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...:::Ansible:::...

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Tous les territoires de l'imaginaire, en vitesse supra-luminique. Chroniques sur le cinéma, la littérature, les jeux, séries TV, bandes dessinées.

bd

Publié le par Ansible
Publié dans : #BD
Années 60. L’union soviétique investit des moyens considérables dans l’élaboration d’un sous marin d’exploration. Il ne transporte presque pas d’armes, mais est renforcé de manière à pouvoir supporter les pressions de profondeurs jamais atteintes. La mission ? Une mission archéologique de la plus haute importance. Mais elle échoue, tellement près du but.

Années 2050 : Au large des côtes syriennes croise le USS Nebraska, sous-marin nucléaire américain porteur des technologies les plus avancées. C'est durant cette paisible mission de surveillance qu'est découverte l'épave du vieux sous-marin soviétique gisant à proximité des vestiges d'un gigantesque sanctuaire. Le commandant décide d'envoyer deux équipes en reconnaissance. Tandis que celle chargée d'explorer le sous-marin russe revient rapidement, l'équipe partie dans le sanctuaire disparaît. La décision est prise d'aller récupérer les hommes manquants avant de regagner la surface.


C'est alors que certains membres de l'équipage commencent à présenter des troubles psychologiques, et qu'une mystérieuse épidémie se déclare à bord.

 


C'est à la faveur d'une réédition en intégrale que j'ai pu, enfin, découvrir cette série qui a tant fait parler d'elle.
BD Sanctuaire


Comment ai-je pu, au feuilletage il y a quelques années, décréter que ce n'était pas bon, visuellement raté ? Parce que là, je dois reconnaître que Christophe Bec a effectué un travail remarquable. Oublions les griefs concernant les reproductions de faciès d'acteurs connus, écartons l'aspect "statique" des postures des personnages, réfutons les couleurs sombres. Reconnaissons que certains visages ne sont pas très réussis, parfois pas reconnaissables d'une case à l'autre. Retournons l'aspect statique pour préciser que l'action se passe sous l'eau, ou sous terre, et que ces conditions entraînent une pression très forte. Les couleurs sombres sont elles aussi justifiées par ce cadre géographique, ou plutôt géologique. Moi j'ai pris mon pied en contemplant certaines pages, simples ou doubles, où Bec dévoile tout le gigantisme du Sanctuaire. Des façades cyclopéennes, des ambiances aussi réussies que dans Alien, une mise en scène plutôt réussie. Sur le plan graphique c'est une grande réussite. Un gag à envoyer à BoDoï : on nous montre une carte de l'Indonésie, alors que l'action se situe en Méditerranée, au large de la Syrie...



Quant au scénario, c'est une intrigue comme je les aime, amateur de fantastique que je suis. Là encore, l'ambiance est bien rendue, l'histoire monte crescendo, et plusieurs moments de "crise" ponctuent la narration. Un petit regret : la multiplication des personnages -malgré une ambiance de huis-clos- brouille un peu les cartes.

Bref, une grande réussite dans un style fantastique et paranoïaque, rarement égalée depuis.

Spooky.

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Publié le par Ansible
Publié dans : #BD


Repères
Reprenons les choses au début. Le manga (ou "la" manga, suivant la terminologie de certains spécialistes) est un terme générique désignant communément l'ensemble des productions dessinées de l'archipel japonais. Son origine vient probablement des estampes chinoises de différentes époques. Dans les années 1940 à 1980, un auteur a fortement contribué à développer cette "image dérisoire" (traduction approximative du terme) en explorant de nombreuses pistes narratives, et beaucoup de sujets divers : Osamu Tezuka. En Europe, nous connaissons les mangas sans le savoir, puisque les séries animées Goldorak, Albator et autres Candy (pour ne citer que celles-là) sont des adaptations de séries très populaires à l'époque. Pendant plus d'une décennie, ce furent les seuls représentants visuels de cette culture. Puis, au début des années 1990, deux éditeurs, Casterman et Glénat, décidèrent de publier quelques fleurons du manga : Akira, Dragon Ball, Apple Seed, Gunnm ou encore L'Homme qui marche. Dès 1994, de nouveaux éditeurs apparaissent et lancent de nouvelles séries. Les editions Tonkam sont parmi ceux-ci. Préférant s'écarter des séries connues du grand public (au contraire de Glénat), la maison Tonkam propose un catalogue plus audacieux et varié. Le public européen découvre alors qu'il y a plusieurs genres, et sousgenres, à l'intérieur du manga. Seinen, shônen, shôjo, gekiga, yuri, hentai… La sphère francobelge
se met au japonais.



Dans la foulée, Glénat avait publié plusieurs séries très inspirées par les mangas : HK, Nomad, Kazandou… Dix ans plus tard, le marché est littéralement envahi par les productions asiatiques (plus seulement japonaises, mais aussi coréennes et chinoises). Aujourd'hui, on compte 25 éditeurs faisant presque exclusivement de la traduction d'oeuvres asiatiques. Cette production "papier" est indissociable du marché vidéo, puisque des centaines d'OAV (Original Animation Video) adaptés de ces mangas sont également disponibles. Les ventes sont parfois très importantes, ce qui incite de nombreux éditeurs à se lancer dans l'aventure. La dernière génération de lecteurs a appris à lire avec les Yu-Gi-Oh !, Naruto ou I''s, comme la précédente avait appris avec La Quête de l'Oiseau du temps, Yoko Tsuno ou Aquablue, et celle de leurs parents avec Johan et Pirlouit, Jerry Spring ou Astérix…



Le marché de la bande dessinée dans l'espace franco-belge atteint un point d'étouffement sans précédent. Avec 3 500 sorties sur l'année 2005, l'Association des journalistes et critiques de bande dessinée parle de "mangalisation". Sur les 2700 nouveautés de l'année, plus de 1100 appartiennent à la sphère asiatique. Dans ce contexte, et alors que les chaînes de télévision (câble et satellites compris) diffusent de nombreuses séries animées asiatiques, il n'est pas rare de constater une "mangalisation" nette du lectorat, mais aussi des auteurs. Certains auteurs européens sont directement influencés par Miyazaki, de nombreux fanzines et fan-arts fleurissent dans les conventions, les festivals, … Il faut dire que le manga, dans son acceptation globale, propose une alternative intéressante à la tradition de la BD franco-belge : un format plus pratique, une contrainte de pagination complètement absente, des choix de cadrages et de rythme totalement débridés (sans mauvais jeux de mots)…

De fait, des "clones" européens sont déjà apparus : nous pourrons citer DYS (Editions Pika), réalisé par un Belge dans le sens de lecture japonais… Une parodie, Sentaï School (Editions Kami) a récemment vu le jour, mais il s'agit là d'un assemblage de situations et de "poses" typiquement… typées. D'autres séries, comme Nanami, Pixie, empruntent à divers niveaux à la culture manga : format, style… En 2006, des éditeurs lancent une grande offensive sur le terrain. Après que Soleil ait publié deux " mangakas " (auteurs de mangas) allemandes avec Christina Plaka et Anike Hage (qui ont réalisé leurs albums dans le sens de lecture japonais), Delcourt propose un véritable manga réalisé selon les "normes" japonaises. Jenny, jeune dessinatrice, sort sa première série Pink Diary. Elle doit réaliser 180 planches tous les 3 mois, dans un style directement inspiré de grosses pointures du shojo. Il existait déjà une école de bande dessinée depuis plus de 15 ans à Angoulême, d'autres établissements comme l'Institut Saint-Luc à Bruxelles… Il y a désormais une école de manga, qui s'appelle Eurasiam, pilotée par HEC. Enseignement graphique, apprentissage du japonais, études culturelles, les futurs mangakas issus de ce cursus arriveront bientôt sur le marché.



Alors, dans ce contexte éditorial saturé, est-il légitime et judicieux de proposer une "troisième voie" ?
Quoi qu'il se passe, le mouvement est d'ores et déjà enclenché. Que les récriminations soient d'ordre sémiologique ("un manga est par essence japonais") ou économique ("encore des nouvelles séries"), les premiers produits de l'évolution de la bande dessinée européenne sont d'ores et déjà sur l'étal des librairies, même s'il ne s'agit pour l'instant que d'une poignée de séries. Mais si le mouvement s'amplifie, le lecteur lambda, déjà complètement noyé, n'aura véritablement plus aucun repère. Faudra-t-il ranger ces "mangas français" parmi les mangas ? Parmi la BD francobelge ? Quoi qu'il en soit, la question principale reste : cette nouvelle tendance sera-t-elle de qualité ? Oui, à entendre un éditeur qui souhaite se lancer uniquement sur ce créneau. Nous avons des scénaristes et des dessinateurs talentueux en France, mais ceux-ci souhaitent explorer de nouvelles voies, sortir du carcan des 46 pages, du format A4, de la rigidité -relative- du style traditionnel franco-belge, hérité de la ligne claire. Alors, pourquoi pas ? Il semblerait que le format traditionnel ait vécu, connu son âge d'or, et mange actuellement son pain noir. Même au sein de la BD restant d'obédience franco-belge, les expérimentations se multiplient.

Le lectorat est-il prêt pour lire ces produits ?
Des sondages et des discussions sur des forums internet montrent que les avis sont partagés. Un nombre assez conséquent de lecteurs font un blocage sur le terme de "manga français", et risquent de faire également un blocage lorsqu'ils verront une étiquette portant cette mention sur les étals de librairies. Une autre frange de lecteurs n'a visiblement rien contre, du moment que la qualité est au rendez-vous.
En fait le problème semble d'origine culturelle. Les mangas sont -pour la plupart- publiés dans leur version tankôbon (petit format), plutôt que dans le format des revues spécialisées telles que Shônen Jump ou Monthly Jump. La bande dessinée est, depuis les années 1970, publiée dans des albums cartonnés, aux couvertures mates puis brillantes, ce qui en a fait un objet agréable à l'oeil, presque luxueux, avec un prix en constante augmentation depuis 20 ou 30 ans. Au Japon, comme aux Etats-Unis avec les comics, d'ailleurs, la bande dessinée est publiée sur un papier de qualité médiocre. Le manga a gardé son atout "populaire" (et donc "cheap") en étant vendu à 4 à 6 euros pour 120 ou 140 pages, un album "classique" de BD se vendant actuellement aux alentours de 12,50 euros pour 48 pages. Pour le lectorat "de base", les enfants de 8 à 12 ans, par exemple, le choix est vite fait. Voilà l'une des raisons de la mangalisation du marché…


Spooky.

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Publié le par Ansible
Publié dans : #BD


Je l’attendais depuis longtemps et c’est lui : le manga qui s’impose à moi comme l’une des plus belles bandes
dessinées que j’aie pu lire. Ce n’est pas le premier manga que je lis mais presque, mais c’est le premier
à me faire un tel effet. Il entre par la grande porte au sein des ouvres cultes, des bouquins qui ont su me
marquer de façon indélébile.
Le postulat de départ est très excitant … ne vous êtes vous jamais posé la question de ce que vous feriez si vous pouviez revenir en arrière ? Ce que vous changeriez dans votre vie si vous aviez l’occasion de revivre des périodes-clés, ces moments où certains choix déterminent l’itinéraire d’une vie et où s’estompent comme des rêves les réalités qui auraient pu être, les chemins différents qui resteront à jamais de l’ordre du conditionnel passé ? Jiro Taniguchi nous prouve ici à quel point la réponse classique « moi je ne changerais rien » n’est pas si évidente que ça.
Voilà très exactement le genre de sujet qui me fascine. Parce que tout en lisant l’histoire de Hiroshi, son retour à l’adolescence alors qu’il a gardé tous ses souvenirs d’homme mûr, on se pose des questions sur soi-même. Sur sa vie, sur ce qu’on regrette d’avoir fait. Sur ce qu’on regrette de n’avoir pas fait. Taniguchi nous entraîne avec lui dans l’histoire intimiste d’un homme ordinaire. Ça peut paraître un brin rébarbatif dit comme ça… et pourtant c’est tout le contraire. Le récit est passionnant, parsemé de ces détails qui font d’une histoire une bonne histoire. Et, bien que situé dans le Japon des années 60 la majorité du temps, le récit a quelque chose d’universel, ce quelque chose qui fait qu’il touche tout le monde.



L’auteur prend le temps de poser son décor, ses personnages, il évite de se précipiter dans le déroulement de son intrigue et c’est tant mieux. Car au fil des pages on évolue en même temps que Hiroshi. D’abord l’étonnement, le refus d’y croire.
Ensuite vient l’expérimentation, on est heureux de voir le personnage profiter de son expérience d’adulte pour améliorer sa vie d’adolescent. On se prend à espérer le voir réaliser telle ou telle chose, on se dit « moi à sa place je ferais ça ! », on vit l’expérience pleinement. Et enfin on se pose les questions de fond avec lui. A-t-il le droit d’influencer son passé, de prendre des chemins qu’il n’avait pas pris la première fois qu’il avait 14 ans ? Le peut-il seulement ? Le suspense monte tandis que Hiroshi cherche à résoudre le mystère de son père…

Bref, ce manga est captivant du début à la fin.

Côté dessin, Taniguchi sait faire jouer ses deux principales qualités : la simplicité et le réalisme de son trait tiennent un grand rôle dans le fait qu’on se plonge sans la moindre retenue dans son histoire. Quartier lointain est un de mes plus gros coups de cour de ces dernières années, et je le range sans hésiter parmi les chefs d’oeuvre du 9ème art.

Marv’.

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Publié le par Ansible
Publié dans : #BD


La planète Mars se partage entre les humains et une nouvelle race génétique, les Afridiens. Etres mal aimés et soumis aux pires inégalités, les Afridiens se battent pour plus de liberté. Alors que les tensions entre les deux peuples vont croissantes, de monstrueuses créatures envahissent la planète rouge. La découverte d'un couple de touristes complètement dépecés accentue encore les peurs et les problèmes de communication.

David "Boozer" Soho, ancien flic reconverti en dépanneur agréé, et Donna Mc Spayne, diplomate et spécialiste du conflit Afridien, sont chargés de l'affaire. Ensemble, ils vont mener l'enquête pour essayer de déjouer un complot d'importance interplanétaire... Nouvelle venue dans l'univers des Stryges, Les Hydres d'Arès détonne par un environnement à la fois exotique et futuriste.


Le dessin a été confié au "débutant" Alexis Sentenac, qui a pris la relève de Marc Moreno, auteur du Régulateur (Editions Delcourt), alors pris par d'autres projets. Ce premier tome a mis près de trois ans à voir le jour, la faute à un changement de dessinateur, une direction éditoriale quasiment absente, et des soucis avec le coloriste, Svart. Bref, c'est un projet qui a mis du temps, mais a quand même réussi à voir le jour grâce à l'opiniâtreté de ses auteurs.
Au final le "pitch" de la série n'est pas inintéressant, même s'il n'est pas original. Sur une autre planète, des gens se font attaquer dans le désert par des créatures inconnues. Ne voulant pas alerter les autorités risquant de mettre en péril la colonisation, on confie le bébé à un semi-marginal, ancien militaire. L'occasion pour Corbeyran de faire de l'Alien avec du conflit israëlo-palestinien dedans sans en avoir l'air.



Ca se lit assez bien, même si certaines répliques me semblent un peu faiblardes, et si le dessin alors un peu
irrégulier de Sentenac est quelque peu écrasé par les couleurs, un peu trop pétantes à mon goût. Ce qui n'empêche pas le dessinateur, grand amateur de SF et de comics, de glisser pas mal de clins d'oeil sympas dans son album.
Je lirai la suite avec intérêt.


Spooky

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Publié le par Ansible
Publié dans : #BD


Si chacun connaît L'Île au trésor, qui sait réellement ce qu'il est advenu du pirate Long John Silver ? Xavier Dorison et Mathieu Lauffray ont tout simplement entrepris de raconter son histoire, nourris par les récits de grande aventure et de piraterie. Somptueux !

Délaissée par son mari parti découvrir le nouveau monde depuis plusieurs années, Lady Vivian Hastings est restée à Bristol, en Angleterre. Seule ? Pas tout à fait : Vivian, consciente de son charme, ne manque pas de prétendants. Ceux-ci ne connaissent pas sa situation matérielle inquiétante : ruinée bien que toujours propriétaire du domaine et, surtout, enceinte.Tout bascule le jour où Vivian reçoit enfin des nouvelles de son mari qui lui somme de le rejoindre en Amérique du sud où Lord Hasting aurait découvert le mythique trésor de Guayanacapac ! Acculée, Lady Hastings décide de partir et fait appel, malgré les mises en garde du docteur Livesey, à une bande d'hommes sans foi ni loi dont le chef n'est autre que le redoutable Long John Silver.
Vivian conclut un pacte de sang avec ce pirate qui lui propose de l'embarquer jusqu'au nouveau monde en échange d'une partie du trésor. Le voyage s'effectuera jusque dans les pays les plus reculés, le long de l'Amazonie, en pleine forêt.

Attention, expédition à surveiller de très près !
Partir à la recherche de l’héritage de Robert Louis Stevenson n'est pas une mince affaire, et il vaut mieux
s'appuyer sur un solide équipage pour s'y atteler.
C'est le cas avec le tandem Dorison-Lauffray. Le premier sur la dunette, en navigateur chevronné, semble bien connaître la route. Le second, capitaine de vaisseau déjà bardé de nombreux titres de gloire, est un leader rassurant pour l'équipage. Un équipage que l'on espère fourni et enthousiaste, un équipage qui devrait rester fidèle à ce gros galion affrété par l'armateur Dargaud pour une destination encore floue, mais qui promet monts et merveilles.



Mais la traversée est semée d'embûches. Il ne faudra pas se décourager au moindre grain, ne pas craindre le mauvais oeil qui accompagne souvent la présence de femmes à bord, même si celles-ci sont précédées par une réputation sulfureuse. Non, il va falloir garder le cap, lutter contre vents et marées, et mener l'expédition à bon port, à Guyanacapac, cité fabuleuse.

Les voyageurs ne sont qu'au début de leur périple, mais nul doute que celui-ci fera date dans l'histoire de la navigation.

Spooky.

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Publié le par Ansible
Publié dans : #BD


parisiennes sans dessein ni envie, à part peut-être celle d’être désagréable. Il est peintre, en but aux exigences imbéciles des marchands d’art. Il n’y a qu’Armelle, sa compagne par intermittence, qui arrive parfois à le supporter
une journée entière, et encore...
Jean perd progressivement pied dans cette réalité abstraite qu’est l’univers autour de lui. "Pourquoi rester dans ce monde ?" Il ne s’y voit aucun avenir, incompris, et demeure au bord du néant. Jusqu’au jour où, sur les quais de la Seine, il croise un étrange savant, Dagerlöff. Le physique et la verve de ce vieil homme tirent un instant Jean de ses rêveries morbides mais très vite le personnage lui devient insupportable. Et pourtant il ne parvient à se détacher de ce Méphistophélès moderne.
Peu à peu Dagerlöff et lui en viennent à partager leur obsession de la mort et le génie lui explique alors sa théorie du voyage dans la "causalité". Et si l’homme parvenait à se projeter dans le temps par celle-ci. S’il était capable de voir le devenir de chaque chose au moment où l’on pose son regard dessus ? Poldonsky, involontairement, va se retrouver embarqué dans cet étrange voyage, au bord de la folie.

Ah ça c'est du vrai fantastique ma bonne dame !
Du solide, de l'approfondi, comme on en faisait dans le temps, du fantastique lentement mûri, façonné par des mains d'artisan rougies par le travail, avec des bouts d'angoisse, de mystère et de suspense dedans.



Adapté d'un classique oublié de Jacques Spitz, ce diptyque s'annonce comme très intéressant. Jean-Michel Ponzio a récemment été remarqué pour une autre série prometteuse, Le Complexe du chimpanzé, pour une histoire où le temps prend une place prépondérante. C'est le cas également ici, puis que le personnage principal peut, à la suite d'une injection non désirée, voir ce que vont devenir les denrées et les êtres périssables à court terme, puis à terme tout court, c'est à dire à leur disparition. Un sujet fort, très bien traité dans l'ouvrage de Spitz, et bien adapté par Ponzio, dans une version "moderne". Curieusement, j'ai pensé à un manga lorsque j'ai lu cet album ; il s'agit de Homunculus, où un SDF peut, à la suite d'une opération chirurgicale, voir les gens d'une autre façon, plus métaphorique.
Au départ je ne suis pas fan du style graphique de Ponzio. Ce réalisme photographique, légèrement retouché, qui s'intègre dans une bande dessinée, me gêne quelque peu. C'est d'ailleurs pour cela que je n'ai pu lire Zéro Absolu, Christophe Bec ayant un style assez proche. Mais je dois avouer que pour un récit de ce calibre, et surtout pour servir une histoire parlant de la distorsion de la réalité -et des sensations visuelles en particulier-, ce décalage en devient presque indispensable, et du coup entièrement légitime.
On s'embarque très vite sur les pas de ce pauvre Jean Poldensky, qui perd peu à peu pied avec la réalité...
Si vous aimez le fantastique, les univers légèrement décalés, je pense que vous ne serez pas déçu(e)(s).

Spooky.

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Publié le par Ansible
Publié dans : #BD


Décembre 1944, dans les Ardennes belges. Une compagnie de GI’s s’est avancée dans les lignes ennemies. Parmi eux, Chris Stavros, qui vient d’apprendre la mort de sa femme dans un accident de voiture. Il n’a plus qu’une idée en tête : rentrer au pays pour retrouver son fils.

Mais voilà que le groupe se trouve confronté à des soldats allemands… des soldats qui se relèvent après être tombés sous les balles ! Une partie des Américains se fait exécuter, tandis que les survivants, en fuite, se mettent sous l’autorité de l’énigmatique Mark. Ils ne sont pas au bout de leurs surprises : deux anges, luttant pour la possession de l’Épée de Dieu, tombent du ciel et s’écrasent près d’eux. C’est le début d’une quête pour retrouver l’objet sacré avant l’ennemi…

 

Sur la terre comme au ciel est originellement paru aux Etats-Unis sous le titre Light Brigade ("Brigade légère" ou "Brigade de lumière" ?) chez DC. D’ailleurs, seule concession à cet univers, Simon, l’un des personnages, est fondu de comics. En France, la série est disponible chez Soleil en intégrale (avec les couvertures originales en fin de volume), ou alors en deux tomes (ce qui vous fera économiser 2€).

 





L’histoire repose avant tout sur l’action, peu de place pour la réflexion (même la crise de foi de Stavros n’est qu’un aspect du personnage et ne pose pas questionnement). Les scènes de combat sont nombreuses, servies par un bon dessin. Mais, attention ! quand je parle de combats, je parle de sang qui gicle, de tripes à l’air, de crânes défoncés. Sur la terre comme au ciel ne fait pas dans la dentelle. On voit plus souvent des bouts de cerveau qu’on ne fait marcher le sien. Cela dit, ça reste efficace dans son genre, sans être bourrin. Et ça pourrait même donner quelque chose de très fun au cinéma, à condition de ne pas édulcorer les batailles.

Cependant, le déroulement est un peu linéaire et le scénario, malgré de bonnes idées, est imprégné de religieux et de mysticisme très premier degré. On frôle parfois même la bondieuserie et plusieurs passages semblent tout droit sortis de la Bible. A peine le personnage principal vient-il contrebalancer la ferveur religieuse toute nouvelle de ses camarades, et qui imprègne tout le récit sans vraiment de remise en question. Quant aux méchants, ils ont beau y aller de leur critique envers Dieu, leur voix ne perce jamais réellement. En outre, plus on avance dans le récit, moins il semble réaliste.

Bref, une bonne BD d’action, mais rien de transcendant.

 

Yaponchik.

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Publié le par Ansible
Publié dans : #BD


WHO’S WATCHING THE WATCHMEN ?

New York, 1985. Suite au vote d’une loi, les super héros ne peuvent plus exercer leur justice. Sur fond d’une guerre nucléaire menaçante, Edward Blake, alias « Le comédien », est retrouvé mort, assassiné. Rorschach, détective complètement psychotique caché derrière un masque aux formes mouvantes, soupçonne quelqu’un de vouloir éliminer les anciens super héros et part prévenir ses anciens compagnons… auprès desquels il ne rencontre qu’indifférence, incrédulité, hostilité. Et tandis qu’au fil des pages les aiguilles de l’horloge approchent de minuit, l’incroyable mécanique se révèle dans toute sa démesure.. Le génie a ceci de particulier qu’il est incomparable. Déjà avec “From Hell”, Alan Moore nous laissait époustouflé. Mais avec “Watchmen”, on reste hagard, assommé, ahuri. “Watchmen” dépasse de plusieurs ordres de grandeur l’écrasante majorité de tout ce qui existe actuellement en bande dessinée. Moore veut faire quelque chose ? Qu’à cela ne tienne, il se lance dedans corps et âme, et sans compromission réalise ce qu’il veut faire comme il le veut, le jet sur le papier d’un esprit démesuré qui brasse concepts et narration avec une aisance facile, comme si cela lui était naturel depuis toujours. De quoi rappeler à l’humilité beaucoup de créateurs, tous domaines confondus. (vous aurez compris que ceci est mon impression, pas nécessairement la réalité). Car “Watchmen”, c’est un monument. Rien que par la taille : à l’origine 12 livrets d’une bonne trentaine de pages, agrémentés à chaque fois d’un petit dossier complémentaire, le tout regroupé en une intégrale de 400 pages, cela promet une lecture longue. Très longue. “Watchmen” parle (entre autres !) de super-héros. Mais de super-héros vieux, usés, dépassés, à la retraite. De super-héros plus jeunes aussi, mais mis à l’écart, oubliés, soumis à la loi, et eux aussi perdus, désorientés. De super-héros humains, qui doivent faire de la musculation, s’entraîner incessamment pour rester en forme. De super-héros qui, comme Rorschach, n’ont rien de super-héroïque mais sont au contraire complètement humains. De super-héros qui malgré tout présentent une différence avec l’humanité, ce qui soulève immédiatement le problème de la différence, de la cohabitation, du rejet, thème qui est présent en toile de fond dans “Watchmen”. Ouvrage apparemment fondateur, le sujet a depuis été repris par bien d’autres (voir “Powers” et “Kingdom Come”, entre autres), preuve de l’originalité et de l’intérêt de la chose, comme pour Tolkien dans un domaine voisin. Malgré tout, l’intrigue principale paraît mince, a posteriori, et on pourrait même le résumer en quelques petites lignes. Car ce qui fait l’incomparable richesse de “Watchmen”, ce n’est pas le fil directeur de l’album, enquête certes bien menée, intéressante, mais finalement pas renversante. Non, ce qui fait cette richesse, c’est l’incroyable galerie de ces personnages absolument superbes, l’absolu cynisme d’Alan Moore, qui à travers ce livre nous jette à la face un regard froid et réaliste sur notre monde, sur la politique à grande échelle, sur nous en tant qu’humains, sur nos croyances et leurs raisons d’être. Sans entrer dans les détails, ce serait long et lassant, chacun des personnages principaux a une personnalité extrêmement marquée et marquante, symbolisant de façon parfois à peine couverte diverses notions pas du tout édulcorées (cf le Docteur Manhattan, quasi-omnipotent, et pourtant presque totalement impuissant, l’image même de Dieu, comme cela est suggéré tout du long). Moore, sous des dessous de fiction, la joue ici à la dure, à la réaliste, à la crédible, que même les meilleures saisons de X-Files peuvent aller se rhabiller. De plus, les petits dossiers à la fin de chaque chapitre (dont la lecture est largement dispensable la première fois) sont très intéressants. Adoptant le point de vue de différents personnages (le Nite Owl original, le professeur Milton Glass...), ou montrant des documents annexes (coupures de journaux, casier judiciaire de Rorschach...), ils permettent de creuser l’univers dépeint, de lancer de nombreuses pistes pour le lecteur intéressé, et tout simplement d’entrer encore plus dans l’œuvre et la réflexion associée.



Loin d’être superflus, ils sont réellement enrichissants. Rien que cela fait de “Watchmen” une lecture démesurément riche, trop en tout cas pour tout saisir en une seule fois. Mais ce n’est pas tout. Il y a la mise en scène... elle aussi d’une richesse impressionnante... Découpage (pourtant a priori très austère, basé sur un gaufrier 3 x 3), cadrages, symboles leitmotivs, scènes en arrière-plan, utilisation d’une thématique pour chacun des douze livrets (c’est particulièrement visible pour le chapitre 4, sur Docteur Manhattan), chevauchement de la narration pour deux histoires différentes (le comics que lit le gamin, où le héros essaie déséspérément de revenir à Davidstown, dont les textes s’appliquent également — mais avec une autre signification — à l’histoire en cours, et dont le final éclaire cette même histoire d’une lumière intéressante), doubles-sens en pagaille (graphiques et textuels), etc. Bref, au niveau de la composition, c’est là encore impressionnant... La facilité avec laquelle cela semble être fait rappelle d’ailleurs un peu David Lodge, qui n’hésite pas à utiliser allègrement à sa façon les genres littéraires existants. Les couleurs par contre, il faut bien le dire, sont absolument ignobles. Palette chromatique plus que limitée et pétante à déchirer les yeux, aplats massifs, c’en est presque repoussant. Et le dessin, pas mauvais mais très standard façon comics quelconque, n’arrange pas vraiment les choses. Si l’on devait noter cette œuvre, cela donnerait à peu près ceci :
- richesse de l’œuvre : 5/5
- mise en scène : 5/5
- dessin : 3/5
- couleurs : 1/5
- plaisir de lecture : 4,5/5


Un dernier mot, sur la comparaison qui semble être faite par certains de “Watchmen” et “Kingdom Come”. Les deux ont en commun une certaine thématique (l’intégration des super héros parmi l’humanité, avec tous les problèmes que cela comporte, aux niveaux personnel et politique), mais là où le premier présente une véritable richesse littéraire dans sa forme, rare même parmi les meilleurs romans, et profitant bien de la spécifité du médium bande dessinée, là où on sent l’esprit d’horloger d’Alan Moore avec un regard d’une profondeur fascinante, critique, cynique, décortiquant notre monde pour le retranscrire, le second — bien qu’à mon avis excellent — est très nettement plus terre à terre, plus premier degré... Mais à lire tout de même.

CoeurdePat

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Publié le par Ansible
Publié dans : #BD


PAS PETER !

Peter Pan : un nom magique, qui évoque beaucoup de choses dans notre imaginaire collectif. Un imaginaire fortement teinté de Walt Disney, bien sûr… Quel est l'incongru qui a osé citer le très moyen Hook, de Steven Spielberg ? désormais il faudra compter avec le Peter Pan dessiné et adapté par Régis Loisel, aux Editions Vents d'Ouest. Loisel, le gars qui a relancé la BD d'heroic fantasy avec La Quête de l'Oiseau du Temps (scénarisé par Serge Le Tendre). Loisel, qui a su faire fantasmer toute une génération de lecteurs avec sa plantureuse et adorable Pélisse… La femme ultime, qu'on n'aura jamais… L'aventure à l'état pur, qu'aucun de nous ne vivra sans doute… Et un beau jour, à la fin des années 1980, Loisel s'attaque à un autre défi : adapter à son tour Peter Pan, œuvre de Sir James Matthew Barrie, monument de la littérature pour enfants, passé à la postérité, comme je l'ai déjà dit, grâce au roi de l'animation. Attention, je parle de vrais monuments, ceux qui ont traversé les âges, comme les histoires de Dickens ou Le Vent dans les Saules… Bref, une perle comme seuls les Anglais seuls savent les raconter. Mais il décide raconter cette histoire-là à sa manière, en y rajoutant de la roublardise, une nouvelle part de rêve, et surtout, son trait inimitable. Dès le premier tome, le public répond présent, adoptant ce Peter-là, pauvre gamin déshérité se réfugiant dans ses rêves et les partageant avec une bande d'orphelins gouailleurs. Un Peter qui ne veut pas grandir, se confronter au monde des adultes. Et un beau jour,euh non, un jour maussade comme les autres, une petite fée (que nous connaissons tous) vient le chercher, voyant en lui celui qui pourra sauver un monde. Ce monde, c'est celui des êtres de légende, des demis-dieux, des petites fées, des sirènes… des êtres qui se sont regroupés dans une île, qui menace à son tour de disparaître face aux assauts d'un méchant capitaine et de sa bande de pirates. Embarquement pour l'aventure avec un grand A !

Loisel nous emmène dans l'intimité de ces créatures, qui ne demandent rien d'autre que de vivre en intelligence avec leurs voisins, les Indiens, mais qui voient d'un mauvais œil ces pirates sans pitié ni vergogne. Un monde féerique, où les gens oublient ce qu'il s'est passé quelques jours plus tôt, où la notion du temps n'existe plus, bref, l'insouciance, l'oubli du Grand Gourmand, le bonheur selon Sir Barrie. Peut-être a-t-il raison, après tout.

Loisel a mis près de quinze ans pour réaliser ses six albums. La dernière planché a été réalisée en décembre 2003. l'attente des fans a enflé au fil des lectures, des relectures de ce roman illustré. Les suppositions, les théories ont eu le temps de s'échafauder sur l'acharnement du capitaine (que l'on n'appelle à aucun moment Crochet) à vouloir tuer Peter. Une forme de némésis ? peut-être.



Mais on a aussi des théories sur l'identité de Jack l'Eventreur, dont l'histoire apparaît en filigrane dans l'histoire. Car Peter est originaire de Whitechapel, quartier à l'histoire chargée, et il y revient régulièrement, selon ses besoins. Curieusement, chacune de ses incursions correspond à un meurtre sanglant… C'est un aspect, qui visiblement, n'apparaît pas dans le roman original, mais, dixit Loisel lui-même est la théorie de Pierre Dubois, spécialiste des lutins et autre féeries. Une thèse intéressante, pas entièrement affirmée par Loisel. Car il laisse planer le doute sur l'identité du plus célèbre serial-killer de l'Histoire.

Et c'est ça, la force de ce Peter Pan : laisser à chacun des lecteurs la possibilité d'inventer une explication qui lui conviendrait. Ne pas tout dévoiler. Peter pan est un roman qui laisse une part gigantesque à l'imaginaire. Loisel a habilement prolongé cette vocation en rajoutant des éléments qui viennent enrichir l'histoire, tressant inextricablement une toile dont on ne peut sortir. Certaines scènes du tome final, voire le tome lui-même, peuvent provoquer une certaine frustration chez le lecteur. Je l'avoue, arrivé à la dernière page, et malgré l'épitaphe de Loisel la suivant, j'ai cru qu'il y avait encore quelques pages à la suite. Mais Rien. Avec un grand R. Loisel nous laisse seul avec notre vécu, la lecture passée, des centaines d'images inoubliables, et des interrogations sans fin. Très habile. Attention, ce tome final est très noir, pessimiste.

Si l'on s'attaque au graphisme de l'œuvre, je dirais qu'il y a deux Peter Pan. Il suffit d'ouvrir les albums pour s'en convaincre. Du premier au troisième, Loisel utilise son style crasseux, granuleux, avec des couleurs falotes ; style qui me gênait un peu dans La Quête de l'Oiseau du Temps. Et puis, à partir du tome 4, on a un dessin plus épuré, plus " propre ", nettement plus agréable. C'est là, je dirais, que se situe la seule faute tactique de Loisel. Car j'aurais bien vu cette dichotomie chromatique pour différencier Londres et l'Ile. Une Londres merveilleusement bien rendue, avec son fog, ses ruelles informes, sa population anonyme et pouilleuse… Cette différence m'a sauté aux yeux en ouvrant le tome 4. Je me suis dit " ça y est, les horreurs des premiers tomes sont passées, on passe au temps de l'innocence, à l'oubli… Et paf ! Voilà que Loisel nous envoie en pleine figure un tome 6 extrêmement sombre, bourré de retournements incroyables… Avec toujours ce style très pur, très éclairé… Peut-être parce que les habitants de l'Ile continuent d'oublier, de vivre dans leur insouciance ? C'est peut-être une explication. Qui ne me satisfait pas. Cela dit, malgré ce bémol, ça reste une très belle BD, comme en témoignent certaines des couvertures : je vous recommande particulièrement celles des tomes 4 et 6. cette dernière est d'ailleurs très intéressante : scrutez le regard de Clochette. Quelles pensées se nichent-elles dans les profondeurs de son âme ? Vous ne le saurez qu'en lisant cette très bonne série.

Spooky.

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Publié le par Ansible
Publié dans : #BD


REVERIE

L’invitation au voyage commence dès la couverture. Un paysage dépouillé, où Lisa et William nous invitent à les suivre dans cet album exceptionnel. Une intention louable apparaît dès cette couverture magnifique : celle de l’humilité. Le nom des auteurs n’apparaît pas, laissant un maximum de place à la beauté intemporelle de l’image. Dargaud avait déjà fait le coup un an plus tôt pour le tome 1 de Kabbale, de Grégory Charlet. Alors on est intrigué, on aimerait savoir qui se cache derrière cette couverture à la fois spartiate et fascinante. Et on ouvre la BD. Une ambiance de vacances, un cadre enchanteur qui charmerait n’importe qui. L’ensorcellement agit à plusieurs niveaux. Le dessin, sans être exceptionnel, est empreint d’une poésie des formes, tout en rondeurs. La plupart des cases sont extrêmement travaillées, certaines sont incroyablement belles. Les corps ont subi l’influence de l’ »Ecole Vatine », comme je l’ai lu quelque part, c'est-à-dire une décontraction apparente dans le trait, qui dégage une impression primesautière, quasi enfantine. Les visages des personnages sont très expressifs, ce qui est logique, car Olivier Pont a fait ses armes dans la BD d’humour, chez Vents d’Ouest. Les décors sont à couper le souffle, comme en témoigne l’à-pic de la couverture. Rajoutons un travail très soigné sur les couleurs chaudes, des dégradés fort impressionnants, et l’on obtient un album à la picturalité incroyable. Le scénario. Sur fond d’histoire pagnolesque (des « étrangers » tentent de s’intégrer dans une petite communauté méridionale), on suit une intrigue doucement teintée de fantastique, avec des séquences oniriques –pour l’heure- absconses. Le récit coule de (Manon de la) source, on se laisse bercer par les couleurs chaudes, le rythme lénifiant, ces moments de pure joie enfantine sur les pas de Lisa et William. Mais les séquences (oniriques ?) dessinées dans un style plus brut et narrées de manière hachée ne peuvent qu’entraîner des interrogations : qui « rêve » ? Pourquoi l’acteur semble-t-il être une personne différente d’une fois sur l’autre ? Et, pour revenir à l’intrigue principale, quels sont les réels pouvoirs de Lisa ? D’où elle et son père viennent-ils réellement ? Où va-t-elle à la fin de ce premier tome ? Que signifie ce puma que voient les quatre enfants ? Que de questions alléchantes qui devraient trouver leur réponse dans le second tome, conclusif. Parlons du titre, à présent, et de sa… portée. A l’évidence, il désigne un lieu. Véritable, fantasmé, imaginaire ? S’agit-il, comme le suggère la couverture, d’un lieu simplement hors de vue, ou plus prosaïquement hors des bords (physiques) de la BD ? Ou s’agit-il du lieu où la mixture préparée par Lisa emmène les quatre enfants, un lieu où se trouve peut-être la clé de leur lien si particulier (et pourtant non encore dévoilé) ? Serait-ce le lieu où Lisa part, au-delà des mers ?



Un autre questionnement apparaît en arrivant à la fin de ce tome 1 ; à côté de la signature des auteurs se trouve la mention « 1999 ». Est-ce à dire que ceux-ci ont mis près de cinq ans pour trouver un éditeur ? Ou alors, ont-ils voulu peaufiner leur œuvre –jusqu’ici- maîtresse afin de la sortir dans les meilleures conditions éditoriales possibles ? Encore une question que j’aimerais poser aux auteurs… En bref, un pur bijou qui m’a inspiré ces modestes épîtres :
Ô toi Barellito
Petit port bien au chaud
Savais-tu qu’en ton sein
Se trouvaient des gamins
Nés le même jour
Liés en secret pour toujours ?
Des hommes au destin tragique
Des rites chamaniques
Des images chimériques
Autour de cette petite crique
Des hommes au grand cœur
Qui se rêvent pêcheurs
Finiront par partir
Dans la peau de martyrs
  Venez par ici Ô conteurs
En ces temps maussades
De bouffonnerie arlestonienne
Vous avez su enchanter
Nos yeux et nos goûts
Avec Lisa et William
Au cœur du drame
Nous irons jusqu’au bout
Laissant nos cœurs chavirer
Au fil de cette ballade italienne
Savourée à la régalade.
Du fond du cœur
Infiniment merci.

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