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Tous les territoires de l'imaginaire, en vitesse supra-luminique. Chroniques sur le cinéma, la littérature, les jeux, séries TV, bandes dessinées.

Publié le par Spooky
Publié dans : #Séries TV

Waow !

Je crois bien que c’est pour moi la série de l’année. J’étais curieux de voir la relecture du classique de Stephen King, dont le mètre-étalon reste pour moi la version baroque de 1976 réalisée par Brian de Palma, avec notamment des split screens. Passons sur les versions intermédiaires, soit trop fades soit trop proches du texte original, qui ne brillait pas par ses qualités (même si j’adore King). Mike Flanagan, qui a déjà adapté de manière intéressante des récits comme Jessie, Doctor Sleep et La Vie de Chuck, s’attaque donc à Carrie, pour en faire ce qu’on croyait être une mini-série, et peut-être d’en faire une série tout court, sur plusieurs saisons.

Très vite dans la production Flanagan a déclaré qu’il souhaitait s’écarter un peu du texte d’origine, et c’est sa meilleure idée. Il a gardé une partie de la forme particulière du roman, remplaçant les coupures de presse par une interview des survivants des évènements de Chamberlain. Et délibérément développé les personnages secondaires, leur faisant prendre plus d’épaisseur.

Mais revenons sur l’histoire de Carrie. Après la mort tragique de son père sur un chantier, Carrie et sa mère Margaret sont repérées par les services sociaux, et identifiées comme étant précaires. Margaret doit donc sortir de sa grotte de femme au foyer afin de subvenir à leurs besoins, acceptant de devenir caissière dans un supermarché. Quant à Carrie, dont l’existence était inconnue de tous hormis d’une voisine avec laquelle elle avait tissé une relation presque amicale, elle doit intégrer le lycée local. Ignorant tout des codes sociaux, elle se fait vite remarquer par sa naïveté et sa gentillesse excessives, élevée dans un respect strict de la religion catholique par sa mère. Le premier gros incident survient à l’issue d’un cours de sport, lorsque ses règles se déclenchent de manière inattendue et brutale dans les vestiaires. Craignant un gros problème de santé, elle cède à la panique et se retrouve allongée, en pleurs, dans les douches, tandis que ses camarades lui balancent des protections périodiques à la figure… Et qu’une certaine Chris Hargensen, qui l’avait déjà prise en grippe, filme la scène avant de la diffuser sur les réseaux sociaux via un compte anonyme. Le début d’une longue série de problèmes dont Carrie, puis tout son lycée, va devenir la cible. Au fil du temps, les étranges facultés de Carrie, sous l’emprise de la colère, vont se réveiller et s’amplifier, jusqu’à finir en apocalypse dans le dernier des huit épisodes de cette première saison.

Si Carrie est le sujet central de la série, elle n’est pas la seule à voir son histoire se développer : nous en apprenons un peu plus sur Chris, sur sa situation familiale expliquant (mais non excusant) son comportement, nous sommes en compagnie de Margaret, un personnage très ambivalent, nous apprenons à respecter Sue Snell et son copain Tommy Ross, mais aussi les enseignants, etc. Flanagan et son équipe de scénaristes ont su placer Carrie dans nos années 2020, avec les réseaux sociaux et les dérives qu’ils entraînent, évoquant plusieurs questions de société (la sexualité, les armes à feu, le deuil, la religion…). Flanagan a d'ailleurs fait venir des adolescents dans la writer's room, et s'est inspiré du drame ayant déchiré une école à Albany en Californie pour construire la partie sur les réseaux sociaux. Pas sûr que les partisans de Trump apprécient au passage.

Tout cela dans un récit complexe, qui arrive à respecter l’essence du roman de King, tout en l’élevant pour faire de Carrie une sorte de symbole des déviances de l’Amérique d’aujourd’hui. La trame principale est respectée, avec ses passages iconiques (la séance de volley-ball, la scène dans les vestiaires, la révolte de Carrie envers sa mère, le bal de fin d’année), mais le reste du récit bifurque et louvoie, introduisant de nouveaux personnages intrigants, dont l’action sur les évènements de Chamberlain n’est pas neutre. les personnages que l'on percevait auparavant comme "simplement" malveillants, se voient apporter de la nuance, une nuance qui convaincra, ou pas. Il n’y a que quelques petits soucis en termes de continuité narrative, comme le fait que Margaret passe en quelques mois d’un esprit d’amish (un terme d’ailleurs utilisé par un autre personnage pour la décrire) à une pro des réseaux sociaux, qui s'équipe de matériel de pointe, ou le fait que les protagonistes sortent par le chemin où les attend tout le monde après une médiation houleuse.

Et si le roman se termine sur la fuite de Carrie, la fin de cette première saison est presque totalement ouverte, promettant quelque chose de beaucoup plus vaste. Il y a quelques références à d’autres récits iconiques du roi de l’horreur, pas forcément discrets, et ils font déjà les délices de ses fans. Des références à la Tour sombre, par exemple, dont Flanagan a déclaré qu’il travaillait activement à son adaptation en série. Gageons que ce sera de toute façon meilleur que le film pathétique de 2017…

En tous les cas Flanagan a réussi à saisir l'essence et le potentiel d'un personnage comme Carrie, une adolescente dans la tourmente d'une société complètement gangrénée par les réseaux sociaux, l'obscurantisme, la libre circulation des armes à feu et la bigoterie.

Le casting de la série est quasiment un sans-faute. En tête vient bien sûr Summer H. Howell, qui joue le rôle-titre et est l’incarnation même de la douceur et de la gentillesse, se métamorphosant en fin de parcours en une sorte de démon totalement désinhibé. Les jeunes gens sont également impressionnants, entourés d’un casting plus âgé où on remarque Gil Bellows (le beau-père de Chris), Heather Graham (sa mère) ou encore Matthew Lillard, le proviseur (qu’on a connu plus jeune dans Scream). Et la découverte Samantha Sloyan, une Margaret White tétanisante.

Stephen King est crédité comme producteur exécutif (en plus d'auteur de l'œuvre originale), il a eu un droit de regard sur le script et le casting, mais a laissé la production faire ce qu'elle veut. Le résultat semble lui avoir plu, puisqu'il a déclaré que Flanagan était son meilleur adaptateur.

Vous l’aurez compris, j’ai beaucoup aimé, voire adoré cette adaptation, et je suis curieux de voir la suite, et les autres travaux de Flanagan concernant l’œuvre de King, qui l’a d’ailleurs récemment adoubé comme son meilleur adaptateur.

 

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