Butler.-Vauvert (30) : Ed. Au diable vauvert,2001. – 582 p.

Les caractéristiques de ces deux romans sont de montrer une héroïne noire souhaitant créer une société multiraciale et y vivre. Une société où l’autre – de sexe opposé, de couleur et/ou de statut social différents - n’est pas rejeté. Il est, de plus, heureux de voir une héroïne surmontant maints dangers, de nombreuses épreuves pour créer quelque chose de positif . En S.F., je ne connais que peu d’héroïnes populaires : la princesse Leia dans Starwars, Laureline dans la série de B.D. Valérian de Mézières et une seule héroïne de couleur : Yoko Tsuno, la B.D. de Leloup. Je ne cite pas les héroïnes de comics car peu de femmes peuvent s’y reconnaître.

Emmanuelle.

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Publié le par Ansible
Publié dans : #Livres


Il y a quelques années est apparu un OVNI dans le paysage de l'édition de S.F. en France : un chef-d'oeuvre italien. Jusqu'ici le secteur était réservé aux auteurs anglo-saxons et français. Mais on découvre peu à peu les productions venues d'autres nations. Evangelisti présente ainsi une anthologie de la S.F. outre-alpine, un auteur allemand (Eschbach) pourrait bien être le nouveau Dan Simmons... Mais ne nous enflammons pas et examinons cet ouvrage. Au départ, un jeune savant des années 30 dit avoir trouvé un nouveau carburant (non polluant, 100 % naturel), une puissance qui permettrait à l'homme d'abolir les distances aussi bien dans l' espace que dans le temps ; un siècle plus tard, un vaisseau spatial, mû par ce moyen sans limites, s'approche d'une lointaine planète en quête d'une preuve qui remettrait en question toutes les spiritualités. Et de l'autre côté, nous sommes en 1352 à Saragosse, qui vient d'être ravagée par la peste. Nicolas Eymerich vient d'acquérir (tout en ruse) la charge d'Inquisiteur général du royaume d'Aragon. n soupçonne la Cour d'abriter un rite païen. responsable de manifestations étranges... A priori, rien ne relie ces deux intrigues; il faudra attendre les dernières pages, dans un climax hallucinant, pour trouver une révélation ma foi plutôt intéressante. Evangelisti met l'accent sur l'ascension et la détermination de l'inquisiteur, personnage ayant réellement existé; celui-ci est le héros de deux autres romans (à ce jour). L'écriture est un peu hésitante au début, même si elle rappelle Asimov au même niveau de Fondation, mais gagne en fermeté en avançant dans le récit. Pas de doute, un grand auteur est né !

EDIT : La série compte à présent 8 romans (6 publiés en France), ainsi qu'une adaptation en bande dessinée (Editions Delcourt).


Spooky.

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Publié le par Ansible
Publié dans : #Livres


DES MILLIARDS DE MONDES
En science-fiction, l’un des concepts fétiches des critiques et des commentateurs est celui de livre-univers. Il recoupe l’idée de création intégrale d’une mythologie, une histoire, une culture entièrement inclus dans un seul ouvrage, voire une série de romans ou de recueils de nouvelles. Suivant cette terminologie, on peut qualifier Des Milliards de tapis de cheveux de l’allemand Andreas Eschbach (je vous ai déjà parlé du polémique Jesus Video dans un précédent numéro d’Ansible) de livre-univers. En effet, à partir d’un simple fait de société (des hommes qui passent leur vie à tisser des tapis avec les cheveux de leurs femmes et filles), le roman confine à une véritable saga historico-cosmique (à l’instar de Fondation, j’assume !) aux implications infinies. Le roman se présente comme un recueil de longues nouvelles faussement indépendantes ; on change à chaque fois de personnage principal, ce qui oblige le lecteur à faire un effort de concentration, avec pour seul fil rouge cette trame de tissage de cheveux.
Eschbach ne prend pas son lecteur pour un idiot, lui qui a conçu ce premier roman comme un puzzle bariolé, avec des pièces de taille et d’aspect variables, et dont la cohérence n’apparaît qu’une fois l’ensemble complété, à la fin de l’ouvrage.
Les “nouvelles” sont toutes différentes, allant du simple (sic) tableau impressionniste saisissant (le Palais des larmes) à l’épopée guerrière.
Au fil des pages, il apparaît que la préoccupation de l’auteur est de lancer un grand cri d’amour à la liberté, au droit à la liberté. Mêlant habilement planet fantasy et récits intimistes, voici une oeuvre à découvrir de toute urgence !

     

Spooky.
       

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Publié le par Ansible
Publié dans : #Livres


La femme est l'avenir de l'homme, a-t-on coutume de dire. Et si son avenir, c'était d'être homme ou femme au gré des saisons ? C'est en tout cas la spécificité des habitants humanoïdes de la planète Nivôse, où se pose Genry Aï, Envoyé diplomatique de l'Ekumen, une fédération galactique qui cherche à élargir -pacifiquement- ses frontières. Aï sillonne la planète, plaidant la cause de l'Ekumen auprès des différentes nations. Mais en Orgoreyn, sa spécificité sexuelle le fait passer pour un monstre et croupir en prison. Mais il trouvera un(e) allié(e) inattendu(e), qui l'aidera à s'échapper. Une errance qui permettra à Aï de se révéler à lui-même.

On a souvent comparé l'œuvre d'Ursula K. Le Guin à Dune, de Frank Herbert. Il est vrai que ce roman, écrit en 1969, décrit plusieurs aspects d'un univers complet : politique, mœurs sociétales… A ranger dans la série La Ligue de tous les mondes, dont les romans peuvent être lus séparément. Une œuvre forte, ne serait-ce que sur le plan de la construction, à (re)découvrir absolument. A noter que ce roman est l'un des premiers où apparaît le terme d'ansible, le moyen de communication qui a donné son nom au présent fanzine.


Spooky

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